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| Title | Amnesty International Rapport 2008 - Soudan |
| Publisher | Amnesty International |
| Country | Sudan |
| Publication Date | 28 May 2008 |
| Cite as | Amnesty International, Amnesty International Rapport 2008 - Soudan, 28 May 2008, available at: http://www.unhcr.org/refworld/docid/48427272c.html [accessed 29 May 2012] |
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| République du Soudan | |
| Chef de l'État et du gouvernement | Omar Hassan Ahmad el Béchir |
| Peine de mort | maintenue |
| Population | 37,8 millions |
| Espérance de vie | 57,4 ans |
| Mortalité des moins de cinq ans (m/f ‰) | 113 / 100 ‰ |
| Taux d'alphabétisation des adultes | 60,9 % |
Arguant que l'Accord de paix global conclu en 2005, qui avait mis fin à des décennies de conflit entre le nord et le sud du Soudan, n'était pas appliqué, le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) s'est retiré du gouvernement du mois d'octobre au 27 décembre. Les affrontements et l'insécurité ont persisté, les armes et les groupes armés continuant de proliférer. Quelque 280 000 personnes ont été déplacées au cours de l'année. Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l'unanimité, en juillet, l'envoi au Darfour d'une force de maintien de la paix composée de 26 000 personnes. Cette force a pris le relais, le 31 décembre, de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), qui n'était pas parvenue à mettre un terme aux homicides et aux viols perpétrés au Darfour. Les pourparlers de paix entre le gouvernement et les groupes armés n'avaient pas abouti à la fin de l'année. Les forces de sécurité ont eu recours à la force meurtrière contre des manifestants pacifiques, notamment des personnes qui protestaient contre la construction du barrage de Kajbar, dans le nord du pays. Cette année encore, des opposants présumés ont été maintenus en détention prolongée au secret par les services de sécurité. Le recours à la torture et aux mauvais traitements était systématique contre les habitants du Darfour et d'autres populations marginalisées. Au moins 23 personnes ont été condamnées à mort et sept exécutions ont eu lieu. La liberté d'expression faisait l'objet de restrictions et des journalistes ont été détenus pour avoir exprimé leurs opinions, pourtant de manière pacifique. Comme les années précédentes, des arrestations arbitraires ont été signalées dans le sud du pays. Des groupes armés se sont livrés à des exactions, notamment au meurtre délibéré de personnes capturées, entre autres homicides illégaux, à la détention illégale d'opposants et à la prise d'otages.
En octobre, le MPLS a suspendu sa participation au gouvernement d'union nationale dirigé par le président Omar Hassan el Béchir, en arguant que les ministres du parti du Congrès national n'avaient pas mis en œuvre les dispositions de l'Accord de paix global et que le premier vice-président, Salva Kiir Mayardit, avait été mis à l'écart. Une déclaration officielle du MPLS mentionnait les problèmes suivants : obstruction du passage à la démocratie, retards dans le processus de réconciliation nationale, non-application du Protocole d'Abyei – une zone riche en pétrole qui bénéficie d'un statut spécial selon l'Accord de paix global – , retards dans la délimitation de la frontière entre le nord et le sud et manque de transparence dans le partage des revenus pétroliers. Les ministres du MPLS ont réintégré le gouvernement d'union nationale le 27 décembre, mais des désaccords à propos du Protocole d'Abyei subsistaient à la fin de l'année.
L'Accord de paix signé en 2006 avec des groupes armés de l'est du Soudan est resté en vigueur et des dirigeants de l'opposition originaires de cette région sont entrés au gouvernement. Certaines personnalités ont affirmé que des responsables politiques de l'est qui étaient proches du parti du Congrès national avaient reçu un nombre disproportionné de postes gouvernementaux.
L'harmonisation des lois nationales avec les dispositions de l'Accord de paix global n'a pas beaucoup progressé. Les lois relatives aux services de sécurité nationale, à la police nationale, aux forces armées et aux élections n'ont pas été adoptées. En outre, aucun projet de loi n'a été déposé sur la Commission nationale des droits humains, la Commission électorale et la Commission nationale sur la terre.
Le secrétaire général des Nations unies a remis des rapports mensuels au Conseil de sécurité sur la situation au Darfour. La rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Soudan a elle aussi remis régulièrement des rapports. Déployée en vertu de l'Accord de paix global, la Mission des Nations unies au Soudan (MINUS) disposait de plus de 10 000 soldats dans le sud du pays et dans les régions d'Abyei, des monts Nouba et du Nil bleu. Elle avait par ailleurs envoyé 70 observateurs de la situation des droits humains dans tout le pays, dont 33 au Darfour. La MINUS a publié des rapports périodiques sur des cas spécifiques d'atteintes aux droits humains, mais elle a cessé de publier des bulletins réguliers en la matière.
Les autorités soudanaises n'ont pas délivré de visa à une mission de haut niveau composée de cinq personnes qui avait été désignée par le Conseil des droits de l'homme [ONU] lors d'une session spéciale sur le Darfour en décembre 2006. Les membres de la mission, qui se sont rendus au Tchad, entre autres, ont soumis leur rapport en mars au Conseil des droits de l'homme. Un groupe d'experts a été réuni en mars par le Conseil des droits de l'homme pour faire le bilan de la mise en œuvre des recommandations sur le Darfour émises par des organes des Nations unies chargés des droits humains. Le Conseil consultatif des droits humains nommé par le gouvernement soudanais a pris acte de ces recommandations, mais selon le rapport remis en novembre au Conseil des droits de l'homme peu d'entre elles avaient été appliquées. Le Conseil des droits de l'homme a voté la dissolution du groupe d'experts, mais il a maintenu le mandat de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Soudan.
En décembre, le Conseil des droits de l'homme a demandé instamment au Soudan d'appliquer toutes les recommandations énumérées par le groupe d'experts sur le Darfour. Il a, en outre, prorogé d'un an le mandat de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Soudan en l'invitant à suivre la mise en œuvre de ces recommandations.
Un groupe d'experts créé en 2005 aux termes de la résolution 1591 du Conseil de sécurité pour surveiller l'embargo sur les armes a signalé des violations par toutes les parties au conflit ; il a nommément désigné des responsables de tels actes.
Le Conseil de sécurité a adopté en juillet la résolution 1769, qui a mis en place l'opération hybride Union africaine-ONU au Darfour (MINUAD), une force de maintien de la paix dont l'effectif s'élève à plus de 26 000 personnes, parmi lesquelles ne figurent pas moins de 6 000 policiers des Nations unies. Le gouvernement soudanais a fait obstruction au déploiement rapide de la MINUAD en n'acceptant pas la liste des pays fournisseurs de troupes, parmi lesquels figuraient un certain nombre d'États non africains. Par ailleurs, les États membres des Nations unies n'ont pas mis à disposition le matériel essentiel, notamment les hélicoptères. La MINUAD a pris le relais de la MUAS le 31 décembre, mais elle ne disposait que d'environ 9 000 hommes, dont 6 880 soldats et 1 540 policiers.
En février, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a présenté à la Chambre préliminaire des éléments de preuve concernant des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis au Darfour contre Ahmad Muhammad Harun, ancien ministre de l'Intérieur devenu ministre des Affaires humanitaires, et Ali Mohammad Ali Abdel Rahman (Ali Kushayb), chef des Janjawids. La Chambre préliminaire a décerné, en avril, des mandats d'arrêt contre ces deux hommes. Le gouvernement soudanais a déclaré qu'il refuserait de les livrer à la CPI. En décembre, le Conseil de sécurité n'a pas entériné une déclaration présidentielle soutenant la condamnation par le procureur de la CPI du refus du Soudan de coopérer avec la Cour.
Toutes les principales parties au conflit ont commis des violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains, notamment des homicides illégaux, des détentions arbitraires, des attaques contre le personnel et le matériel des organisations humanitaires, des actes de torture et d'autres mauvais traitements, ainsi que des prises d'otages.
Les groupes armés, essentiellement des factions de l'Armée de libération du Soudan (ALS) et du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), continuaient de proliférer. Selon certaines sources, on recensait à la fin de l'année plus de 30 organisations armées, y compris certaines représentant des Arabes. Ces groupes étaient de plus en plus divisés selon des clivages ethniques.
Les milices janjawids ont attaqué des civils avec le soutien, notamment aérien, des forces armées soudanaises. L'armée de l'air a bombardé des civils et des cibles non militaires avec des avions Antonov et des hélicoptères. Des appareils des forces régulières ont été peints en blanc pour ressembler aux avions des Nations unies. Les groupes armés luttaient contre le gouvernement, mais aussi les uns contre les autres. Avec la prolifération des armes, des affrontements mineurs dégénéraient en conflits de grande ampleur. Les groupes ethniques s'affrontaient régulièrement, notamment différents groupes arabes incorporés dans les forces paramilitaires gouvernementales. Les conflits ethniques et les attaques des groupes armés se sont étendus à la région voisine du Kordofan.
La MUAS manquait de personnel, de moyens de transport et d'armes lourdes.
Le calendrier de mise en œuvre de l'Accord de paix sur le Darfour signé en 2006 par le gouvernement et la faction de l'ALS dirigée par Minni Minawi, et rejeté par la plupart des groupes armés opérant au Darfour, n'a pas été respecté.
Des conférences visant à unifier les groupes pour parvenir à une position commune pour les négociations ont été organisées par l'Union africaine et les Nations unies à Arusha (Tanzanie) en août, et par l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) à Juba (sud du Soudan) d'octobre à décembre. Certains groupes armés ont fusionné. Des acteurs régionaux ainsi que les Nations unies et l'Union africaine ont tenté à plusieurs reprises de relancer le processus de paix. Une nouvelle conférence de paix s'est tenue en octobre à Syrte, en Libye, sous les auspices des Nations unies et de l'Union africaine, mais les groupes armés les plus importants ont refusé d'y participer.
Quelque 280 000 personnes ont dû quitter leur foyer en raison des attaques, et plus particulièrement de celles des troupes gouvernementales et des paramilitaires, ce qui portait à plus de 2 387 000 le nombre total des déplacés au Darfour.
Il était dangereux de circuler dans de nombreuses zones du Darfour. Toutes les parties au conflit, notamment les forces paramilitaires gouvernementales, ont installé des barrages routiers où les voyageurs étaient rançonnés ou capturés.
Le viol a continué d'être pratiqué de manière systématique, généralement lorsque les femmes et les jeunes filles sortaient des camps de personnes déplacées pour aller chercher du bois. Dans certains cas, des femmes ont été battues ou agressées, mais elles ont réussi à s'enfuir. Les agressions et les viols étaient rarement dénoncés à la police. Les hommes laissaient la tâche de ramassage du bois aux femmes car ils craignaient d'être tués s'ils s'aventuraient en dehors des camps.
Les mutilations génitales féminines étaient toujours pratiquées de manière systématique dans le nord du pays.
Comme les années précédentes, le Service de la sécurité nationale et du renseignement, les services de renseignement de l'armée et la police se sont rendus coupables de violations des droits humains, notamment d'arrestations arbitraires, d'actes de torture, de mauvais traitements et d'un usage excessif de la force. Le recours à la torture et aux mauvais traitements était systématique contre les prisonniers politiques, les suspects de droit commun, les personnes détenues au Darfour et dans des régions marginalisées, ainsi que les étudiants arrêtés à Khartoum. Cette année encore, des peines de flagellation ont été infligées pour toute une série d'infractions, comme les relations sexuelles illicites et la vente d'alcool. Les forces de sécurité ont dispersé de nombreuses manifestations en faisant un usage excessif de la force.
Les informations dont disposait Amnesty International établissaient qu'au moins 23 condamnations à mort avaient été prononcées et sept personnes avaient été pendues au cours de l'année. Ces chiffres étaient probablement bien en deçà de la réalité. Comme les années précédentes, les cas n'étaient pas rares de sentences capitales prononcées à l'issue de procès inéquitables au cours desquels des « aveux » obtenus sous la torture étaient retenus à titre de preuve. Certains accusés qui n'avaient pas été assistés d'un avocat durant leur procès ont été condamnés à mort.
Cette année encore, des femmes ont été condamnées à mort pour adultère, mais à la connaissance d'Amnesty International aucune exécution n'a eu lieu pour ce motif. Au Darfour, les procès qui se déroulaient devant des tribunaux d'exception et des tribunaux pénaux spécialisés ne respectaient pas les normes internationales d'équité. Le Tribunal pénal spécial sur les événements au Darfour n'a examiné aucune affaire au cours de l'année.
Dans le sud du Soudan, de nombreux accusés jugés en l'absence d'un avocat ont été condamnés à mort. Toutefois, à la connaissance d'Amnesty International, aucune exécution judiciaire n'a eu lieu.
La liberté d'expression et d'association faisait toujours l'objet de restrictions. Les dispositions de la Loi de 2004 relative à la presse étaient utilisées pour censurer les journaux et restreindre la liberté d'expression. Le gouvernement a émis des ordonnances imposant une obligation de réserve, notamment l'interdiction arbitraire d'évoquer des procédures pénales liées au conflit au Darfour et des enquêtes sur les homicides de civils lors de manifestations contre le barrage de Kajbar, ainsi que l'affaire de Mubarak al Fadel al Mahdi.
Dans le sud du Soudan, région autonome en vertu de l'Accord de paix global, plusieurs commissions prévues par cet accord ont été créées par décret présidentiel, notamment la Commission des droits humains du sud du Soudan. En novembre, l'Assemblée législative du sud du Soudan a adopté une Loi relative à l'armée. Des projets de loi relatifs au service public, à la population et au recensement, ainsi qu'au désarmement, à la démobilisation et à la réinsertion, devaient être présentés.
Les affrontements entre milices rivales se sont poursuivis ; ils ont souvent entraîné la mort de civils ou des enlèvements. Cette année encore, des personnes ont été arrêtées de manière arbitraire, dans certains cas pour être gardées comme « otages » à la place de membres de leur famille. De nombreuses personnes ont été condamnées en l'absence d'un défenseur, ce qui était en partie lié au manque d'avocats. Un certain nombre de condamnations à mort ont été prononcées, mais à la connaissance d'Amnesty International aucune exécution n'a eu lieu.
Topics: Violence against women, Torture, Fair trial, Torture, Violence against women, Death penalty, Arbitrary arrest and detention, Freedom of expression,