Crise en Syrie : il faut davantage de fonds pour l'aide humanitaire

António Guterres déclare aux donateurs qu'une aide insuffisante aux réfugiés et à leurs pays d'accueil pourrait déstabiliser toute la région.

Aziza Khalil est une réfugiée syrienne. Elle vit dans sa tente inondée avec ses trois enfants dans la plaine de la Bekaa au Liban. Ils dorment dans un lit réhaussé sur des cales au-dessus de la boue.   © HCR

KOWEIT CITY, Koweït, 31 mars (HCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré lors d'une conférence internationale de donateurs mardi que la guerre en Syrie avait atteint un dangereux point de non-retour. Le désespoir des réfugiés et des communautés hôtes est croissant. Le fossé se creuse entre les besoins humanitaires et les fonds disponibles.

« Il est essentiel que les besoins humanitaires immédiats et les programmes de résilience à plus long terme soient financés par l'ensemble des ressources que les donateurs ont à leur disposition », a déclaré le chef du HCR António Guterres aux représentants de 50 Etats environ. « Les budgets d'aide humanitaire sont nettement insuffisants pour répondre aux besoins parfois même les plus élémentaires, et les organisations pour le développement doivent faire davantage pour soutenir les efforts à plus long terme. »

En plus des 12,9 millions de Syriens se trouvant à l'intérieur du pays et qui ont besoin d'une aide pour leur survie, plus de 3,9 millions de Syriens sont enregistrés en tant que réfugiés dans les pays voisins. António Guterres a expliqué aux délégués lors de cette conférence d'annonce de contributions, la troisième de ce type organisée par le Koweït, que les conditions continuent de se détériorer.

« Après quatre ans de conflit, nous arrivons à un point de non-retour. Il est clair que la réponse du monde à la crise en Syrie doit sortir de l'ordinaire. La situation devient intenable », a-t-il déclaré.

« Si nous n'aidons pas suffisamment les réfugiés ni leurs hôtes, et si nous ne renforçons pas leur capacité à faire face aux pressions à long terme dues à cette situation de réfugiés prolongée, nous risquons une nouvelle déstabilisation de toute la région. »

Des pays voisins de la Syrie, comme le Liban, la Turquie, la Jordanie et l'Iraq, ont subi de graves répercussions du fait de l'afflux de réfugiés syriens, a-t-il déclaré. Le Liban accueille désormais une population de réfugiés syriens qui équivaudrait pour l'Allemagne à recevoir 22,5 millions de réfugiés ou pour les États-Unis à accueillir subitement 88 millions de personnes.

Le Haut Commissaire a déclaré que les conditions de vie des réfugiés se sont considérablement dégradées. Deux millions de réfugiés dans les pays voisins ont besoin d'aide alimentaire pour survivre. Un tiers de tous les réfugiés vivent dans des logements insalubres et quelque 600 000 enfants réfugiés ne peuvent plus aller à l'école.

« Avec la moitié de tous les enfants réfugiés en âge scolaire et quelque deux millions d'autres en Syrie qui sont déscolarisés, le nombre de jeunes à risque est énorme», a déclaré António Guterres, en lançant une mise en garde sur une génération potentiellement perdue. « Ils ont déjà perdu leur enfance dans une guerre terrible et, maintenant, leur avenir est également menacé. »

L'Organisation des Nations Unies estime les financements nécessaires pour répondre aux besoins humanitaires de la crise syrienne en 2015 - à la fois aux besoins immédiats et au volet du développement à plus long terme, dans le cadre du Plan régional pour la résilience et l'aide aux réfugiés - à 8,4 milliards de dollars. Les annonces de contributions faites lors de la conférence du Koweït seront une étape importante vers la réalisation de cet objectif.

« Dans cette situation désespérée pour les réfugiés et les pays hôtes, il n'est pas surprenant que de plus en plus de réfugiés soient contraints de se déplacer encore plus loin », a indiqué António Guterres, en appelant tous les pays à maintenir leurs frontières ouvertes aux réfugiés syriens.

« Depuis janvier, quelque 15 000 personnes ont traversé la Méditerranée en bateau vers l'Europe en quête de protection. Sans une robuste capacité européenne de recherche et de sauvetage, on déplore déjà quelque 480 noyés en 2015, comparativement à seulement 15 pour la même période, l'année dernière », a-t-il indiqué.

Le manque de soutien pour les pays voisins hébergeant des réfugiés - et des craintes croissantes pour leur propre sécurité nationale - font qu'il est plus difficile pour les Syriens de fuir la guerre.

« Les Syriens éprouvent des difficultés croissantes dans leur quête de sécurité », a déclaré le Haut Commissaire. « Une hausse massive de l'aide internationale pour les pays voisins est essentielle afin de préserver l'espace de protection pour les réfugiés, la stabilité régionale et, plus largement, la paix et la sécurité mondiales. »

António Guterres a indiqué que ce dont a besoin le peuple de Syrie, c'est une solution politique au conflit. Toutefois la communauté internationale doit faire son possible pour protéger cette population qui a désespérément besoin d'une aide humanitaire.