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Un maître-nageur sauveteur syrien à la rescousse sur la côte grecque

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Un maître-nageur sauveteur syrien à la rescousse sur la côte grecque

Sauvé lui-même des eaux il y a deux ans, Obada « Ibo » Al-Nassar a participé à l'opération de sauvetage déployée lorsque la petite ville balnéaire grecque de Mati a été engloutie par des incendies de forêt meurtriers.
17 Octobre 2018 Egalement disponible ici :
Obada « Ibo » Al-Nassar, à son poste de maître-nageur sauveteur. Un bateau de la marine grecque l'a sauvé des eaux lorsque sa barque a commencé à se disloquer.

Parmi les secouristes déployés dans la petite ville balnéaire grecque de Mati en juillet, alors que des centaines de personnes fuyaient les incendies de forêt meurtriers, figurait un Syrien de 23 ans, lui-même rescapé de la noyade un an plus tôt.


À son arrivée en Grèce, Obada « Ibo » Al-Nassar a suivi une formation de maître-nageur sauveteur. Aujourd'hui, il est bénévole chez Lifeguard Hellas (LH), une des organisations qui ont porté secours aux civils terrorisés qui se sont précipités tête baissée sur les plages ou dans l'eau.  

Les secouristes de LH furent parmi les premiers arrivés sur place le 23 juillet, jour de l'incendie, pour évacuer par bateau des centaines de personnes vers d’autres régions sur le continent. Dans les jours qui ont suivi, Ibo a fait partie l'équipe de LH qui a poursuivi la recherche en mer des disparus et des morts.

« Ibo a participé activement à l'intervention à Mati », explique Spiros Mitritsakis qui dirige LH avec son épouse Mania Bikof. « C'est un secouriste d'exception », ajoute ce vétéran de l'intervention en mer.

Ibo, pour sa part, explique qu'il est ravi de faire quelque chose de constructif avec des gens qui sont devenus comme une seconde famille.

Ibo est probablement le seul secouriste Syrien en Grèce qui soit capable d’expliquer aux baigneurs comment maîtriser la mer et de porter secours aux gens en détresse.

« C'était la pire des situations. C'était l'enfer. »

Lorsqu'il a entrepris la traversée vers Lesbos, il y a plus d'un an, Ibo n’a dû son salut qu’à l’intervention d’un bateau de la marine qui s’est porté à son secours lorsque sa barque a commencé à se disloquer.

À son arrivée, il a été conduit au centre d'accueil et d'identification de Moria. « C'était ce qui avait de pire. C'était l'enfer », se souvient-il. S’étant rapidement lié d’amitié en dehors du site à des secouristes étrangers venus prêter main-forte en Grèce, leur contact a éveillé en lui son intérêt pour leur travail.

C'est par leur intermédiaire qu'il a fait la connaissance de Spiros, et qu'il est devenu maître-nageur sauveteur. LH intervient principalement sur la côte aux abords d'Athènes et son fonctionnement dépend de dons. Fin 2015, LH a déployé une équipe de bénévoles à Lesbos et celle-ci y est restée jusqu'au mois de juin de cette année. Installée dans une unité de logement IKEA fournie par le HCR, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, leur équipe mobilisée 24 heures sur 24 a pu porter secours à des milliers de gens sur sa partie du littoral.

Sur une plage d'Athènes, Ibo veille attentivement sur les baigneurs. Il a été formé par l'organisation Lifeguard Hellas principalement active sur la côte continentale grecque proche de la capitale.

Ibo a rapidement trouvé sa place parmi les bénévoles grecs et étrangers de LH, d'abord en apprenant à nager en mer aux enfants du site d'accueil municipal de Kara Tepe. « Il avait envie d'apprendre, de faire quelque chose », explique Mania.

L'équipe l'a bien accueilli et il a été envoyé à l'école de formation de LH, à Athènes, pour devenir maître-nageur sauveteur. La formation comprend des cours sur la sécurité dans l'eau, les premiers secours, les équipements, la plongée, le sauvetage en mer, l'enseignement de la natation et le maintien en forme. Son prochain défi est d'apprendre le grec.

« Je dois d'abord trouver le moyen de survivre au jour le jour. »

Hormis cette activité, les choses se présentent bien pour Ibo qui a déménagé à Athènes après avoir obtenu l'autorisation de quitter Lesbos. Il partage un appartement avec d'autres jeunes hommes dans le cadre du programme ESTIA de logement et d'aide en espèces. Ce programme financé par l'Union européenne dispose de places pour plus de 25 000 réfugiés et demandeurs d'asile, principalement dans des logements urbains. Il donne la priorité aux plus vulnérables et loge actuellement plus de 21 000 personnes.

Ibo a obtenu récemment la reconnaissance de son statut de réfugié, plus d'un an après avoir présenté sa demande d’asile.

Mais de nombreux défis persistent, et notamment trouver un emploi. Ibo ne pense pas vraiment au long terme. « Je dois d'abord trouver le moyen de survivre au jour le jour », dit-il. À une autre époque, en Syrie, Ibo envisageait de faire des études d'ingénieur, mais il est prêt à accepter un travail non qualifié.

Ibo a pu trouver un travail temporaire et organiser ses documents de sécurité sociale avec l’aide d’amis grecs, dont Spiros et Mania, devenus maîtres-nageurs sauveteurs il y a 30 ans. Pour eux, ce travail est devenu un mode de vie. « Nous n'avons pas l'impression de travailler. C'est quelque chose que nous aimons et ça nous remplit d'énergie », explique Mania.

Ibo a également attrapé le virus et il dit vouloir garder le contact avec les maîtres-nageurs sauveteurs. Il est reconnaissant à la Grèce et heureux de pouvoir à son tour offrir quelque chose. Il pense encore quelquefois à la Syrie. « Je viens de la région de Yarmouk, où tout a été complètement détruit. »

Mati est également en ruines. « Pour lui, ce qu’il a vu à Mati lui a rappelé ce qu'il a vécu personnellement », explique Mania. « Pour beaucoup de gens à Mati, l'eau était la seule issue. »