Yémen : des mineurs esseulés fuient la guerre vers la sécurité du Somaliland

Un tiers des Yéménites réfugiés au Somaliland ont été séparés de leur famille au cours de leur fuite. Parmi eux, des enfants, des adolescents, des personnes âgées, handicapées ou malades.

0

Hargeisa, Somaliland (Somalie), 11 janvier (HCR) - Khayria Abdel Wahab, adolescente yéménite, fait les lits dans la maison où elle travaille comme gouvernante lorsqu'une terrible explosion devance un bombardement massif.

Paniquée, la jeune fille de 17 ans sort en courant et se précipite dans la foule qui fuit vers le port de sa ville natale, tout en cherchant sa mère et ses sept frères et soeurs. Abdel Wahab va tenter de les retrouver pendant trois jours.

« J'étais assise au milieu d'inconnus qui cherchaient tous désespérément quelqu'un », raconte-t elle, en se remémorant cet événement de début novembre. « On n'arrivait pas à joindre les téléphones portables, le réseau ne fonctionnait pas. Personne ne pouvait me donner le plus petit espoir. »

Elle apprend qu'elle n'est pas en sécurité au Yémen. « Je n'avais pas le choix, dit Abdel Wahab. Je devais fuir en Somalie ».

Cette mineure non accompagnée fait partie des personnes, plus de 168 000, qui ont fui la violence qui sévit au Yémen depuis mars, lorsque la guerre civile éclate après des années d'instabilité politique, de difficultés économiques et de tensions communautaires. Plus de 9 500 d'entre elles ont fui au Somaliland, une région autonome de Somalie située en face du Yémen, de l'autre côté du golfe d'Aden.

La plupart de ces exilés sont des Somaliens et des Éthiopiens qui avaient déjà quitté l'Afrique pour le Yémen mais qui ont été forcés d'y retourner par la mer à cause des combats. Parmi eux, plus de 2 600 Yéménites. Sur ce nombre, le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, en a enregistré 850 qui sont isolés ou non accompagnés par leur famille proche.

Beaucoup des personnes non accompagnées sont considérées comme vulnérables par le HCR, dont des enfants, comme Abdel Wahab, séparés de leur famille, et des personnes âgées, handicapées ou malades.

Abdel Wahab a payé 120 dollars un passeur pour effectuer la traversée, 24 heures, vers la côte somalienne. À peine arrivée, des voyous lui volent ses modestes économies et tout ce que sa petite valise contient. Abandonnée, seule et effrayée, elle ne sait plus quoi faire.

/  © HCR/O. Khelifi

Par chance, elle est recueillie par des compatriotes yéménites qui l'accompagnent à Hargeisa, la capitale de la région. La coutume yéménite veut que l'on s'occupe des personnes du même clan. Abdel Wahab est donc passée d'une famille de réfugiés yéménites à une autre, mais tous s'inquiètent du coût généré par son adoption permanente. Elle finit par atterrir chez Mohammed Aboubakr El Hindi.

« Avant d'arriver chez nous, elle a déjà séjourné dans deux autres familles », raconte El Hindi, 57 ans, également réfugié du Yémen. « Selon la tradition de notre clan, il est de notre devoir de soutenir les personnes vulnérables. Mais, compte tenu de nos propres difficultés, déjà désastreuses, nous avons pensé que la meilleure façon d'aider Khayria était de signaler son cas aux organisations humanitaires. »

Le HCR intervient immédiatement. Abdel Wahab est enregistrée comme réfugiée et rejoint un foyer réservé aux femmes où elle a sa propre chambre, bénéficie de conseils, de nourriture et de soins médicaux. Elle en est reconnaissante, mais reste profondément traumatisée. Et elle n'a pas encore pu partir à la recherche de sa mère et de ses frères et soeurs.

« J'ai terriblement peur d'être seule, de l'avenir, de ne pas savoir ce que devient ma famille au Yémen, avoue-t elle. Je ne sais pas du tout ce qui va arriver. Mon corps et mes yeux sont si fatigués par les nuits, je ne dors pas, je pleure tout le temps. Je suis très jeune, mais je crois que cette guerre a détruit ma vie pour toujours ».

« En moyenne, 60 réfugiés qui semblent avoir besoin d'une aide supplémentaire sont orientés chaque semaine vers le HCR au Somaliland pour une évaluation de leurs besoins », explique Miriam Aertker, chargée de protection au HCR à Hargeisa. Depuis mars 2015, 33 réfugiés présentant un état de santé grave ont été enregistrés en tant que tels pour être sous surveillance médicale, 29 ont été signalés comme victimes de violences sexuelles ou liées à leur genre et 80 sont des enfants ou des jeunes arrivés sans leurs parents.

« Même avec un réseau d'équipes de services communautaires qui les orientent immédiatement vers le HCR et nos partenaires, certains cas peuvent toujours nous échapper, en particulier les personnes qui ne sont pas arrivées dans les principales villes côtières où se trouvent nos centres d'accueil », affirme Miriam Aertker.

« Cela signifie qu'elles n'ont jamais été informées des services que nous offrons et qu'elles sont donc davantage exposées aux facteurs de vulnérabilité. Une fois qu'elles sont dans les villes, il est encore plus difficile de les identifier au sein de la population réfugiée urbaine. »

Outre les Yéménites, le Somaliland accueille 9 000 réfugiés et demandeurs d'asile éthiopiens, 2 900 Somaliens rentrés chez eux après leur exil, et 84 000 déplacés internes. Ils ont tous besoin d'une aide soutenue pour reconstruire leur vie et s'installer au sein d'une communauté qui est déjà confrontée à ses propres difficultés.

Le HCR et ses partenaires soutiennent toujours les demandeurs d'asile et les réfugiés vulnérables pour qu'ils s'intègrent au sein des populations d'accueil avec les mêmes moyens : aide financière d'urgence, aide juridique, programmes de soins de santé et de soutien psychosocial et moyens de gagner leur vie. « Il est essentiel de continuer de soutenir les appels de fonds afin que cette assistance se poursuive en 2016 », affirme Miriam Aertker.

Par Oualid Khelifi à Hargeisa, au Somaliland, en Somalie