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| Title | Maroc : traitement actuel des Berbères (Imazighen) par les autorités et par la société en général |
| Publisher | Immigration and Refugee Board of Canada |
| Country | Morocco |
| Publication Date | 16 January 2001 |
| Citation / Document Symbol | MAR36220.F |
| Reference | 2 |
| Cite as | Immigration and Refugee Board of Canada, Maroc : traitement actuel des Berbères (Imazighen) par les autorités et par la société en général, 16 January 2001, MAR36220.F, available at: http://www.unhcr.org/refworld/docid/3df4bef524.html [accessed 31 May 2012] |
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Le magazine Tisfa, publié par l'Association Achal, organisation amazighe ayant son siège en France, fait remarquer les « gestes symboliques » que les autorités marocaines ont posés à l'égard de la communauté amazighe depuis l'arrivée du roi Mohamed VI à la tête du pays (déc. 1999). Ces gestes ont par ailleurs suscité de l'espoir chez les défenseurs amazighs :
Un intellectuel amazighisant a été nommé porte-parole du palais; le souverain a rendu visite au Rif, une région rebelle que feu Hassan II a ignoré durant tout son règne; de hauts fonctionnaires de l'État parlent de la nécessité de donner à Tamazight [langue berbère] la place qui lui revient dans la vie du pays. En bref, la reconnaissance de la place de l'amazighité du Maroc fait son chemin dans les esprits. Monsieur Abdelhak Serhane, conseiller auprès du ministre de l'Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique, chargé de l'action culturelle dans les universités marocaines déclare dans un article publié dans Jeune Afrique, au sujet de l'enseignement et l'analphabétisme: " ... Les solutions à ce problème ne se trouvent ni en Chine, ni en Égypte, ni en France, mais ici, chez nous, parce que nous devons tenir compte de nos spécificités et de notre originalité. Loin de moi la prétention de vouloir donner des leçons à quiconque, mais deux premiers signaux forts pourraient être émis en ce sens : rendre à la langue berbère et à ses dialectes nationaux le rang qu'ils méritent ... " (déc. 1999).
Tisfa fait remarquer que même s'il est permis de constater des « progrès encourageants » dans l'attitude des autorités marocaines, « beaucoup reste à faire » (ibid.). Le magazine donne comme exemple l'adoption de la Charte de l'enseignement en 1999, qui démontre que « l'État continue à mettre tous les moyens au service de l'arabisation, pendant que Tamazight ne reçoit qu'une maigre consolation » (ibid.). À cet égard, l'article 115 de la charte, qui se trouve dans la section intitulée « Ouverture sur Tamazight », section consacrée au rôle de la langue tamazight, dispose que
« les autorités pédagogiques régionales pourront, dans le cadre de la proportion curriculaire laissée à leur initiative, choisir l'utilisation de la langue amazigh ou tout autre dialecte local dans le but de faciliter l'apprentissage de la langue officielle au préscolaire et au premier cycle de l'école primaire.
Les autorités nationales d'éducationformation mettront progressivement et autant que faire se peut, à la disposition des régions l'appui nécessaire aux éducateurs, enseignants et supports didactiques » (ibid.).
Ainsi, Tisfa souligne que le tamazight, conformément à la charte, n'est qu'un moyen servant à l'apprentissage de l'arabe (ibid.). Or, une des revendications des Imazighen marocains est la reconnaissance du tamazight en tant que langue officielle, telle que réitérée dans le manifeste berbère du 1er mars 2000 (Kabyle.com 1er mars 2000).
Signé par 229 universitaires, écrivains, poètes, artistes, industriels et cadres, le manifeste constitue un « fait marquant » dans les revendications amazighes (Tisfa juin 2000). Tisfa souligne l'importance du document pour trois raisons principales :
1. [il] a rassemblé un grand nombre d'élites amazighes des trois composantes principales des Imazighens marocains (Rif, Sous et Centre).
2. Il pose, pour la première fois dans l'histoire du Maroc moderne, la revendication amazighe dans son cadre historique, plaçant l'amazighité au centre de tout progrès social, économique et politique du pays.
3. Le manifeste met le gouvernement devant ses responsabilités visàvis de la patrie (ibid.).
Le manifeste brosse un tableau historique de la présence amazighe au Maroc et de ses manifestations (Kabyle.com 1er mars 2000). Ainsi, il soutient que « l'amazighité a, depuis près d'un siècle, été frustrée de bien des droits » (ibid.). Il énonce les revendications suivantes :
1. Débat à l'échelle du pays sur les idées expimées dans le manifeste.
2. Reconnaissance du berbère comme langue officielle.
3. Mise en place d'un programme économique dans les régions berbères afin de lutter contre la marginalisation économique des Imazighens.
4. Mise en place de lois rendant l'enseignement du berbère obligatoire dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités.
5. Refonte des programmes d'histoire en vigueur dans les établissements scolaires, par l'entremise d'une commission nationale.
6. Création d'une maison de radiotélévision berbérophone; « création par l'État d'un corps d'interprètes appelés à exercer dans les tribunaux »; autorisation accordée aux élus des assemblées locales et régionales de mener les débats dans leur langue maternelle; levée de l'interdiction qui empêche les Berbères de donner des noms amazighs à leurs enfants.
7. Mesures pour accorder aux activités artistiques berbères la place qui leur est due et donner aux artistes berbérophones les mêmes avantages matériels qu'aux artistes d'expression arabe.
8. Cessation de la pratique d'arabiser les noms de lieux d'origine berbère.
9. Reconnaissance par l'État de l'utilité publique des associations berbères; égalité des subventions accordées aux publications arabes et aux publications amazighes (ibid.).
Le manifeste conclut en déclarant vouloir « combattre une hégémonie idéologique » dont l'objectif serait la réalisation d'un « ethnocide programmé » des Berbères marocains (ibid.). Pour plus d'information sur la situation des Berbères dans la société marocaine, veuillez consulter le manifeste berbère.
Le 25 septembre 2000, le comité WATCH de l'Association culturelle amazigh aux ÉtatsUnis (Amazigh Cultural Association in America ACAA) a rendu public un communiqué en réaction à l'annonce par les autorités marocaines de la mise en place d'un programme sur les droits de la personne dans les écoles du Maroc. Le comité WATCH dénonce le silence des autorités devant les questions qui touchent les Imazighen, dont certaines sont évoquées dans le manifeste berbère; il s'agit notamment des droits culturels amazighs « bafoués » quotidiennement au Maroc, de la loi interdisant les prénoms amazighs, de la confiscation de terres amazighes dans le sud du Maroc par le gouvernement, de la révision toponymique de certains lieux au Maroc, du statut non officielle du tamazight et de la « surveillance », des « interrogatoires » et de « l'oppression » que subiraient les militants amazighs (ibid.).
En novembre 2000, Libération rapporte que l'Association amazighe Tamayanut avait rendu publique une déclaration dans laquelle elle accuse le gouvernement et la société civile d'écarter « tout effort sérieux » pour combattre la « discrimination culturelle et linguistique au Maroc » (25 nov. 2000). Aux yeux de l'organisation Tamayanut, l'amazighité au Maroc doit faire face chaque fois à « des comportements "ségrégationnistes et réducteurs" » (ibid.). L'association Tamayanut soutient en outre que la « discrimination » subie par les communautés amazighes au Maroc se retrouve également dans les textes de loi fondamentaux du pays (ibid.). La déclaration de l'association Tamaynut comprend également certaines revendications :
une reconnaissance constitutionnelle et officielle de Tamazight, l'enseignement de la langue amazighe dans les écoles publiques, arrêter le massacre perpétré contre cette culture dans les médias officiels et permettre une pleine expression et droit d'organisation des groupes et individus désirant la défense de leur identité (ibid.).
Selon le Centre international de recherche en aménagement linguistique (CIRAL) de l'Université Laval, il semble que les autorités marocaines n'aient pas su répondre aux demandes formulées par les minorités berbères (Université Laval 19 sept. 2000). Dans un rapport sur la situation linguistique au Maroc, le CIRAL tire les conclusions suivants :
Depuis le « printemps berbère » de l980, la cause de la berbérophonie n'a pas évolué au plan politicojuridique. Il semble y avoir une sorte d'incapacité chronique de l'État marocain à intégrer la dimension berbère. Non seulement peuton y voir là deux forces sociales l'une arabe, l'autre berbère , mais aussi une situation potentiellement porteuse d'un conflit majeur susceptible de déboucher sur une reconfiguration profonde des données géopolitiques, idéologiques et culturelles dans tout le Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie). Pour le moment, il semble que tous les États se soient donné le mot pour ignorer les droits linguistiques de toutes les minorités berbérophones (ibid.).
Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié.
Références
Comité Watch, Amazigh Cultural Association in America (ACAA), Bedminster, NJ. 25 septembre 2000. « Définition des droits humains au Maroc ». <http://www.waac.org/amazigh/ACAA_press-release9-21-00fr.html> [Date de consultation : 3 janv. 2001]
Kabyle.com. 1er mars 2000. « Manifeste berbère » <www.kabyle.com/actu/manifeste_berbere.asp> [Date de consultation : 3 janv. 2001]
Libération [Paris]. 25 novembre 2000. M. BD. « La déclaration de l'association Tamaynut relance la polémique » (Monde berbère) <http://www.mondeberbere.com/presse/tamaynut-libe_2000.11.htm> [Date de consultation : 3 janv. 2001]
Tisfa [Saint Maurice de Beynost, France]. Juin 2000. No 3. « Le manifeste amazigh ». <http://multimania.com/achal/T3P4.htm> [Date de consultation : 3 janv. 2001]
_____. Décembre 1999. No 2. « Quelle place pour Tamazight dans le Maroc de demain » <http://multimania.com/achal/T2p9.htm> [Date de consultation : 3 janv. 2001]
Université Laval, Centre international de recherche en aménagement linguistique (CIRAL), Québec. 19 septembre 2000. « L'aménagement linguistique dans le monde : Royaume du Maroc ». <http://www.ciral.ulaval.ca/alx/amlxmonde/afrique/maroc.htm> [Date de consultation : 3 janv. 2001]