Des défis persistent dans la mise en oeuvre de la loi colombienne sur le déplacement

Il y a 10 ans exactement, la Colombie a adopté une loi faisant date visant à aider les victimes de déplacement forcé. Cette loi a aidé des millions de personnes et demeure un modèle du genre, mais il y a également des problèmes quant à son application.

Dix ans après que la Colombie ait adopté sa première loi destinée à des centaines de milliers de personnes déplacées dans le pays, l'UNHCR mène actuellement pour un an une campagne visant à sensibiliser le public sur ce problème.  © HCR/M.-H.Verney

ALTOS DE CAZUCÁ, Colombie, 18 juillet (UNHCR) - Il y a 10 ans, Roberto Camacho est arrivé dans cette banlieue de Bogota après avoir fui pour sauver sa vie. Enseignant, il avait reçu des menaces de mort après avoir incité ses élèves à ne pas rejoindre un groupe armé illégal qui recrutait les jeunes dans son village.

Avec nulle part où aller, il a construit une cabane sur un terrain vague sur les contreforts des montagnes en dehors de la capitale colombienne. « Nous sommes arrivés là un samedi soir et, le dimanche matin, le vent a soulevé et emporté le toit. J'ai pensé que je ne pourrais jamais rester là, avec un temps aussi froid », se rappelle-t-il.

Cette même année, le 18 juillet 1997, le pays a adopté sa toute première loi pour venir en aide aux victimes du déplacement forcé comme Roberto Camacho. Peu après, l'UNHCR a commencé à travailler en Colombie à l'invitation du gouvernement.

« Jusqu'alors, les personnes déplacées étaient invisibles aux yeux de la loi. La loi 387 a été très innovante, elle a servi de point de départ à l'élaboration de politiques publiques globales pour protéger et assister les personnes déplacées », a expliqué Roberto Meier, le délégué de l'UNHCR en Colombie.

Malgré les efforts du gouvernement, la mise en oeuvre pleine et entière de cette loi rencontre des difficultés et demeure inégale. Pour le vérifier, demandez simplement à Roberto Camacho et aux dizaines de milliers d'autres personnes déplacées aux côtés desquels il vit et qu'il représente en tant que chef de la communauté de Altos de Cazucá dans les faubourgs de Bogota.

Pendant longtemps, la communauté n'a pas eu l'électricité et de nombreuses maisons n'ont toujours pas l'eau courante. Les nouveaux arrivants vivent dans des abris en plastique et Roberto Camacho dit que seulement quelques uns ont reçu de quoi reconstruire leur vie à long terme.

« Année après année, nous voyons arriver des familles avec de petits enfants. Quelquefois, si elles ont de la chance, elles obtiennent une aide d'urgence pour trois mois. Mais après, plus rien, il n'y a pas de solution à leur problème. Nous avons la loi de notre côté et c'est une bonne loi, mais en pratique, nous ne recevons quasiment rien », ajoute-t-il.

En 2004, la Cour constitutionnelle colombienne a déclaré que la réponse nationale à la crise des déplacements était « un état de fait inconstitutionnel » et a fait une série de recommandations pour remédier à la situation. Elle a demandé à l'UNHCR de faire un rapport sur les actions du gouvernement dans ce domaine.

Depuis, le gouvernement a augmenté les ressources budgétaires et humaines pour venir en aide aux déplacés. Des milliers de personnes ont reçu une aide d'urgence dans les premiers cinq mois suivant leur déplacement, ainsi qu'un hébergement et d'autres prestations. Mais l'agence présidentielle en charge de la coordination de la réponse gouvernementale, Acción Social, est d'accord pour dire qu'il reste encore bien davantage à faire.

« Nous avons fait de grandes avancées, particulièrement en ce qui concerne l'assistance d'urgence ainsi que l'accès à la santé et à l'éducation. Mais nous avons eu très peu de résultats concernant le marché du travail et la génération de revenus. Il y a là un grand écueil », explique le directeur de l'agence, Luis Alfonso Hoyos.

Roberto Camacho est d'accord. A 56 ans, il n'a pas pu travailler pendant 10 ans malgré ses qualifications et son expérience d'enseignant. Il considère que la discrimination est la pire des choses. « Les gens nous considèrent comme inférieurs à eux ; ils disent que nous sommes avec les guérillas ou avec les paramilitaires, que nous ne sommes rien si ce n'est des fauteurs de trouble. Etre un déplacé c'est comme un gros mot, une insulte. Cela finit par nous atteindre réellement, d'entendre tout cela », dit-il, se faisant le porte-parole de nombreuses personnes déplacées.

Dix ans après l'adoption de la loi 387, le Parlement colombien étudie un projet de loi consacrant 2007 comme l'année pour les droits des personnes déplacées. Le projet propose l'élaboration de nouveaux mécanismes de responsabilité afin de s'assurer que les personnes déplacées puissent pleinement jouir de leurs droits. Il a également pour but de mobiliser la solidarité nationale, un but que soutient l'UNHCR dans le cadre de cette campagne d'un an pour sensibiliser sur cette crise.

« La réponse de l'Etat ne peut pas être menée à bien, sans la solidarité de chacun et de chaque Colombien, notamment ceux qui ont la chance de ne pas avoir eu à fuir et à tout abandonner derrière eux », explique Roberto Meier.

Le déplacement forcé continue à être une réalité quotidienne en Colombie où environ 18 000 personnes sont déracinées par la violence chaque mois. Au total, plus d'un million de Colombiens ont été enregistrés dans le système national des personnes déplacées durant ces cinq dernières années seulement.

Par Marie-Hélène Verney à Bogota, Colombie