Des centaines de milliers de Congolais fuient la violence dans le « triangle de la mort » de la province du Katanga

La violence dans la province du sud-est a forcé quelque 400 000 personnes à fuir leur foyer depuis la fin de 2012, dont 71 000 dans les trois derniers mois.

Deux hommes déplacés par les violences dans le nord du Katanga sont assis sous l'abri de fortune qui est maintenant leur maison. L'accès à la nourriture, aux abris et aux besoins de base tels que l'eau potable, les soins médicaux et l'éducation est un défi pour eux et les autres au Katanga, où se trouvent 600 000 personnes déplacées, dont 400 000 ont fui leur foyers depuis 2012.  © HCR/B.Sokol

KINSHASA, République démocratique du Congo, le 18 novembre (HCR) - Mardi, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés a exprimé une vive préoccupation concernant la situation humanitaire « catastrophique » dans la province du Katanga en République démocratique du Congo qui a déplacé des centaines de milliers de personnes.

La violence qui règne dans cette province du sud-est a forcé quelque 400 000 personnes à fuir leur foyer depuis la fin de 2012, amenant le nombre total de personnes déplacées dans la province à près de 600 000. Rien qu'au cours des trois derniers mois, plus de 71 000 personnes ont été nouvellement déplacées.

En octobre, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a enregistré 1 737 incidents dans les territoires de Kalemie dans la région qu'on appelle le « triangle de la mort », entre les villes de Manono, Mitwaba et Pweto dans le nord du Katanga. Parmi les incidents, on constate des pillages et des incendies de maison, des cas d'extorsion, de torture, de travail forcé et de recrutement dans des groupes armés, ainsi que des cas violence sexuelle.

« Nous craignons que ce nombre d'incidents soit en fait beaucoup plus élevé, car l'insécurité et les défis logistiques empêchent nos inspecteurs de la protection de se rendre dans certaines régions », ajoute la porte-parole du HCR Karin de Gruijl à Genève. « Au cours des 10 premiers mois de 2014, on a signalé un total de 15 873 incidents dans la province du Katanga, dont 88 pour cent (soit 14 057) se sont produits dans ces quatre territoires.

La violence sexuelle reste très préoccupante. Entre janvier et octobre, les inspecteurs de la protection du HCR ont aidé 1 564 personnes qui ont survécu à la violence sexuelle et les ont envoyés à des partenaires médicaux ou à d'autres partenaires pour obtenir de l'aide.

"Toutefois, en raison du manque d'accès aux régions où vivent les survivants et de la crainte de beaucoup de victimes à signaler les cas de violence sexuelle, nous estimons que bien d'autres cas n'ont pas été signalés. En raison d'un manque de financement et de la capacité limitée des organisations à aider les survivants de viol de la province du Katanga, seul un nombre limité de victimes ont accès aux soins médicaux, à un soutien psychosocial et à une assistance juridique", explique Karin de Gruijl.

La présence limitée d'organisations humanitaires et de développement est un sérieux problème, entraînant une assistance insuffisante pour les personnes déplacées qui éprouvent des difficultés pour avoir accès aux services de base.

Il existe 28 sites accueillant des personnes déplacées internes dans le nord de la province du Katanga et bien d'autres personnes déplacées vivent dans des communautés d'accueil. Si le HCR a construit quelque 1 500 abris d'urgence depuis janvier, ce nombre est insuffisant et les personnes déplacées ont également besoin d'un accès aux soins médicaux, à l'eau potable, à de la nourriture et à des possibilités d'éducation.

Les anciens au site de Mukondo disent que 19 jeunes enfants sont morts depuis leur arrivée en mars, principalement à cause de diarrhée, d'anémie et de malaria. Le site héberge quelque 1 300 personnes, dont plus de la moitié ont moins de 12 ans. Pendant cette même période, neuf femmes sont mortes en couches. Le centre médicaux le plus proche se trouve à 22 kilomètres.

Les conflits font rage dans la partie nord du Katanga, l'une des provinces du Congo les plus riches en ressources naturelles. S'il existe des tensions de longue date entre les deux communautés, la violence entre la tribu des Luba (ou Bantu) et celle des Twa (ou Pygmées) s'est embrasée plus tôt cette année.

Les attaques visant les communautés Twa par les milices sécessionnistes Mai Mai Bataka Katanga et les combats avec l'armée ont repris après que le chef du groupe Mai Mai se soit évadé de prison dans la capitale provinciale Lubumbashi, en 2011. La population civile est depuis soumise à une violence extrême, notamment les viols collectifs.

Le HCR estime que pour endiguer la violence, il est nécessaire de renforcer la présence des autorités civiles congolaises dans les régions touchées et de rechercher des solutions pacifiques pour résoudre le conflit entre les Luba et les Twa.

Les droits des minorités et des groupes indigènes en particulier de la communauté des Twa doivent être reconnus et protégés. Parallèlement, il est important de mettre un terme à l'impunité et de promouvoir un programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration qui aide les anciens combattants à revenir à la vie civile.

Le HCR demande à la mission de maintien de la paix des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC) de renforcer sa présence et sa capacité technique dans le nord du Katanga afin de mieux protéger la population civile et de prévenir d'autres violations des droits de l'homme. Près de 2,6 millions de personnes sont déplacées dans ce vaste pays africain.

Par Céline Schmitt in Kinshasa, République démocratique du Congo