Bulgarie : Le rêve de réfugiés entrepreneurs menacé par la bureaucratie

Des réfugiés iraniens en Bulgarie pensaient qu'un fonds pour les petites entreprises de l'Union européenne (UE) les aiderait à devenir autonomes. Mais leur entreprise est en danger.

Mehdi Mossadeghpor s'occupe d'une cliente dans son nouveau salon à Sofia. Le salon est ouvert, mais la lenteur bureaucratique l'empêche d'obtenir le financement de l'Union européenne dont il a besoin pour maintenir son activité à flot.  © HCR/K.Yankov

SOFIA, Bulgarie, 8 janvier (HCR) - Installé à côté d'un marché de producteurs agricoles très fréquenté dans le quartier Krasno Selo de Sofia, le salon d'esthétique « Persia » est un endroit accueillant et confortable où les clientes peuvent se faire coiffer et recevoir des soins en profitant de l'hospitalité des populations du Moyen-Orient.

Jusqu'à récemment, le nouveau salon, qui appartient à l'Iranien Mehdi Mossadeghpor, âgé de 28 ans, ainsi qu'à sa femme, Beri, âgée de 28 ans, était un exemple d'intégration de réfugiés. Mais aujourd'hui, à peine six mois après son ouverture, le salon subit des difficultés liées à l'intégration et à l'efficacité des programmes qui sont censés la faciliter.

Mehdi et sa femme ont dû surmonter de nombreuses barrières pour ouvrir leur petit salon. Certaines de ces difficultés reflètent la dure réalité de la création de petites entreprises en Europe orientale. D'autres dérivent de la lenteur et de l'inefficacité des programmes visant à aider des personnes comme Mehdi et Beri à devenir autonomes.

Mehdi aspire à devenir indépendant depuis son arrivée en Bulgarie en 2004. À l'époque, ses convictions politiques faisaient qu'il était dangereux pour lui de vivre en Iran, son pays natal. Architecte de formation, Mehdi a renoncé à exercer son ancienne profession lorsqu'il a compris qu'il serait beaucoup plus facile pour lui de trouver du travail comme coiffeur.

Deux mois après son installation en Bulgarie, il travaillait comme apprenti dans un salon. « J'ai appris vite », dit-il, « et j'ai rapidement commencé à travailler tout seul ». La vie de Mehdi a changé lorsqu'il a été confronté aux lourdeurs bureaucratiques liées à l'intégration des réfugiés. Faire la queue à l'Agence bulgare pour les réfugiés était une épreuve sans fin; mais, un après-midi de 2012, il s'est trouvé à attendre à côté d'une jeune femme arrivée récemment d'Iran.

Beri et lui se sont mariés peu de temps après, et Beri, s'inspirant de son mari, a suivi une formation d'esthéticienne. Ouvrir un institut était l'étape suivante naturelle pour le couple, mais cette perspective relevait du rêve, jusqu'au jour où Mehdi a appris l'existence d'un mécanisme de financement de l'Union européenne pour la création d'entreprises, proposé par l'intermédiaire de l'Agence bulgare pour l'emploi.

Pour Mehdi, ce mécanisme était le meilleur moyen de lancer son entreprise familiale. Beri et lui ont demandé une aide de 10 000 euros; leur demande a été approuvée, et ils se sont immédiatement mis au travail. Ils ont trouvé un excellente localisation pour leur boutique et, utilisant le versement initial de 1 000 euros, ils ont commencé à rénover et à équiper le local.

Une fois qu'ils ont fini de dépenser ce premier versement de l'UE, ils ont demandé à des amis de leur prêter de l'argent, en promettant de leur rendre après avoir reçu l'essentiel de leur financement. Mais le reste du financement n'est pas arrivé, et le couple s'est retrouvé désespérément à court de liquidités et endetté.

Mehdi a fait part du problème à l'Agence bulgare pour l'emploi. « J'ai couru d'un bureau à l'autre », dit-il. « J'ai réuni une tonne de documents, mais ils n'ont toujours pas envoyé le reste de l'argent ». Mehdi attribue ce retard à la lenteur bureaucratique.

Les responsables auraient suspendu le paiement du deuxième versement des fonds européens après avoir déterminé que les photos envoyées par Mehdi de l'équipement acheté n'étaient pas claires; Mehdi a répondu en envoyant d'autres photos, mais la controverse a entraîné un retard inexplicable de trois mois dans le traitement du dossier.

« La bureaucratie nous étouffe », dit-il. « Ils auraient pu envoyer l'argent beaucoup plus vite, mais ils ne se souciaient pas assez de tout cela. » Début novembre, le deuxième versement avait été approuvé, mais le virement bancaire n'avait pas encore été effectué.

Roland Francois-Weil, représentant du HCR en Bulgarie, estime que le fait d'aider les réfugiés à s'intégrer profite au pays d'accueil. Les réfugiés possèdent de multiples talents et compétences; ils veulent commencer une nouvelle vie et bâtir leur avenir et celui de leur famille. « Tous peuvent et pourront contribuer à leur pays d'accueil si on leur en donne la chance, » dit Roland Francois-Weil.

Cependant, l'Agence bulgare pour l'emploi étant submergée, Mehdi, Beri et d'autres personnes dans la même situation sont à la merci d'une bureaucratie rampante et d'une économie instable. « Bientôt », dit Mehdi, « je vais commencer à inviter les gens dans la rue à entrer se faire couper les cheveux! » Au vu des revers que Mehdi et Beri ont essuyés jusqu'à présent, cette stratégie pourrait bien fonctionner.

Par Krasimir Yankov à Sofia (Bulgarie)