De nombreux réfugiés vivent en exil à Djibouti depuis plus de 25 ans. Suite à l’agitation politique qui a secoué l’Ethiopie voisine en 2016, Djibouti a accueilli près de 5 000 nouveaux demandeurs d’asile. La grande majorité des réfugiés à Djibouti vivent dans l’un des trois camps et dépendent de l’aide humanitaire.

Djibouti est l’une des économies de l’Est et de la Corne de l’Afrique connaissant la croissance la plus rapide, tout en dépendant largement des investissements étrangers directs, des loyers provenant des bases militaires des pays étrangers et des services portuaires. D’après les estimations du Fonds monétaire international (FMI), le PNB réel a augmenté d’environ 6,5 % en 2015–16[2].

Les investissements à grande échelle et les nouveaux projets d’infrastructure en cours offrent des opportunités concrètes d’appliquer le Cadre d’action global pour les réfugiés (« CRRF ») dans les régions où des réfugiés et des communautés d’accueil vivent ensemble, leur permettant d’atteindre une croissance économique et un développement au bénéfice des deux populations.

Vers une réponse plus globale pour les réfugiés

Promettant une inclusion plus forte des réfugiés dans les communautés locales, le gouvernement s’est engagé, lors du Sommet des dirigeants pour les réfugiés de septembre 2016, à inclure les réfugiés dans les programmes nationaux d’éducation et dans les systèmes de santé. En particulier, le gouvernement s’est engagé à :

  1. Adopter une nouvelle loi sur les réfugiés leur accordant l’accès à l’éducation, à l’aide juridique et au système judiciaire.
  2. Accorder à tous les enfants réfugiés l’accès à une éducation homologuée moyennant :
  1. L’évaluation et la formation d’un nombre adéquat d’enseignants réfugiés chargés d’enseigner aux réfugiés ;
  2. L’établissement d’une équivalence des diplômes pour le programme de langue anglaise enseigné dans les camps de réfugiés à Djibouti et la traduction du programme djiboutien en anglais.
  3. L’organisation d’une réunion régionale consacrée à l’éducation des réfugiés rassemblant les experts techniques spécialisés dans l’éducation des réfugiés afin qu’ils se mettent d’accord sur l’équivalence des diplômes.

Déploiement stratégique du CRRF

Respectant sa première promesse faite au Sommet des dirigeants en janvier 2017, le président a promulgué une nouvelle loi sur les réfugiés visant à renforcer la protection des réfugiés et à garantir leurs droits fondamentaux, notamment l’accès à l’éducation, à l’emploi et à la naturalisation ultérieure. Cette loi louable et progressiste – une fois mise en œuvre par décret – ouvrira la voie à une plus grande inclusion des réfugiés dans la société djiboutienne. Tout en veillant à la finalisation du décret d’application de la nouvelle loi, le déploiement du CRRF à Djibouti mettra en priorité l’accent sur les secteurs de l’éducation et de la santé.

La voie à suivre

En mai, en collaboration étroite avec le ministère de l’Intérieur et le partenaire gouvernemental (ONARS), le HCR a organisé une série d’ateliers d’information et de sensibilisation sur le CRRF et sur la loi nationale sur les réfugiés récemment promulguée. Les ateliers se sont tenus dans quatre lieux clés – à Djibouti-ville et sur le terrain – qui accueillent des réfugiés et des demandeurs d’asile. Parmi les participants se trouvaient des acteurs essentiels chargés des questions de réfugiés ainsi que des partenaires du développement, à savoir les ministères opérationnels, les autorités nationales et locales, des collègues des Nations Unies, des partenaires ONG, la Banque mondiale, des donateurs, des représentants de l’IGAD, du secteur privé, de la société civile et des réfugiés.

La réponse au CRRF est positive, en particulier l’aspect relatif à l’inclusion des réfugiés dans les plans nationaux de développement tout en augmentant le soutien apporté aux communautés d’accueil. Un consensus existe parmi les parties prenantes du CRRF pour estimer que la nouvelle loi nationale sur les réfugiés offre un cadre favorable et que sa mise en œuvre par décret est une prochaine étape urgente pour l’application du CRRF.

Un spécialiste de l’éducation du HCR a récemment rencontré les principaux ministères opérationnels, les partenaires de l’éducation et des réfugiés pour émettre des recommandations concernant l’intégration des réfugiés dans le système éducatif national.

Djibouti a réaffirmé son engagement consistant à soutenir une approche régionale pour les réfugiés somaliens. A cette fin, Djibouti participe activement au suivi du Sommet spécial de l’Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui s’est tenu en mars 2017, au cours duquel les huit Etats membres de l’IGAD sont convenus de poursuivre une approche régionale globale visant à offrir une protection et des solutions durables aux réfugiés somaliens.

Partenariats

Dans la mesure où Djibouti respecte ses promesses et poursuit une approche plus globale, le HCR et ses partenaires soutiennent le gouvernement afin qu’il concentre ses efforts sur les politiques de gestion des réfugiés qui renforcent leur autonomie tout en répondant aux besoins de développement des communautés qui les accueillent.

Les ministères de l’Education et de la Santé, en partenariat avec le HCR, la Banque mondiale, les donateurs et les missions diplomatiques à Djibouti, sont en train d’élaborer des mesures concrètes pour parvenir à ces objectifs. Une mission commune Banque mondiale/HCR à Djibouti en avril 2017 a étudié le recours possible au nouveau programme de financement pour les réfugiés et les communautés d’accueil instauré dans le cadre de la 18e reconstitution des ressources de l’Association internationale de développement (IDA-18).

Principaux défis

  • Possédant moins de 1000 km2 de terres arables et soumis à de très faibles précipitations annuelles,  Djibouti souffre d’un déficit alimentaire chronique et dépend totalement des importations pour satisfaire ses besoins alimentaires. Le pays est très sensible aux chocs extérieurs tels que les flambées du prix des denrées et des carburants ainsi qu’aux catastrophes naturelles comme les inondations et les sécheresses.
  • Selon le dernier recensement effectué en 2009, beaucoup vivent dans les zones urbaines avec un statut flou. Les seules statistiques fiables concernent la population réfugiée enregistrée.
  • Il existe également peu d’opportunités d’emploi dans le pays. L’hospitalité traditionnelle de Djibouti à l’égard des réfugiés fait peser une pression sur les ressources domestiques.

Besoins opérationnels et financiers pour mener à bien une réponse globale

  1. Soutien pour la mise en œuvre de la nouvelle loi sur les réfugiés par décret, y compris soutien financier par les institutions financières internationales et renforcement des capacités des secteurs pertinents du gouvernement.
  2. Réinstallation: les besoins prévus pour 2017 en matière de réinstallation de réfugiés à partir de Djibouti concernent 7 896 personnes (avec un objectif de 500 personnes).
  3. Solutions complémentaires: le HCR demande aux gouvernements des pays tiers – en coopération avec d’autres parties prenantes comme le secteur privé, la société civile et les organisations de la diaspora – de créer et de développer des solutions complémentaires pour les réfugiés vivant dans les pays pilotes en matière de CRRF. Ces autres solutions peuvent notamment comprendre la réunification familiale élargie et la mobilité basée sur la famille ; les dispositifs de mobilité de travail ; les bourses d’études et les programmes d’éducation ainsi que les dispositifs régionaux de mobilité. (Note : la mise en œuvre de ces autres solutions nécessite certaines mesures administratives de facilitation ainsi que des garanties en matière de protection. Le HCR peut apporter des conseils techniques aux Etats dans ces domaines). Plus spécifiquement, le HCR appelle les Etats membres à offrir des bourses d’études et des opportunités d’éducation aux réfugiés yéménites (par ex., engagement de l’Arabie saoudite au Sommet des dirigeants de permettre à 3 880 Yéménites d’étudier dans les universités saoudiennes en 2016-2017). Le HCR peut fournir davantage d’informations sur les besoins relatifs aux solutions complémentaires.
  4. Programmes de santé et d’éducation pour les réfugiés et les communautés d’accueil: soutien au gouvernement pour inclure les communautés d’accueil dans la planification et la programmation des activités destinées aux réfugiés dans tout le pays. Dans la même veine, un soutien financier et un renforcement des capacités du gouvernement sont nécessaires pour veiller à ce que les réfugiés soient inclus dans les programmes de santé et d’éducation.
  5. Soutien pour des partenariats diversifiés et durables pour la mise en œuvre opérationnelle. Cela comprend un soutien plus important pour les ministères opérationnels, les autorités locales et les populations d’accueil de la part des donateurs dans le pays et de la part des Etats membres.
  6. Les donateurs engagés dans le développement des infrastructures à Djibouti devraient considérer les zones qui accueillent des réfugiés comme des zones prioritaires pour la construction d’infrastructures de développement telles que les routes et les pipelines.
  7. Financement: le plan opérationnel pour l’intervention destinée aux réfugiés en 2017 s’élève à 33,8 millions de dollars. Ce plan est actuellement financé à hauteur de 28%.

[1] Fin 2015, source: Banque mondiale

[2] Ibid.