Le HCR cherche des solutions pour les réfugiés érythréens qui se trouvent au Soudan oriental

Alors que ces dernières années l'attention internationale s'est centrée sur les souffrances dans la région du Darfour, à l'ouest du Soudan, l'une des situations de réfugiés les plus prolongées au monde, de l'autre côté du pays, a été largement passée sous silence. Des dizaines de milliers de réfugiés érythréens ont trouvé abri à l'est du Soudan.

Des réfugiés érythréens arrivent au camp de réfugiés Kilo 26, dans l'est du Soudan.  © Fred Noy

CAMP KILO 26, Soudan, 22 août (UNHCR) - Alors que ces dernières années l'attention internationale s'est centrée sur les souffrances dans la région du Darfour, à l'ouest du Soudan, l'une des situations de réfugiés les plus prolongées au monde, de l'autre côté du pays, a été largement passée sous silence.

Des dizaines de milliers d'Erythréens et d'Ethiopiens se sont réfugiés dans les Etats désertiques de Kassala, Gedaref, Gezira, Sennar et Red Sea au cours des 40 dernières années. Beaucoup d'entre eux ont traversé la frontière pour se rendre au Soudan pendant la guerre de 30 ans entre l'Ethiopie et son ancienne province, l'Erythrée, qui est devenue indépendante en 1993.

Les hostilités entre les deux pays voisins ont continué jusqu'en 2000, quand un traité de paix a été signé et qu'environ 98 000 Erythréens ont regagné leur foyer grâce à un programme de rapatriement volontaire de l'UNHCR. Mais ce flux s'est arrêté et s'est inversé, alors que la situation sur le plan politique et des droits humains se dégradait en Erythrée.

Actuellement de nombreux demandeurs d'asile érythréens passent la frontière soudanaise chaque semaine, pour se joindre à leurs quelque 130 000 compatriotes hébergés dans 12 camps et dans des zones urbaines et rurales. Parmi eux, on dénombre environ 22 000 demandeurs d'asile qui se trouvent au Soudan depuis novembre 2003.

Pour beaucoup de ces réfugiés, le rapatriement n'est plus une option viable. L'UNHCR oeuvre en faveur de leur intégration locale, tout en poursuivant des discussions avec le Soudan et des pays tiers afin d'augmenter les possibilités de réinstallation comme solution durable pour certaines familles. L'UNHCR travaille également dans le but de rendre les réfugiés plus autonomes.

Amara Musa était enthousiaste lorsque la paix a été signée, en 2000. Cela signifiait qu'elle pouvait rentrer chez elle, en Erythrée, après avoir été réfugiée au Soudan pendant des années. Mais Amara Musa raconte avoir décidé de repasser la frontière en juin dernier avec ses sept enfants, suite à la disparition de son mari et de son frère. « C'est à ce moment-là que j'ai eu peur », a dit Amara Musa aux employés de l'UNHCR en visite au camp Kilo 26, dans l'Etat de Gedaref, dans l'est du Soudan.

Elle a vendu les bijoux en or qu'elle possédait, a acheté deux ânes et a entrepris avec ses enfants le dur voyage de trois jours depuis son village dans les collines érythréennes jusqu'à l'est du Soudan. « J'espère pouvoir inscrire mes enfants à l'école », dit Amara Musa alors qu'elle est en train d'allaiter son plus jeune enfant.

Son cas n'est pas exceptionnel. Chaque semaine, 120 demandeurs d'asile érythréens en moyenne arrivent au centre de sélection de Wad Sherife, dans l'Etat frontalier de Kassala. Les personnes qui obtiennent le statut de réfugié sont transférées au camp Kilo 26, qui accueille près de 12 500 réfugiés.

La plupart des nouveaux arrivés sont des hommes jeunes, adolescents ou dans la vingtaine, qui disent vouloir éviter le service militaire en Erythrée, bien que récemment davantage de femmes et d'enfants traversent la frontière soudanaise.

Ceux qui arrivent au Soudan, ou qui reviennent pour la deuxième fois comme Amara Musa, sont généralement accueillis chaleureusement par leurs compatriotes érythréens ayant vécu au Soudan oriental depuis des décennies. Tesfamariam, 17 ans, est arrivé au camp Kilo 26 il y a un mois et a déjà trouvé du travail : il s'occupe du téléphone du camp.

« Lorsque je suis arrivé ici, je ne connaissais personne, mais après les gens ont remarqué que j'étais seul et m'ont aidé à m'adapter », dit-il, en ajoutant : « J'ai toujours peur et je n'aime pas me sentir réfugié. » Sa mère et ses soeurs lui manquent, mais il pense déjà à continuer ses études au Soudan.

La réintégration locale des réfugiés qui ont vécu au Soudan pendant des décennies est en cours de discussion entre l'UNHCR et le Bureau du commissariat pour les réfugiés, géré par le gouvernement, mais l'objectif de l'agence à long terme est de rendre les réfugiés de la région orientale plus autonomes et moins dépendants de l'aide humanitaire.

Les communautés soudanaises vivant près des camps partagent depuis longtemps leurs maigres ressources avec les réfugiés. Les besoins les plus urgents incluent des meilleurs services de santé et davantage d'accès à l'eau potable et à l'éducation. Dans l'intervalle, les derniers arrivés espèrent toujours pouvoir rentrer en Erythrée, une fois que la paix et la stabilité seront revenues.

Par Annette Rehrl au camp Kilo 26, au Soudan