La majorité des réfugiés en Ethiopie vivent dans l’Etat régional du Tigray et dans les quatre « régions émergentes ». Celles-ci sont connues pour être les régions les moins développées du pays, caractérisées par des conditions météorologiques difficiles, des infrastructures déficientes, des capacités insuffisantes, un haut niveau de pauvreté et des indicateurs de développement faibles. L’environnement aride qui règne dans les régions Afar et Somali et la petite taille et la dispersion des populations nomades compliquent la fourniture de services. Plusieurs zones des quatre régions sont inaccessibles et disposent de peu ou pas de routes.

Le gouvernement d’Ethiopie, en collaboration avec le HCR, d’autres organisations humanitaires, des acteurs du développement, des agences donatrices et le secteur privé, ont travaillé sur un ensemble d’initiatives visant à répondre aux besoins socio-économiques des réfugiés et des communautés d’accueil. En février 2017, l’Ethiopie a accepté de faire partie des pays pilotes pour le CRRF.

Le gouvernement s’engage à mettre en œuvre une réponse plus globale

Au Sommet des dirigeants sur les réfugiés, que l’Ethiopie a co-organisé le 20 septembre 2016 à New York, le pays a fait les promesses suivantes:

  1. Développer la politique « hors camps » pour qu’elle bénéficie à 10% de la population réfugiée totale actuelle.
  2. Accorder des permis de travail aux réfugiés et aux bénéficiaires de cartes de résident permanent.
  3. Accorder des permis de travail aux réfugiés dans les secteurs ouverts aux travailleurs étrangers.
  4. Augmenter le taux de scolarisation des enfants réfugiés dans l’éducation maternelle, primaire, secondaire et tertiaire, sans discrimination et dans la limite des ressources disponibles.
  5. Libérer 10 000 hectares de terres irrigables afin de permettre à 20 000 réfugiés et foyers au sein des communautés d’accueil (100 000 personnes) de cultiver des terres.
  6. Permettre l’intégration sur place des réfugiés qui vivent en Ethiopie depuis plus de 20 ans.
  7. Coopérer avec les partenaires industriels pour construire des zones industrielles, moyennant l’emploi de 100 000 personnes, dont 30% de postes réservés aux réfugiés.
  8. Développer et renforcer les services sociaux essentiels de base pour les réfugiés.
  9. Offrir d’autres avantages aux réfugiés, comme la délivrance de certificats de naissance aux enfants réfugiés nés en Ethiopie et la possibilité d’ouvrir un compte bancaire et d’obtenir le permis de conduire.

Déploiement stratégique du CRRF

Le Cadre d’action global pour les réfugiés (« CRRF ») peut être considéré comme un moyen d’accompagner la mise en œuvre des neuf promesses de l’Ethiopie. Le gouvernement cherche de plus en plus à élaborer une réponse dépassant la prise en charge et l’entretien des réfugiés afin d’encourager leur autonomie. Cette approche s’appuie conjointement sur un soutien accru aux communautés d’accueil, la promotion de la coexistence pacifique et une intégration plus importante des réfugiés dans les plans nationaux de développement. L’Ethiopie est devenue l’un des premiers pays à s’engager dans la mise en œuvre du CRRF conformément à la Déclaration de New York, en février 2017.

Un ensemble d’approches nouvelles et innovantes sont nécessaires pour améliorer la qualité de la protection et diversifier les solutions pour les réfugiés dans le pays. Cela sera réalisé grâce à une approche en quatre volets : (1) appliquer les promesses ; (2) renforcer les dimensions juridiques et politiques ; (3) soutenir les populations d’accueil ; (4) renforcer les mécanismes de coordination.

Le gouvernement a élaboré un plan d’action détaillant la mise en œuvre de chaque promesse, soulignant les opportunités et les partenariats essentiels à mettre en place. Il inscrit ces promesses dans une Proclamation globale juridiquement contraignante. Le gouvernement a également élaboré un projet de plan d’exécution en collaboration avec le HCR, les ministères opérationnels, les agences fédérales et les donateurs basés en Ethiopie.

Le CRRF devrait dépasser les promesses du gouvernement énoncées lors du Sommet des dirigeants. Il contribuera à une réponse plus holistique et prévisible face aux arrivées de réfugiés, garantissant notamment leur accès à l’asile et un accueil dans des conditions de sécurité et de dignité, répondant à leurs besoins continus de protection, soutenant les populations d’accueil et les autorités locales et facilitant la transition vers des solutions locales.

Partenariats

Dans le cadre du CRRF, le HCR va encourager l’élaboration de partenariats avec les acteurs gouvernementaux – y compris les dirigeants des régions et des districts locaux -, les donateurs traditionnels et non-traditionnels ainsi que les ONG internationales et nationales. Cette approche multipartite cherche à assurer une réponse plus efficace aux besoins de développement et aux aspirations des réfugiés et des communautés d’accueil.

Fondés sur une collaboration avec des organisations du secteur privé et des fondations, des efforts sont menés pour créer des opportunités dans les domaines des moyens de subsistance, de l’éducation, des abris, de la nutrition, de l’énergie et de la protection de l’environnement. Une attention particulière sera accordée au renforcement des relations entre les acteurs humanitaires et du développement afin d’assurer la durabilité des interventions actuelles au bénéfice tant des réfugiés que des communautés d’accueil.

En réponse au conflit local qui sévit à l’intérieur et autour des communautés de réfugiés à Gambela, l’Administration pour les affaires de réfugiés et de rapatriés (ARRA), le HCR, le PNUD, ONU Femmes et d’autres partenaires mènent un projet visant à améliorer la sécurité dans la communauté, la protection et l’accès à la justice dans quatre districts et sept camps, et renforçant en particulier les capacités des institutions locales.

L’Ethiopie bénéficiera de 100 millions de dollars accordés par la Banque mondiale dans le cadre du programme DRDIP (Programme Développement Réponse Déplacement Impact) afin d’améliorer l’accès aux services sociaux de base, de développer des opportunités économiques et de renforcer la gestion environnementale des communautés locales. La Banque mondiale envisage également de faire bénéficier l’Ethiopie du nouveau programme de financement pour les réfugiés et les communautés d’accueil instauré dans le cadre de la 18e reconstitution des ressources de l’Association internationale de développement (IDA-18).

La voie à suivre

L’Ethiopie préside actuellement l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui réunit huit pays d’Afrique centrale et de la Corne de l’Afrique afin de promouvoir la paix, la prospérité et l’intégration régionale. Lors du Sommet spécial de l’Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement de l’IGAD, qui s’est tenu à Nairobi le 25 mars 2017, les Etats membres de l’IGAD se sont engagés à adopter une approche régionale globale destinée à trouver des solutions durables pour les réfugiés somaliens.

L’Ethiopie a proposé de faciliter le suivi de la Déclaration de Nairobi relative aux solutions durables pour les réfugiés somaliens et à la réintégration des rapatriés en Somalie. L’opération du HCR en Ethiopie a été identifiée comme opération pilote afin de tester le processus de planification pluriannuel.

Cela devrait avoir une influence positive sur la capacité de mettre en œuvre les promesses, de réaliser le CRRF et de garantir l’impact à long terme des activités en cours, en rassemblant l’ensemble des partenaires et des acteurs nationaux et internationaux pour réaliser des projets communs à plus long terme, tirant profit de tous les avantages comparatifs pour aborder et résoudre les défis de protection et trouver des solutions durables.

Défis actuels

  • Un nombre croissant de défis risquent d’entraver l’application du CRRF s’ils ne sont pas réglés de manière adéquate, notamment la sécheresse continue dans de nombreuses régions ainsi que les tensions – qui ont conduit à l’état d’urgence actuel - associées aux nouveaux mouvements transfrontaliers dans le pays depuis début 2017.
  • Compte tenu des contraintes existantes en termes de ressources, la capacité du gouvernement à réaliser ses aspirations visant à respecter ses obligations morales vis-à-vis des réfugiés dépendra inévitablement d’un partage plus équitable des responsabilités entre les Etats membres. Dans un contexte marqué par la baisse des financements humanitaires et consacré s au développement (qui a conduit à des pénuries critiques en matière d’aide alimentaire), par les opportunités limitées en matière de réinstallation dans des pays tiers, ainsi que par un soutien limité pour la jeunesse et un nombre croissant d’enfants non accompagnés et séparés, des engagements financiers audacieux – destinés aux services humanitaires essentiels et à une réponse durable basée sur les solutions – seront indispensables pour maitriser le programme de transformation du CRRF.

Besoins opérationnels et financiers pour mener à bien une réponse globale

Les principaux besoins financiers et opérationnels à combler englobent notamment:

  1. Un soutien plus important est nécessaire pour encourager des partenariats diversifiés afin de mener à bien le CRRF, notamment un soutien pour faciliter le travail du Comité de pilotage dirigé par le gouvernement. Une coordination renforcée permettra d’harmoniser les efforts des entités gouvernementales nationales et régionales, de la société civile et des acteurs du secteur privé sur le terrain.
  2. Réinstallation: les besoins prévus en matière de réinstallation pour 2017 pour les réfugiés en Ethiopie s’élèvent à 50 800 personnes. En 2018, les besoins prévus en matière de réinstallation s’élèvent à 65 750 réfugiés.
  3. Solutions complémentaires: le HCR demande aux gouvernements des pays tiers – en coopération avec d’autres parties prenantes comme le secteur privé, la société civile et les organisations de la diaspora – de créer et de développer des solutions complémentaires pour les réfugiés vivant dans les pays pilotes en matière de CRRF. Ces autres solutions peuvent notamment comprendre la réunification familiale élargie et la mobilité basée sur la famille ; les dispositifs de mobilité de travail ; les bourses d’études et les programmes d’éducation ainsi que les dispositifs régionaux de mobilité. (Note : la mise en œuvre de ces autres solutions nécessite certaines mesures administratives de facilitation ainsi que des garanties en matière de protection. Le HCR peut apporter des conseils techniques aux Etats dans ces domaines). Plus spécifiquement, concernant les enfants non accompagnés et séparés originaires d’Erythrée ayant des membres de leur famille hors du pays : compte tenu du fait que 39% des réfugiés érythréens sont des enfants, dont 25% d’enfants non accompagnés et séparés, et qu’environ 80% des enfants non accompagnés et séparés érythréens ont des membres de leur famille en dehors de l’Erythrée (35% en Europe ; 35% en Ethiopie ; 15% en Israël ; 15% ailleurs), nous exhortons les Etats membres concernés à faciliter la réunification familiale élargie pour cette population. Le HCR peut fournir davantage d’informations sur les besoins relatifs aux solutions complémentaires.
  4. L’implication plus importante des ministères opérationnels est nécessaire pour contribuer à encourager une plus grande complémentarité des efforts dans tout le pays entre les autorités gouvernementales régionales et l’ARRA à Addis Abeba. De même, un soutien plus important est nécessaire pour les autorités locales et les populations d’accueil.
  5. Education: un soutien au gouvernement est nécessaire pour qu’il respecte sa promesse d’augmenter le taux de scolarisation des réfugiés dans l’éducation primaire, secondaire et tertiaire.
  6. Financement: le Plan opérationnel pour la réponse en matière de réfugiés en 2017 s’élève à 307,5 millions de dollars. A ce jour, ce plan est financé à hauteur de 20%.