En transmettant son savoir, une enseignante réfugiée s'ingénue à améliorer la situation

CAMP DE DJABAL, Tchad - « Je savais lire et écrire, c'est pourquoi j'ai été choisie pour devenir enseignante dans le camp de Djabal », explique Aziza Souleyman Mahamet. Une modeste exigence, qui reflète la pénurie aiguë d'enseignants formés et qualifiés dans les écoles des camps de réfugiés de l'est du Tchad.

Aziza, âgée de 40 ans et mère de trois enfants, est elle-même une réfugiée originaire de l'ouest du Darfour. « Les Janjawids nous ont attaqués et un avion Antonov nous a bombardés », raconte-t-elle. Sa famille a marché pendant sept jours avant d'atteindre la frontière avec le Tchad, où ils ont vécu plusieurs mois pendant la saison des pluies. C'est seulement à la mi-2004 que l'UNHCR les a trouvés et les a transportés au camp de Djabal.

En quatre ans d'enseignement de l'arabe, Aziza a rencontré de nombreux enfants traumatisés. « Il y a des enfants dont leurs parents ont été assassinés sous leurs yeux - par des coups de feu ou des éclats d'obus lors des bombardements », dit-elle. « Ces enfants n'ont pas oublié ces images, et cela a des conséquences sur la façon dont ils étudient et retiennent les leçons. Certains ont abandonné l'école pour cette raison. »

Grâce à plusieurs programmes de soutien psychosocial mis en place dans le camp, un suivi est assuré pour de nombreux enfants, les aidant à mieux se concentrer à l'école.

Par ailleurs, les équipements font souvent défaut : « Actuellement à l'école, les enfants sont assis par terre sur le sable », dit Aziza. « Nous avons besoin de tables et de chaises pour que les enfants puissent s'asseoir ». Les livres manquent aussi cruellement - en moyenne, il y a seulement un livre pour trois élèves, ce qui n'est pas suffisant pour suivre les cours et faire les devoirs à la maison. Les fournitures de base comme les cahiers et les stylos manquent également.

De plus, les difficiles conditions climatiques dans l'est du Tchad, notamment les tempêtes de sable et la saison des pluies, font que les bâtiments scolaires se détériorent rapidement. « Certains parents ont peur d'envoyer leurs enfants à l'école car ils craignent que le bâtiment ne s'effondre sur eux », dit Aziza. Sans fenêtres vitrées, les salles de classe sont exposées au vent et aux tempêtes de sable.

Les professeurs sont formés par l'UNHCR, l'UNICEF et les ONG, mais les rémunérations sont maigres. « Les enseignants ne sont pas suffisamment payés », dit Aziza qui gagne 25 000 francs CFA (50 dollars) par mois. Le directeur d'école gagne 40 000 francs CFA par mois, un salaire qui correspond au standard local.

Pourtant, Aziza n'échangerait son travail pour aucun autre. « Je remercie Dieu car maintenant je peux enseigner aux enfants », dit-elle avec émotion. « Pour leur avenir et le mien, j'espère que nous pourrons rentrer au Darfour, pour que je puisse moi-même étudier et continuer à enseigner dans mon village natal. »

Parallèlement, elle continue à encourager les parents à envoyer leurs enfants à l'école, en attendant une amélioration de la situation sécuritaire pour rentrer au Darfour, « ils auront alors acquis des connaissances et reçu une éducation pour reconstruire la région ».