Le codage, clé de l'avenir pour des réfugiés au Malawi

Au camp de réfugiés de Dzaleka, au Malawi, une réfugiée burundaise développe les outils technologiques, au service des générations futures

Henriette Kiwele, 21 ans, travaille sur son application au centre The AppFactory dans le camp de réfugiés de Dzeleka, au Malawi, avec l'aide de Remy, un autre réfugié burundais. Henriette et ses soeurs ont fui la violence en République démocratique du Congo en 2013.
© HCR/Tina Ghelli

Remy Gakwaya a quitté son Burundi natal à l’âge de 15 ans après la mort de ses parents, tués dans des affrontements ethniques. Il est parvenu à rejoindre le camp de réfugiés de Dzaleka au Malawi en 2008. Dix ans plus tard, il est aujourd'hui responsable de l'enseignement des technologies aux réfugiés.


Tout a commencé avec des cours de programmation informatique financés par le Service jésuite pour les réfugiés au Centre de formation jésuite mondial établi dans le camp. C’est là que Remy a appris les langages de programmation informatique tels que HTML, Java et Python.

« J'adore la programmation », dit Remy, aujourd'hui âgé de 23 ans. « C'est inspirant de voir quelque chose que j'ai créé par moi-même. Ici, au camp de réfugiés, on n'est pas libre de faire ce qu'on veut. On ne peut pas travailler en dehors du camp. Par contre, si vous connaissez la programmation, vous pouvez vous en servir dans le monde entier ».

En 2016, Remy a fondé TakeNoLab, une organisation communautaire qui lui permet de partager sa passion pour les langages de programmation avec les jeunes réfugiés du camp.

Remy a commencé à apprendre à six étudiants comment se servir d'une souris et d'un clavier. N’ayant pas d’ordinateurs, il a dû imprimer des images de clavier que les étudiants ramenaient chez eux pour s'entraîner à la frappe. Il leur a ensuite expliqué les théories du codage informatique plutôt que de les montrer à l'écran. Du fait des fréquentes coupures d'électricité, les cours se tenaient souvent dans le noir.

Remy Gakwaya, 22 ans, enseigne la programmation aux réfugiés dans son TakenoLab, le nom de son organisation communautaire. Dans un projet pilote conjoint avec le HCR, Microsoft4Afrika a installé la connectivité Wifi dans l'ensemble du camp avec l'aide de partenaires locaux.

Remy Gakwaya, 22 ans, enseigne la programmation aux réfugiés dans son TakenoLab, le nom de son organisation communautaire. Dans un projet pilote conjoint avec le HCR, Microsoft4Afrika a installé la connectivité Wifi dans l'ensemble du camp avec l'aide de partenaires locaux.   © HCR/Amos Gumulira

Dans le cadre d'un projet pilote mené avec le HCR, Microsoft 4Afrika a installé la connectivité Wifi dans l'ensemble du camp avec l'aide de fournisseurs d'accès internet locaux pour une période de 12 mois. Mille smartphones, 40 ordinateurs portables et 10 tablettes ont également été fournis pour encourager le potentiel des étudiants.

En 2007, les étudiants de Remy ont pu travailler pour la première fois avec une connexion internet stable dans des installations dignes de ce nom.

Recrutés sur la base d'un test d'aptitude très compétitif, 31etudiants ont suivi les cours de formation offerts par The AppFactory, une initiative Microsoft 4Afrika qui vise à développer les compétences numériques et les aptitudes au codage par les jeunes.

Les développeurs en herbe ont passé jusqu'à six mois à travailler avec des techniciens logiciels de Microsoft pour apprendre la conception et le codage d'applications permettant de résoudre les problèmes qu'ils rencontrent au quotidien. Tout le succès de The AppFactory tient à la passion partagée pour le développement logiciel, la programmation, le travail d'équipe et l'autonomisation.

« Je veux utiliser la technologie pour résoudre les problèmes locaux ».

La première application produite s'appelle Habari. Elle aide les nouveaux venus à trouver les services disponibles dans le camp et leur enseigne les rudiments de la langue anglaise ou du chichewa, la langue nationale du Malawi. Une autre application, appelée Smart Mapokezi, ce qui signifie « distribution » en swahili permet d'envoyer aux réfugiés des SMS sur les arrivages quotidiens de nourriture et autre articles.

« Je veux utiliser la technologie pour résoudre les problèmes locaux que les grandes compagnies de logiciels n'ont pas le temps de prendre en charge », explique Remy.

Même si le HCR continue de financer la connectivité pour The AppFactory au-delà du projet pilote, les installations restent limitées pour les étudiants déjà formés. Un soutien supplémentaire est aujourd'hui nécessaire pour que les diplômés du projet puissent tirer le meilleur parti de leurs nouvelles compétences. Sur l’ensemble des étudiants, la plupart sont des réfugiés et l'on compte cinq jeunes femmes sur les 20 étudiants actuels.

Rien ne saurait décourager Remy. Il a récemment créé un club informatique appelé le Code smart des filles pour encourager les femmes et les filles réfugiées à rejoindre la révolution technologique.

Henriette Kiwele, 21 ans, et ses sœurs Claudine, 18 ans, et Joséphine, 17 ans, ont échappé aux violences en République démocratique du Congo en 2013. À leur arrivée au camp de réfugiés de Dzaleka, elles ne désiraient rien d'autre qu’étudier.

Quand Henriette a entendu dire que TakeNolab recherchait des filles désireuses d'apprendre le codage, elle est allée se présenter immédiatement avec ses sœurs.

« Il y avait surtout des garçons dans le groupe, et on nous a demandé si on serait capable de nous maintenir à leur niveau. On a répondu que oui, évidemment, on peut », raconte Henriette. « Quand je pense à l'avenir, je me dis qu'un jour je pourrai avoir une carrière grâce aux connaissances que j'ai acquises ici à The AppFactory », ajoute-t-elle.

Rédaction et informations complémentaires de Farha Bhoyroo à Genève. Ce récit est extrait du rapport 2018 sur l’éducation du HCR, intitulé Turn the Tide: Refugee Education in Crisis.