Des réfugiés congolais fuient de nouveaux combats au Soudan du Sud

La poursuite de l'insécurité dans les Etats de l'Equatoria forcent des réfugiés à fuir de nouveau et les organisations humanitaires à évacuer temporairement.

Des réfugiés congolais dans une file d'attente avant de monter à bord d'un camion du HCR qui les transportera vers Ezo, dans l'État de l'Ouest-Equatoria au Soudan du Sud, vers la nouvelle installation de Makpandu.  © HCR / R.Nuri

EZO, Soudan du Sud, 28 janvier (HCR) - Pierre, un réfugié congolais, avait fui la violence il y a plusieurs années, en espérant avoir trouvé un lieu de sécurité dans cette ville frontalière au Soudan du Sud. Mais la sécurité s'est rapidement détériorée sans aucun signe précurseur.

Des affrontements ont éclaté entre les Arrow Boys et des militaires sud-soudanais à la fin 2015. L'école et l'hôpital ont été pillés et les maisons réduites en cendres. Pierre * et des milliers d'autres réfugiés ont dû se déplacer à nouveau.

« Je pensais que c'était la fin du monde », a déclaré Pierre, en se rappelant du jour où les violences l'ont rattrapé. « J'étais dans mes champs quand les combats ont commencé. J'ai tout arrêté et je me suis précipité à la maison pour aller chercher ma femme et les enfants. Mais, en chemin, j'ai été capturé par des jeunes en armes. »

Il a été pris en otage et forcé à porter les approvisionnements de la milice, tout en ne sachant rien du sort de sa femme, de leur fille de deux mois et de leur fils de quatre ans. Il a finalement été libéré sain et sauf après plusieurs jours.

« Je suis immédiatement rentré chez moi à la recherche de ma famille, craignant le pire pour eux », a-t-il expliqué. « Quand je suis arrivé à Ezo, j'ai trouvé ma hutte complètement saccagée et mon petit garçon tout seul à l'intérieur, en larmes, mais ma femme et notre bébé avaient disparu. »

Pierre a pris le risque d'attendre à la maison pendant plusieurs jours pour que sa femme le retrouve plus facilement. « Elle est revenue après une semaine », a-t-il affirmé. « J'étais si heureux de la voir de retour avec notre petite fille. »

Cet agriculteur âgé de 57 ans et sa famille font partie des milliers de réfugiés qui ont fui la guerre en RDC en quête de sécurité dans cette ville frontalière au Soudan du Sud. Ils doivent maintenant partir à nouveau pour fuir de nouveaux combats, forçant également des organisations humanitaires à évacuer temporairement.

Un convoi humanitaire - protégé par des soldats armés des troupes de maintien de la paix - transportait un premier groupe de 30 réfugiés originaires de République démocratique du Congo depuis Ezo vers une nouvelle installation à Makpandu, une ville à 220 kilomètres vers l'est.

Pierre et sa famille étaient parmi ce groupe de 30 réfugiés à être transférés depuis Ezo vers Makpandu, dans un convoi organisé par le HCR, l'agence des réfugiés des Nations Unies, la Commission sud-soudanaise pour les affaires des réfugiés et World Vision International. Des soldats de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) ont également fourni une protection armée pour la mission.

Le HCR s'apprête également à transférer selon les besoins les personnes parmi quelque 3200 réfugiés congolais qui vivaient dans et autour Ezo et qui sont prêts à rejoindre Makpandu. La majorité d'entre eux auraient toutefois traversé de nouveau la frontière vers la RDC ou vers la République centrafricaine voisine.

La violence autour Ezo s'est poursuivie en janvier et la situation demeure instable au point que les agences humanitaires, dont le HCR, ont désormais évacué la ville. Ce conflit est différent de celui qui avait éclaté en décembre 2013 entre des soldats sud-soudanais et les forces d'opposition dirigées par l'ancien Vice-président, Riek Machar, et qui avait généré 2,3 millions de personnes déracinées.

« Nous quittons Ezo le coeur lourd, mais notre personnel ne peut opérer et fournir une aide que dans la sécurité », a déclaré Ahmed Warsame, le Représentant du HCR au Soudan du Sud. « Notre promesse de soutenir la communauté hôte tient toujours, ainsi que notre engagement à reprendre les opérations à Ezo si la sécurité s'améliore de manière significative à l'avenir. »

Pour Pierre et les réfugiés qui rejoindront Makpandu, le HCR et ses partenaires leur fournissent une aide de bienvenue qui comprend des repas chauds, du savon, des bâches en plastique, des couvertures et des seaux.

Les réfugiés bénéficient d'une visite médicale, y compris la vaccination contre la rougeole. Ils recevront bientôt du matériel d'abri et des carrés de terrain sur lesquels ils pourront construire une nouvelle maison.

« Je souhaite que ma famille et moi puissions vivre en paix ici », a déclaré Pierre. « C'est la deuxième fois que nous sommes forcés d'abandonner notre maison et les cultures pour repartir de zéro. Ce n'est pas une vie... »

Plus de 1,6 million de Sud-Soudanais sont déjà déplacés internes, et le pays accueille 263 000 réfugiés ayant fui le conflit ou l'instabilité dans les pays voisins.

S'ajoutant au conflit initial entre les partisans du président et Machar, ainsi que les combats à Ezo, de nouvelles violences ont éclaté le 21 janvier entre les forces gouvernementales et un groupe armé local intitulé Le Mouvement national de libération du Soudan du Sud (SSNLM) à Yambio, la capitale de l'Etat de l'Ouest-Equatoria. Au moins 15 personnes ont été tuées et des milliers d'autres ont été déplacées.

Par Rocco Nuri à Ezo, Etat de l'Ouest-Equatoria, Soudan du Sud

* Nom fictif pour des raisons de protection.