Conférence sur l'Iraq : le HCR demande un effort humanitaire international en faveur de l'Iraq

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a ouvert mardi une conférence internationale sur la crise humanitaire que vivent des millions de personnes déracinées par le conflit en Iraq, et a demandé une réponse internationale suivie, complète et coordonnée à leur détresse.

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, lors d'une conférence de presse le premier jour de la conférence internationale sur la crise humanitaire en Iraq. A ses côtés, le Ministre des affaires étrangères iraquien, Hoshiyar Zebari.  © HCR

GENEVE, 17 avril (UNHCR) - L'Iraq s'est engagé à allouer 25 millions de dollars pour l'assistance à ses ressortissants qui ont fui à l'étranger et les pays accueillant près de deux millions de réfugiés iraquiens ont promis de continuer à les héberger, lors de la conférence internationale de l'UNHCR sur la crise humanitaire à laquelle font face les Iraquiens chassés de leur foyer à cause de la violence.

Le premier jour de la conférence qui s'est tenue le 17 et 18 avril, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a annoncé, lors d'une conférence de presse, d'importants progrès quant aux principaux défis débattus par les 60 pays réunis à la conférence : le Gouvernement iraquien assistant ses ressortissants déplacés à l'intérieur et à l'extérieur de l'Iraq, les pays voisins laissant leurs frontières ouvertes aux réfugiés et le reste du monde reconnaissant les difficultés des pays d'accueil.

« Je suis très heureux d'annoncer qu'aujourd'hui, pendant la réunion, le Gouvernement iraquien s'est engagé à mettre en place un programme extrêmement significatif pour soutenir les communautés de réfugiés à l'étranger », a déclaré António Guterres aux journalistes. « Cela a été un moment important de la réunion d'aujourd'hui, ainsi que l'engagement d'améliorer le travail et la capacité de travailler ensemble en ce qui concerne le déplacement interne. »

Le Ministre des affaires étrangères Hoshiyar Zebari a promis : « Nous n'abandonnerons pas ces personnes ». Il a par ailleurs annoncé que le gouvernement iraquien dépenserait 25 millions de dollars sur un programme qui inclurait la création de bureaux dans les pays hôtes pour aider les réfugiés iraquiens et assurer l'éducation et les services médicaux, aidant à maintenir les liens vers le pays d'origine.

« Par ailleurs, il est clair que les pays d'asile ont promis qu'ils continueront à garantir la protection aux Iraquiens, qu'ils considèrent inacceptable l'expulsion de force des Iraquiens dans leur pays et que ce n'est pas une option », a expliqué António Guterres. « La protection sera assurée, en espérant que le retour volontaire dans la dignité et la sécurité sera possible dans un avenir proche. »

Les pays limitrophes ont supporté la plus grande partie de la crise de réfugiés, notamment la Syrie qui accueille 1,2 million d'Iraquiens et la Jordanie qui héberge 750 000 réfugiés iraquiens. António Guterres a ajouté que la conférence, à laquelle ont participé 450 représentants de gouvernements ainsi que d'organisations nationales et internationales, a montré qu'elle s'était rendue compte de la charge supportée par les pays hôtes.

Il y a un consensus très clair sur la reconnaissance de la générosité extrêmement importante des pays hôtes, à savoir la Syrie et la Jordanie, et le besoin pour la communauté internationale de pouvoir soutenir non seulement les déplacés iraquiens mais aussi les pays hôtes qui font face à un défi important relatif à l'impact énorme sur les économies et leurs sociétés », a expliqué António Guterres.

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a ouvert mardi une conférence internationale sur la crise humanitaire que vivent des millions de personnes déracinées par le conflit en Iraq, et a demandé une réponse internationale suivie, complète et coordonnée à leur détresse.

« La dimension humanitaire du problème ne peut plus être ignorée », a dit António Guterres. « Presque quatre millions d'Iraquiens nous regardent aujourd'hui. Leurs besoins sont évidents, tout comme l'impératif moral de leur venir en aide. Nous tous - représentants de gouvernements, organisations internationales et membres de la société civile - sommes aujourd'hui dans l'obligation d'agir »,

Nombre d'Iraquiens avaient été déplacés avant la chute du régime précédent, en 2003. Entre 2003 et 2005, plus de 300 000 Iraquiens sont rentrés chez eux et ont commencé à reconstruire leur vie, a-t-il continué. Mais aujourd'hui cette tendance s'est tragiquement inversée, particulièrement depuis l'attaque à la bombe à Samarra, en février 2006. Depuis cet incident, on estime que près de 750 000 personnes ont fui leur foyer, et que près de 50 000 sont déplacées chaque mois.

« L'ampleur du problème parle d'elle-même », a déclaré António Guterres dans son discours-programme. « Dans le cadre du déplacement le plus important qu'ait connu le Moyen-Orient depuis les événements tragiques de 1948, un Iraquien sur huit a été chassé de son foyer. Environ 1,9 million d'Iraquiens sont actuellement déplacés dans le pays et deux millions sont partis à l'étranger. »

« Si ce déplacement massif a été largement méconnu, c'est en partie du fait que la plupart des gens qui fuient ne partent pas vers des camps très visibles mais sont absorbés par des communautés hôtes en Iraq et dans les Etats voisins. C'est la population urbaine la plus importante jamais prise en charge », a déclaré António Guterres se référant à la Syrie, à la Jordanie et aux autres pays voisins. « Mais ces communautés hôtes ploient sous ce fardeau extraordinaire alors que les souffrances des déplacés ne cessent de s'aggraver. »

António Guterres a mis en évidence le caractère humanitaire de la conférence, mais a également indiqué que les problèmes humanitaires étaient « les symptômes d'une maladie dont le remède ne peut être que politique. »

« Cette conférence n'est qu'un premier pas dans ce qui sera, nous l'espérons, un dialogue suivi ainsi qu'une réponse coordonnée et globale à la crise humanitaire en Iraq », a-t-il dit. « Les besoins considérables des Iraquiens et les défis auxquels sont confrontés les pays hôtes requièrent une expression urgente et significative de solidarité de la part de la communauté internationale engagée pour répartir le fardeau humanitaire », a-t-il ajouté.

« Cela inclut un appui financier, économique et technique mais également un accroissement des possibilités de réinstallation pour les plus vulnérables » a-t-il ajouté. « La générosité des pays hôtes doit appeler en miroir celle de la communauté internationale tout entière. »

Le Haut Commissaire a indiqué qu'étant donné le nombre immense d'Iraquiens déracinés, il était évident que leur intégration permanente dans un pays d'asile n'était pas une solution. Par ailleurs, la réinstallation dans des pays tiers n'est une réponse que pour les plus vulnérables des réfugiés iraquiens.

« Clairement, la meilleure solution pour l'immense majorité des réfugiés iraquiens sera tout naturellement leur retour volontaire dans la sécurité et la dignité une fois que les conditions le permettront », a-t-il dit, ajoutant que parallèlement il était essentiel qu'ils maintiennent des liens avec leur pays.

Reconnaissant les difficultés de l'environnement sécuritaire, António Guterres a dit que les agences humanitaires devaient trouver des moyens pour s'attaquer aux besoins spécifiques à l'intérieur de l'Iraq, et a noté que l'UNHCR était en train de renforcer ses activités en Iraq et dans les pays voisins.

« A l'intérieur de l'Iraq, tout doit être fait pour éviter une fuite ultérieure », a-t-il déclaré. « Nous ne connaissons que trop bien les conséquences dévastatrices d'un sectarisme incontrôlé. Des efforts doivent être déployés le plus tôt possible pour éviter les déplacements prolongés et un exil sans fin. »