Last Updated: Wednesday, 30 May 2012, 15:51 GMT  
Title QUI PART?
Publisher Immigration and Refugee Board of Canada
Country Liberia
Publication Date 1 December 1990
Cite as Immigration and Refugee Board of Canada, QUI PART?, 1 December 1990, available at: http://www.unhcr.org/refworld/docid/3ae6a8650.html [accessed 31 May 2012]
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QUI PART?

 

1. RENSEIGNEMENTS GENERAUX SUR LA RECENTE PERIODE D'INSTABILITÉ

En 1822, des esclaves noirs américains affranchis ont commencé à coloniser le Liberia, pays d'Afrique de l'Ouest habité par environ 16 tribus prédominantes. Déclaré république en 1847, le Liberia a été gouverné par les descendants des esclaves affranchis, les Américano-libériens, jusqu'à ce que Samuel Doe, un Krahn indigène, prenne en 1979 le contrôle du gouvernement à l'issue d'un coup d'état (The Associated Press 6 août 1990). Aujourd'hui, le Liberia compte environ 2,5 millions d'habitants parmi lesquels figurent les 50 000 Américano-libériens et les 125 000 Krahns qui habitent surtout l'est du pays (Africa Watch 26 oct. 1990; Manchester Guardian Weekly 9 sept. 1990). Les principaux groupes ethniques sont les Kpelles du comté de Bong, les Bassas de la région de Buchanan et les Gio-Manos du comté de Nimba. Selon le recensement de 1974, le pays compterait également environ 3 430 Libanais, 2 399 citoyens américains, 4 101 Européens et 47 654 Africains non libériens (Africa South of the Sahara 1989 1989, 611).

Bien que la Constitution du Liberia prévoie la démocratie et la protection des droits de la personne, le Liberia sous le régime Doe est régi par un système restreint à parti unique soutenu par un important dispositif militaire (Country Reports 1989 1990, 182-183). Le gouvernement de Samuel Doe, dominé par l'ethnie krahn, fondait ses politiques sur les divisions ethniques. Les Krahns jouissaient donc d'un traitement de faveur. D'après les témoignages de plusieurs réfugiés gio-manos en Côte d'Ivoire, les membres de cette tribu ont constamment été harcelés par des militaires, des collègues de travail et des superviseurs krahn depuis la tentative de coup d'état d'un opposant gio-mano du comté de Nimba en 1985 (Africa Watch mai 1990, 18-20).

Les forces armées, composées principalement de Krahns et de Mandingos (Manchester Guardian Weekly 5 août 1990), seraient responsables de graves violations des droits de la personne commises contre les Gio-Manos. Faisant allusion aux événements récents qui se sont déroulés au Liberia, une source diplomatique a affirmé que les troupes de Samuel Doe « échappaient à toute autorité et, d'une certaine manière, il en fut toujours ainsi » (The New York Times 26 sept. 1990).

En 1989, on a signalé une augmentation des restrictions sévères à la liberté d'expression, de presse, d'association et de réunion, de même qu'une recrudescence des arrestations arbitraires et des détentions sans procès ni inculpation; l'abus et le harcèlement de civils par les militaires et la police ont également pris de l'ampleur (Country Reports 1989 1990, 182-183). Selon Africa Watch, le gouvernement Doe se singularisait par le recours à la torture, des exécutions extrajudiciaires, des condamnations fondées sur de fausses accusations et l'absence d'une procédure équitable. Le pouvoir judiciaire, au sein duquel la corruption aurait sévi, a souvent répondu aux attentes de l'exécutif et des militaires (Country Reports 1989 1990, 184). Au Sénat américain, on a décrit les élections de 1985, que Samuel Doe prétendait avoir gagnées, comme «l'élection la plus frauduleuse de l'histoire» (Manchester Guardian Weekly 9 sept. 1990).

2. LE CONFLIT ET LES ACTEURS

Bien que le régime répressif de Doe ait engendré de nombreux opposants, c'est un petit groupe de rebelles gio-manos, dirigé par l'Américano-libérien Charles Taylor qui pénètre au Liberia le 24 décembre 1989, en provenance de la Côte d'Ivoire. Son objectif : renverser le gouvernement Doe.

Trois groupes se disputent actuellement le pouvoir. Le plus puissant, le Front national patriotique du Liberia [National Patriotic Front of Liberia (NPFL)] composé d'environ 10 000 rebelles dirigée par Charles Taylor, contrôle la majeure partie du pays. Une faction dissidente du groupe de Taylor, le Front patriotique national indépendant [Independent National Patriotic Front (INPF)] dirigée par Prince Johnson, est composée d'environ 2 000 hommes dispersés dans Monrovia, la capitale. Ce qui reste de l'armée de Doe, environ un millier d'hommes, est bloqué à Monrovia (The Christian Science Monitor 1er nov. 1990). De plus, une force de maintien de la paix (ECOMOG), constituée de 6 000 soldats provenant de certains états membres de la Communauté économique des états de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a fait son entrée au Liberia en août (Ibid.). Cette force internationale, que Taylor refuse de reconnaître, a été entraîné dans les combats en voulant mettre fin aux attaques du NPFL lancées contre ses troupes et contre des navires servant à l'évacuation de réfugiés (Inter Press Service 19 sept. 1990).

Le conflit a fait plus de 10 000 morts et a provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes en quête d'un lieu sûr (The New York Times 24 oct. 1990). D'après le Bureau du Coordonnateur des Nations Unies pour les secours en cas de catastrophe, plus d'un million et demi de Libériens, soit la moitié des citoyens de ce pays, sont maintenant des réfugiés (The Independent 29 oct. 1990; The New York Times 28 oct. 1990). La violence et l'anarchie persistantes ont contribué à répandre davantage la malnutrition et la maladie qui ont déjà fait plus de 10 000 victimes (The New York Times 24 oct. 1990). A Monrovia, environ 50 personnes meurent chaque jour des suites de malnutrition et de maladie (The Christian Science Monitor 1er nov. 1990).

Une bonne partie de la violence procède des antagonismes ethniques. Le groupe de rebelles gio-manos, qui ont assassiné des gardes frontaliers du gouvernement ainsi que des Krahns et des Mandingos en décembre 1989, n'étaient composés que d'une centaine d'individus (Reuter 10 sept. 1990); en représailles, les forces militaires de Doe ont mené une campagne de terreur contre les Gio-Manos, prenant pour cible des civils choisis au hasard. Au cours des opérations qui ont suivi, des habitants non armés du comté de Nimba ont été violés, estropiés et massacrés; des villages ont été pillés et rasés, et des fermes ont été détruites (Africa Watch mai 1990, 1). Divers rapports signalent que des membres des forces armées ont ignoré les ordres destinés à épargner les civils innocents (Ibid., 28).

Certaines sources diplomatiques croient que Taylor a déclenché l'attaque contre le comté de Nimba en 1989 parce qu'il avait prévu avec justesse que Doe exercerait de nouveau des représailles féroces et brutales, comme celles de 1985 dirigées contre des civils gio-manos, poussant ces derniers dans le camp des rebelles (Reuter 11 oct. 1990). Dès lors, le NPFL rebelle, équipé et soutenu par la Libye, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire (The New York Times 29 nov. 1990) est devenu une force combattante de taille (The Independent 19 août 1990). Les forces rebelles comptent de nombreux enfants dans leurs rangs, certains âgés seulement de sept ou huit ans, que l'on voit équipés de grenades, les fusils automatiques Kalashnikov étant trop lourds (Africa Watch 26 oct. 1990, 10).

Les forces rebelles ont sillonné le sud, de village en village, attaquant les forces gouvernementales ainsi que des Krahns et des Mandingos. On comptait parmi ces derniers des hommes, des femmes et des enfants, cibles idéales des représailles du NPFL, comme en témoigne le nombre de cadavres qui jonchaient la route en direction de Monrovia (The Independent 21 août 1990). Pendant ce temps, les forces gouvernementales menaient leur propre campagne contre des civils. Des militaires libériens sont responsables de la mort de personnes déplacées non armées, de civils habitant des villes contrôlées antérieurement par les rebelles et même des soldats gio-manos des forces armées de Doe (Africa Watch 26 oct. 1990, 13).

En septembre, le NPFL se trouvait à moins de 200 mètres de la résidence où Doe s'était replié (Reuter 10 sept. 1990). A la suite du repli forcé, de la désertion et de la fuite des soldats de Doe, le gouvernement a recruté de force des centaines de civils ainsi que les détenus des prisons de Monrovia (The Independent 19 août 1990).

Tous les groupes armés sont responsables des violations des droits de la personne commises à l'endroit de civils innocents soupçonnés d'avoir des opinions opposées, d'appartenir au mauvais groupe ethnique, de se trouver dans une région habitée par des membres d'une tribu rivale ou de porter les couleurs et les chaussures de l'ennemi (The Washington Post 15 août 1990).

3. SORTIR DU PAYS ET Y RETOURNER : LES FLOTS DE REFUGIES ET LES DEPLACEMENTS INTERIEURS

Selon un rapport du Département d'état des états-Unis [Office of Foreign Disaster Assistance (OFDA)] daté du 26 octobre 1990, il y avait 280 000 réfugiés libériens en Guinée, 206 681 en Côte d'Ivoire, 70 000 au Sierra Leone et environ 5 000 au Ghana (Africa Watch 26 oct. 1990, 16). Il a précisé, en outre, qu'il y avait plus d'un million de Libériens qui avaient été déplacés à l'intérieur du Liberia.

Environ 37 000 personnes d'origines ethniques diverses ont cherché refuge dans des installations et des immeubles américains partout au Liberia (The New York Times 1er août 1990). Plusieurs milliers de Gio-Manos se sont réfugiés à Monrovia dans des camps de fortune (Ibid. 15 juill. 1990). Toutefois, ils sont facilement exposés aux atrocités commises par toutes les parties dans le conflit. A une occasion, les forces gouvernementales ont pénétré dans l'enceinte d'un camp des Nations Unies; elles ont abattu un garde de sécurité non armé et enlevé 30 réfugiés gio-manos, des hommes et des garçons qu'elles ont par la suite assassinés (The Washington Post 1er août 1990). A une autre occasion, environ 30 membres des forces armées gouvernementales sont entrés dans l'église luthérienne Saint-Pierre où plus de 2 000 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, s'étaient réfugiées. Environ 600 d'entre elles ont été abattues à la mitraillette et passées à la baïonnette par les militaires qui ont ordonné aux survivants d'évacuer les lieux (Manchester Guardian Weekly 5 août 1990).

D'autres groupes ont été maltraités par les forces rebelles et gouvernementales. Les Mandingos, pour la plupart des commerçants musulmans, ont toujours soutenu les divers gouvernements. Dès lors, ils sont devenus la cible des représailles exercées par les rebelles (Africa Watch mai 1990, 4-5). Comme les forces rebelles de Taylor considèrent les Guinéens comme des Mandingo et les Nigériens comme des partisans de Doe, ces deux groupes ont également été exposés à des représailles. A un moment donné, les forces de Taylor ont fait sortir de force des milliers de Guinéens et de Nigériens de leurs ambassades respectives et les ont abandonnés dans les rues, sans aucune protection (Reuter 22 août 1990). Le massacre inexpliqué de douze Américano-libériens, dont trois personnes bien en vue, par les forces armées, n'a fait qu'attiser davantage un conflit déjà vieux de six mois qui jusqu'ici n'avait impliqué que les groupes indigènes de la région (The Washington Post 12 juin 1990). La tuerie a provoqué l'exode de milliers d'Américano-libériens (Ibid. 14 juin 1990).

Il y aurait au moins 2 000 étrangers à Monrovia, pour la plupart des commerçants libanais et indiens (The New York Times 1er août 1990). On rapportait dans un article publié le 9 septembre 1990 dans le Manchester Guardian Weekly que la plupart des Libanais, sur lesquels reposaient une grande partie de l'économie, avaient pris la fuite. Un représentant de la Ligue arabe à Ottawa rapporte que la plupart des Libanais du Liberia sont maintenant dispersés aux quatre coins du monde (Arab League 29 nov. 1990). Selon un article paru dans le New York Times du 5 août 1990, le premier étranger dont on a signalé la mort était un commerçant libanais, tué alors qu'il tentait d'empêcher les troupes gouvernementales de s'emparer de ses meubles.

Les réfugiés qui sont arrivés en Côte d'Ivoire à la fin juin et en juillet 1990 ont pu recevoir tous les secours dispensés par les groupes humanitaires parce que leur nombre était acceptable et que leur santé était généralement bonne. Toutefois, les personnes qui sont arrivées plus tard, déjà affamées, n'ont reçu que du riz; les stocks se sont rapidement épuisés. Cette situation persiste toujours et constitue un fardeau pour le pays d'accueil qui se voit obligé de partager ses réserves alimentaires déjà restreintes (Africa Watch 26 oct. 1990, 17). On a beaucoup de mal, dans certaines régions, à soutenir une population de réfugiés libériens plusieurs fois plus importante que la population locale. La localité de Pekan Houebli en Côte d'Ivoire, où se trouvent rassemblés plus de 3 000 réfugiés libériens et 300 Ivoiriens, en est un bon exemple (Africa Watch 26 oct. 1990, 19). Au Sierra Leone, l'aide alimentaire, distribuée en demi-rations en octobre 1990, n'arrive plus à satisfaire les besoins à la suite de l'arrivée massive de réfugiés (Refugees oct. 1990, 11).

Les combats qui se sont déroulés au cours des dernières semaines dans le comté de Maryland ainsi que la sévère pénurie alimentaire ont fait grimper à 10 000 le nombre de réfugiés libériens à Tabou, en Côte d'Ivoire. Puisqu'un bon nombre des réfugiés récents viennent d'un milieu urbain, leurs difficultés sont aggravées par le fait qu'ils sont mal préparés pour quérir leur nourriture dans la jungle (Africa Watch 26 oct. 1990, 18). Le HCR est préoccupé par le nombre de réfugiés de milieux urbains qui convergent vers les villes et les villages d'accueil, créant ainsi des problèmes économiques et sociaux qui risquent de s'aggraver (Refugees oct. 1990, 12). D'après Africa Watch, dans tous les pays voisins du Liberia, c'est en Guinée que la situation alimentaire des réfugiés libériens est la plus alarmante, compte tenu du manque d'infrastructure et de l'isolement des villages. Alors que les militaires guinéens auraient harcelé les réfugiés libériens et pris leurs enfants en otage pour obtenir de la nourriture et de l'argent, les autorités civiles ont tenté d'alléger la misère des réfugiés (Africa Watch 26 oct. 1990, 19). Ceux qui fuyaient vers le Sierra Leone par la route principale menant au pont Mano River Union auraient été interceptés, détenus et interrogés par les rebelles. Des hommes de certains groupes ethniques ont été recrutés de force, tandis que d'autres ont été systématiquement abattus. Les rebelles ont aussi violé les femmes réfugiées. Toutefois, l'armée du Sierre Leone a contribué à garantir la sécurité de nombreux réfugiés libériens en fuite (Refugees oct. 1990, 9). Le représentant du HCR à Sierra Leone a signalé que la situation des réfugiés libériens ne constitue pas le type d'urgence qui sera résolu par un rapatriement rapide (Ibid. 12).

4. LA SITUATION ACTUELLE

La force ouest-africaine, l'ECOMOG, a facilité la formation d'un gouvernement provisoire composé de divers groupes politiques et religieux libériens et dirigé par Amos Sawyer, un universitaire jouissant d'un grand prestige. Le leader rebelle, Charles Taylor, soutenant qu'il est le président du Liberia, a refusé de reconnaître le gouvernement provisoire installé à Monrovia le 22 novembre 1990 (Inter Press Service 12 nov. 1990). Le fait que l'ECOMOG ait réussi à protéger Monrovia et ses environs contre les forces de Taylor, de même qu'à obtenir le retrait du soutien militaire de la Libye, du Burkina Faso et de la Côte d'Ivoire aux forces rebelles, a peut-être persuadé ce dernier d'entamer le dialogue avec les dirigeants des factions dissidentes à Bamako, au Mali (The New York Times 29 nov. 1990).

Les négociations de Bamako ont donné lieu à un cessez-le-feu immédiat le 28 novembre 1990. Toutefois, les négociateurs reconnaissent qu'il est encore trop tôt pour déterminer si la trêve pourrait durer. On ne connait pas encore les conséquences de la récente prise de position de Taylor qui a soutenu qu'en vertu de l'accord de Bamako, le gouvernement provisoire était devenu caduc. Il n'a pas encore répondu à l'invitation de Sawyer de participer à des discussions portant sur l'avenir du pays (Ibid.).

Le fait que toutes les parties pourront provisoirement conserver leurs armes et le fait que Taylor ait déclaré antérieurement qu'il « ne peut pas prétendre exercer un contrôle absolu sur [ses] soldats sur le terrain » (Reuter 22 août 1990) ne présagent rien de bon pour les civils. Plusieurs groupes incitent le gouvernement des états-Unis, jusqu'ici principal soutien du Liberia, à participer activement au processus visant à mettre fin à la violence, au chaos et à l'incertitude. Considérant cette situation comme un problème intérieur du Liberia, les états-Unis n'ont commencé que récemment à fournir une aide humanitaire (Africa Watch 26 oct. 1990, 25). D'après le Département d'état des états-Unis, le premier navire transportant de la nourriture et d'autres fournitures d'urgence s'est mis à quai à Monrovia le 25 octobre 1990 (Ibid., 21). Le chef de l'Office of Foreign Disaster Assistance des états-Unis a signalé que l'envoi de secours au Liberia devrait se poursuivre (The Christian Science Monitor 1er nov. 1990).

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