Des réfugiés centrafricains démunis mettent à profit leurs compétences et leur dynamisme

Certains, parmi les 8 000 réfugiés centrafricains dans le sud du Tchad, ont des compétences qui les aideront à redevenir autonomes ainsi que d'autres réfugiés.

Asia a mis à profit ses talents de cuisinière pour lancer une petite entreprise qui lui permet de soutenir sa famille et d'employer une amie. Le HCR s'emploie à rendre autosuffisants les réfugiés centrafricains arrivés au Tchad.   © HCR/M.Farman-Farmaian

GORE, Tchad, 14 avril (HCR) - Asia* et sa famille n'ont pas eu le temps de faire leurs bagages. « J'ai dépensé passer la plupart de mon argent, soit 10 000 FCFA (environ 20 dollars), pour rejoindre le Tchad. Nous n'avions rien quand nous sommes arrivés et je devais nourrir mes enfants », dit-elle.

Depuis début 2013, environ 23 000 réfugiés de la République centrafricaine (RCA) ont fui la violence et les violations des droits de l'homme et ils ont rejoint le sud du Tchad.

En arrivant à la frontière sans argent en plus d'être traumatisés par la violence, la plupart des réfugiés centrafricains choisissent d'être transférés, avec l'aide du HCR, vers un camp de réfugiés où ils reçoivent de la nourriture et quelques articles domestiques de première nécessité, et où ils auront accès à l'eau potable, au logement, à l'éducation et aux soins de santé.

Asia, âgée de 48 ans, est originaire de Paoua en RCA. Elle est arrivée au Tchad en avril 2013. « Quand nous avons fui, je n'avais aucune idée d'où j'allais », dit-elle. « J'ai seulement suivi ma famille dans la brousse. »

Asia et ses quatre enfants se trouvent désormais au Tchad mais son mari, qui était chauffeur de camion, a été tué par des miliciens en cours de route. « Les rebelles sont venus et ils ont tout détruit. Ils ont tout volé, ils ont tué et ils ont tout brûlé. Personne ne savait ce qu'ils voulaient. »

N'ayant presque plus rien et pour subvenir aux besoins de ses enfants, Asia a investi ses derniers sous pour acheter des ingrédients et cuisiner des gâteaux. Au marché principal du camp de Dosseye, vêtue d'une jupe colorée et portant un bandana sur la tête, elle dispose avec soin ses galettes faites maison, dorées à point, sur son étal nouvellement construit.

« J'ai fait un petit profit avec le premier lot de galettes et j'ai emprunté un peu plus d'argent, dit-elle avec un sourire. J'ai ainsi pu préparer une bouillie à base d'arachides et des boules avec de la sauce. » La recette s'est avérée très populaire.

Aujourd'hui, Asia a non seulement remboursé sa dette, mais elle réalise aussi un bénéfice pour soutenir sa famille, envoyer ses enfants à l'école et acheter les biens supplémentaires dont la famille a besoin.

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a recensé quelque 15 000 réfugiés centrafricains arrivés au Tchad en 2013 et quelque 8 000 autres durant les trois premiers mois de 2014, ce qui portant le total à plus de 90 000 réfugiés centrafricains au Tchad. La plupart sont des femmes et des enfants, et bon nombre sont traumatisés par la violence qu'ils ont fuie.

Le HCR au Tchad a réorienté sa stratégie et il cherche à promouvoir l'autonomie et les moyens d'existence des réfugiés. À cette fin, l'organisation encourage les activités génératrices de revenus, le micro-crédit, l'acquisition de compétences et le renforcement des capacités dans les services de gestion et d'entretien.

Le commerce avec les communautés locales aide les réfugiés à acquérir une indépendance économique. Cette activité contribue également à établir la confiance et la coexistence pacifique entre des groupes disparates comme les éleveurs et les agriculteurs.

Le HCR espère profiter de l'expérience et de l'expertise des réfugiés comme Asia pour aider les autres à rétablir leur vie, acquérir une stabilité socio-économique et revenir à la normalité. Cela permettra également de préparer les réfugiés pour le moment où ils retourneront chez eux.

« Ce que je fais est vraiment apprécié par les autres réfugiés », ajoute Asia. Elle a embauché sa voisine, elle aussi originaire de son village de Paoua, comme aide et elle lui verse un pourcentage des ventes quotidiennes.

Avec sa petite entreprise, Asia peut payer le loyer et l'éducation de ses enfants, et elle espère gagner suffisamment d'argent pour agrandir son entreprise. Elle pourrait même ouvrir un restaurant, comme celui qu'elle avait en RCA, dit-elle avec un grand sourire.

Asia encourage les autres réfugiés. « Mon conseil, c'est de ne pas à s'asseoir à rien faire, les bras croisés, mais de se ressaisir et d'être actif pour améliorer son sort. »

*Noms fictifs pour des raisons de protection

Par Massoumeh Farman-Farmaian, au camp de Dosseye, Tchad