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L'accès à Internet, une question de survie pour les réfugiés

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L'accès à Internet, une question de survie pour les réfugiés

Globalement, les réfugiés sont moitié moins susceptibles d'avoir un téléphone connecté à Internet que la population générale, et 29 pour cent des ménages de réfugiés n'ont pas le téléphone. Ça doit changer.
20 Janvier 2017
Un jeune Afghan parle à sa famille au téléphone peu de temps après son arrivée sur l'île de Lesbos, en Grèce.

Ils venaient tout juste de débarquer. C'était un groupe de réfugiés syriens qui avaient fui leur pays et traversé la moitié de la Turquie avant de remettre leur existence entre les mains d'un gang de passeurs. Pourtant, lorsque je les ai rencontrés à Lesbos à cette époque l’an dernier, une jeune femme qui touchait le sol grec pour la première fois m'a dit qu'ils n'avaient paniqué qu'une seule fois pendant ce périlleux voyage : lorsque leur téléphone portable a perdu le signal. C'est à ce moment-là, a-t-elle dit, qu'ils ont réalisé avoir perdu l'unique lien qui les rattachait au monde extérieur. Conscients de n'avoir plus la moindre possibilité de contacter leurs familles, leurs amis ou toute personne susceptible de les aider, ils ont été saisis par la peur et par un sentiment d'isolement qu'ils n'avaient jamais connu auparavant.

Peu de temps après avoir débarqué à Lesbos, des réfugiés syriens utilisent leur téléphone portable pour se localiser et prévenir leur famille qu'ils sont en sécurité.

Pour la plupart d’entre nous qui vivons dans des pays industrialisés — et pour chaque participant, sans exception aucune, au Forum économique mondial cette année — être connecté est un fait acquis. D'ailleurs, maintenant que l'information est si aisément accessible, nous aurions plutôt tendance à redouter une surcharge plutôt qu'un manque d'information. La téléphonie mobile, les tablettes et les ordinateurs, les réseaux 3G, 4G et autres réseaux à très haut débit se développent dans le monde entier, à des vitesses toujours plus rapides et un choix croissant de réseaux sociaux, ce qui nous permet d’être toujours en contact.

La réalité est bien différente pour les réfugiés. Globalement, les réfugiés sont moitié moins susceptibles d'avoir un téléphone connecté à Internet que la population générale, et 29 pour cent des ménages de réfugiés n'ont pas le téléphone. Certes, 90 pour cent des réfugiés vivent en milieu urbain couvert par la 2G ou la 3G, mais un cinquième de ceux qui vivent en zones rurales n’ont aucun accès à Internet.

Globalement, les réfugiés sont moitié moins susceptibles d'avoir un téléphone connecté à Internet que la population générale.

La connectivité n’est pas un luxe. Pour les réfugiés, c’est une bouée de sauvetage. Au niveau émotionnel le plus fondamental, ils ont désespérément besoin de rester en contact avec les membres de leur famille, dont certains sont parfois toujours confrontés aux risques de violence ou de persécution. L’accès aux dernières informations leur permet d’être avertis des menaces nouvelles, telles que les flambées épidémiques ou la propagation des conflits, ou encore de savoir où trouver de quoi se nourrir, boire, se vêtir, s’abriter et se soigner. À plus long terme, cela pourrait signifier accéder à des formations en ligne pour améliorer leurs perspectives d’emploi et trouver plus facilement du travail.

Ihsan, un réfugié syrien, au travail sur son ordinateur à Zahlé, au Liban.

À lire les réseaux sociaux et écouter le discours de certains politiciens, les perspectives des réfugiés peuvent sembler bien sombres. Nombre d'entre eux constatent que les pays où ils se sont réfugiés leur réservent un accueil de plus en plus froid. Mais il y a une autre version de cette histoire : elle parle de la chaleur des communautés de base, de bénévolat, de compassion et de solidarité. Aujourd'hui comme dans le futur, les technologies peuvent venir en aide aux réfugiés en butte à des politiciens hostiles et à des gouvernements réticents. Dans un monde de totale connectivité et de données illimitées, nous pourrons relier les réfugiés aux ressources dont ils ont besoin, qu'il s'agisse d'éducation et de formation ou de services médicaux et juridiques.

Les technologies peuvent venir en aide aux réfugiés en butte à des politiciens hostiles et à des gouvernements réticents.

Les réfugiés eux-mêmes pourront communiquer avec des organismes tels que le HCR, via une gamme de moyens plus large que par le passé, pour nous indiquer leurs besoins les plus essentiels et si notre action va dans le bon sens ou non. Si nous appliquons notre génie à la conception d’ingénieux systèmes d'aide numérique, nous aurons les moyens d'élargir nos partenariats à des centaines, voire des milliers d'organisations désireuses de venir en aide aux réfugiés sur l'ensemble de la planète.

Ainsi, nous avons deux défis à relever : comment améliorer la connectivité des réfugiés dans l'immédiat et comment nous positionner pour en tirer le meilleur parti dans l'avenir.

De jeunes réfugiés de République Centrafricaine jouent avec des téléphones portables qu'ils ont dessinés à Gbiti, au Cameroun.

Pour mieux concrétiser ces deux objectifs, nous invitons les gouvernements à améliorer l'accès à la connectivité et aux infrastructures qui la sous-tendent. Nous encourageons le secteur privé, notamment les opérateurs de télécommunications, à soutenir cette action par leur expertise technologique, leur rayonnement mondial et leur puissance d'investissement.

Les réfugiés doivent avoir accès à des téléphones et à des ordinateurs d'un coût abordable.

Pour progresser dans cette voie, les réfugiés doivent avoir accès à des téléphones et à des ordinateurs d'un coût abordable, à des abonnements téléphoniques et Internet bon marché et à des formations informatiques de base. En outre, nous avons un besoin urgent d'innovations pour améliorer l'accès au Wifi et la fonctionnalité sans fil dans les zones d'accueil de réfugiés, que ce soient les liaisons hertziennes, les antennes paraboliques, le spectre télévisuel inutilisé, les drones ou les ballons. En mettant en œuvre tous ces moyens, nous aidons les réfugiés, mais aussi leurs communautés d'accueil et, vu que la grande majorité des réfugiés est hébergée dans des pays en développement, nous apporterons ces technologies nouvelles à ceux qui en ont le plus besoin.

En 2014, mes collègues ont rencontré un jeune Syrien appelé Hany, qui avait fui Homs avec sa famille pour trouver refuge dans un camp de la Vallée de la Bekaa, au Liban. Poète, rappeur et photographe, Hany est animé d’une extraordinaire force de vie et doté d'un talent tel qu'il a fallu un moment à mes collègues pour se rendre compte qu'il souffrait d'un trouble oculaire grave, au point de ne voir qu'à quelques centimètres devant lui, ce qui en faisait légalement un non voyant. Son téléphone portable était pour lui une véritable nécessité. Il lui avait permis d'apprendre l'anglais, de prendre ses premières photos et d'appeler à l'aide. C'est grâce à ce même téléphone qu'il a appris un jour que son nouveau foyer serait la ville de Regina, au Canada. Comme il le dit lui-même, « mon téléphone, c'est mon petit univers. »

Pour les réfugiés, rester connecté n'est pas seulement une question de survie. C'est la voie vers l'autosuffisance et l'indépendance, vers plus de bien-être et vers la découverte des communautés qui les accueillent. L'an dernier, le Forum économique mondial a lancé une initiative appelée « Internet pour tous. » Nous devons veiller à ce que ce « tous » s'applique également aux réfugiés.


De plus amples informations sur la façon dont la connectivité mobile peut améliorer le bien-être des réfugiés et transformer l'action humanitaire sont disponibles ici.