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| Title | Amnesty International Rapport 2008 - Égypte |
| Publisher | Amnesty International |
| Country | Egypt |
| Publication Date | 28 May 2008 |
| Cite as | Amnesty International, Amnesty International Rapport 2008 - Égypte, 28 May 2008, available at: http://www.unhcr.org/refworld/docid/48427246c.html [accessed 2 June 2012] |
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| Égypte | |
| Chef de l'État | Mohamed Hosni Moubarak |
| Chef du gouvernement | Ahmed Mahmoud Mohamed Nazif |
| Peine de mort | maintenue |
| Population | 76,9 millions |
| Espérance de vie | 70,7 ans |
| Mortalité des moins de cinq ans (m/f ‰) | 38 / 31 ‰ |
| Taux d'alphabétisation des adultes | 71,4 % |
Le Parlement a approuvé précipitamment des modifications à la Constitution. Les nouvelles dispositions, qui constituaient le recul le plus grave pour les droits humains depuis la réimposition de l'état d'urgence, en 1981, ont renforcé les pouvoirs étendus de la police et institutionnalisé les pouvoirs accordés au titre de l'état d'urgence et qui sont systématiquement utilisés pour commettre des violations des droits humains : détention prolongée sans inculpation, recours à la torture et aux mauvais traitements, restrictions à la liberté d'expression, d'association et de réunion, et procès inéquitables devant des tribunaux militaires et des tribunaux instaurés par la législation d'exception, entre autres. Quelque 18 000 personnes étaient maintenues en détention administrative sur ordre du ministère de l'Intérieur dans des conditions inhumaines et dégradantes. Certains de ces prisonniers étaient incarcérés depuis plus de dix ans, bien que les tribunaux aient ordonné à plusieurs reprises la remise en liberté de bon nombre d'entre eux. Des Égyptiens soupçonnés d'activités terroristes qui avaient été transférés illégalement vers l'Égypte par des gouvernements étrangers ont été maintenus en détention. Comme les années précédentes, des tribunaux ont prononcé des condamnations à mort. Un homme au moins a été exécuté. Alors que l'Égypte connaissait sa plus grande vague de grèves depuis des décennies, qui a mobilisé des travailleurs des secteurs public et privé dans tout le pays, les autorités ont fermé une organisation indépendante de défense des droits des travailleurs. Déclenchées par l'augmentation du coût de la vie et l'accroissement de la pauvreté, entre autres, les grèves ont coïncidé avec des mouvements de protestation politique organisés par les membres des Frères musulmans, principal mouvement d'opposition, ainsi que par des groupes d'opposition laïcs faisant campagne en faveur de réformes démocratiques. Des militants politiques, des journalistes et des blogueurs ont été emprisonnés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions. Certaines sources ont fait état de la multiplication des violences contre les femmes. Le gouvernement a pris de nouvelles mesures pour mettre un terme aux mutilations génitales féminines, que la plupart des fillettes continuaient de subir.
Modifications de la Constitution
Le Parlement a approuvé, le 19 mars, des modifications de 34 articles de la Constitution. Les changements importants apportés à l'article 179 ont renforcé les pouvoirs étendus de la police en matière d'arrestation et permis aux agents de l'État d'écouter les communications privées. Ils ont également autorisé le président à court-circuiter les tribunaux ordinaires et ouvert la voie à l'adoption d'une nouvelle loi antiterroriste, qui affaiblira probablement davantage encore la protection des droits humains. D'autres modifications semblaient avoir des motivations politiques. Une nouvelle disposition a ainsi réduit le rôle des juges en matière de contrôle des élections et des référendums. S'inscrivant de toute évidence en réaction aux bons résultats obtenus par les Frères musulmans lors des élections de 2005, une autre modification a interdit la constitution de partis politiques sur une base religieuse. Toutes les modifications ont été approuvées une semaine après leur adoption lors d'un référendum boycotté par les principaux groupes d'opposition.
Modifications du Code de justice militaire
Le Code de justice militaire (Loi n°25 de 1966), qui avait instauré des tribunaux militaires, a été modifié en avril. Les changements apportés n'ont toutefois pas remédié aux problèmes de fond inhérents au fait de traduire des civils devant des juridictions militaires. Les modifications ont introduit un droit d'appel limité par le biais d'un pourvoi en cassation devant une nouvelle juridiction, la Haute Cour militaire d'appel, qui peut examiner les éventuelles irrégularités de procédure ayant entaché le procès sans pouvoir statuer sur les faits ni sur les éléments de preuve ayant motivé la condamnation. Qui plus est, les juges de la Haute Cour militaire d'appel sont tous des officiers de l'armée en service actif et les décisions de cette instance sont soumises à la ratification du président ou d'un de ses représentants, qui peuvent réduire, modifier ou suspendre la sentence.
Projet de loi antiterroriste
Le gouvernement a annoncé, en décembre, qu'il avait terminé la rédaction d'un projet de loi antiterroriste comprenant 58 articles. Il a précisé que le texte serait examiné par un groupe d'experts avant d'être soumis au Conseil des ministres puis au Parlement.
Renvoyés contre leur gré en Égypte au cours des années précédentes par les États-Unis et d'autres pays, en dehors de toute procédure judiciaire, un nombre indéterminé d'Égyptiens soupçonnés d'activités terroristes qui avaient été arrêtés à leur retour et torturés par des membres des forces de sécurité, ont été maintenus en détention.
Tribunaux militaires et tribunaux d'exception
Un système parallèle de juridictions d'exception, comportant des tribunaux instaurés par la législation d'exception ainsi que des tribunaux militaires devant lesquels comparaissaient des civils, continuait de fonctionner. Les garanties d'équité des procès, notamment l'égalité devant la loi, le droit de consulter sans délai un avocat et la prohibition de l'utilisation d'éléments obtenus sous la torture, étaient régulièrement violées dans le cadre de ce système.
Détention administrative
Bien que quelque 530 détenus islamistes aient été élargis au cours de l'année, environ 18 000 personnes étaient maintenues en détention sans inculpation ni jugement en vertu de la législation d'exception, sur ordre du ministère de l'Intérieur. La plupart de ces prisonniers étaient détenus dans des conditions qui constituaient un traitement cruel, inhumain ou dégradant. Plusieurs centaines souffraient apparemment de tuberculose et de maladies de peau, entre autres affections. Beaucoup étaient maintenus en détention alors qu'ils avaient été acquittés ou après que des tribunaux avaient ordonné à plusieurs reprises leur remise en liberté.
Le recours à la torture et aux mauvais traitements restait généralisé et systématique ; au moins 20 personnes seraient mortes des suites directes ou indirectes de sévices. Des vidéos montrant des policiers en train de torturer des suspects ont été diffusées sur le Web par des internautes égyptiens.
Parmi les méthodes le plus souvent signalées figuraient les décharges électriques, les coups, la suspension dans des positions douloureuses, le placement à l'isolement, le viol ainsi que les menaces de mort, de sévices sexuels et d'agression à l'encontre des proches des détenus. Les allégations de torture faisaient rarement l'objet d'une enquête. Les rares cas où des tortionnaires présumés faisaient l'objet de poursuites concernaient généralement des affaires dans lesquelles la victime avait succombé aux sévices. Les tortures perpétrées sur les détenus politiques ne donnaient jamais lieu à une enquête.
Selon une ONG égyptienne, 247 femmes ont trouvé la mort à la suite de violences durant les six premiers mois de l'année. Le Centre égyptien pour les droits des femmes a indiqué, en novembre, que les cas de harcèlement sexuel se multipliaient et que deux femmes étaient violées toutes les heures en Égypte. Il a ajouté que seules 12 p. cent des 2 500 femmes qui avaient signalé des cas de harcèlement sexuel au centre avaient déposé une plainte auprès de la police. Le Centre national de recherche sociale et pénale a confirmé l'augmentation des crimes sexuels, sans toutefois fournir de statistiques.
À la suite d'une audience tenue en novembre, la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a annoncé qu'elle examinerait en mai 2008 une procédure engagée par 33 organisations de défense des droits humains pour dénoncer le fait que les autorités n'avaient rien fait pour empêcher les violences physiques et sexuelles infligées à des journalistes et à des manifestantes lors d'un mouvement de protestation en mai 2005, et que le gouvernement n'avait pas engagé de poursuites contre les responsables présumés.
Mutilations génitales féminines
L'UNICEF estimait que les trois quarts des jeunes filles musulmanes et chrétiennes âgées de quinze à dix-sept ans avaient subi des mutilations génitales féminines, et que les deux tiers des fillettes de moins de trois ans allaient y être soumises avant d'atteindre l'âge de dix-huit ans. Selon les autorités égyptiennes, 97 p. cent des femmes de quinze à quarante-neuf ans ont subi des mutilations génitales féminines.
Ces pratiques ont été interdites en 1997, hormis dans des « cas exceptionnels », et les contrevenants encourent une peine maximale de trois ans d'emprisonnement. Des progrès en vue de leur élimination ont été accomplis au cours de l'année. Le grand mufti a déclaré, en juin, qu'elles étaient interdites par l'islam. Cette déclaration a été formulée après la mort, des suites de mutilations génitales féminines, de Bedur Ahmed Shaker, une fillette de onze ans originaire du village de Maghagha (gouvernorat d'El Minya), un événement qui a connu un grand retentissement. Au cours du même mois, le ministre de la Santé a promulgué un décret interdisant aux membres des professions médicales de pratiquer des mutilations génitales féminines. Dans le gouvernorat d'El Minya, dans le sud du pays, quatre médecins et une sage-femme auraient fait l'objet de poursuites, en septembre, pour avoir effectué ce type d'interventions ; leurs cabinets ont été fermés. Selon certaines sources, le ministère préparait une loi visant à aggraver les peines encourues par les personnes se livrant à de telles pratiques.
Les grèves qui se sont étendues à tout le pays étaient « illégales » au regard de la législation égyptienne, c'est-à-dire qu'elles n'étaient pas autorisées par la Fédération générale des syndicats (GFTU), parrainée par le gouvernement. Les autorités ont réagi en renforçant la répression contre les syndicalistes et les militants des ONG.
Des journalistes et des blogueurs ont été harcelés, poursuivis et, dans certains cas, emprisonnés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions ou pour avoir exercé leur profession.
L'obligation légale d'indiquer la religion sur les documents d'identité, et l'impossibilité d'y faire mentionner une religion non reconnue par l'État, continuait d'avoir des conséquences graves pour les membres de certaines minorités. Les Baha'is, dont le culte n'est pas reconnu, ne peuvent obtenir des documents d'identité qu'en se faisant passer pour musulmans, chrétiens ou juifs. Ils ne peuvent pas inscrire leurs enfants à l'école, conduire une voiture ou ouvrir un compte bancaire sans ces documents d'identité. L'absence de papiers les met également en danger lors des contrôles de police. Les convertis, particulièrement les personnes ayant quitté l'islam pour le christianisme, rencontraient eux aussi des difficultés pour faire modifier leurs documents d'identité.
Les chrétiens coptes, qui représentent entre 8 et 10 p. cent de la population égyptienne, continuaient de souffrir de discrimination dans de nombreux domaines.
De nouvelles condamnations à mort ont été prononcées, et une personne au moins a été exécutée. En octobre, le Conseil national des droits humains a organisé une table ronde sur la peine de mort, mais des ministres ont déclaré que l'abolition de ce châtiment n'était pas envisagée.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), deux à trois millions de migrants, réfugiés et demandeurs d'asile vivaient en Égypte. La plupart étaient originaires du Soudan. La police des frontières aurait fait un usage excessif de la force contre de nombreux migrants, réfugiés et demandeurs d'asile qui tentaient de pénétrer en Israël depuis l'Égypte, particulièrement à partir du mois de juillet. Selon certaines sources, au moins quatre hommes et deux femmes ont été abattus. Durant le seul mois de juillet, les raids menés par la police égyptienne dans la zone frontière ont conduit à l'arrestation de plus de 220 migrants, soudanais pour la plupart. Les autorités égyptiennes auraient renvoyé au Soudan, en octobre, au moins cinq des 48 demandeurs d'asile qui avaient été transférés contre leur gré en Égypte par Israël en août.
Dans un rapport publié en mai, le Comité sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille [ONU] a encouragé le gouvernement égyptien à « commencer à organiser des formations à l'intention de tous les fonctionnaires qui travaillent dans le domaine des migrations, en particulier les fonctionnaires de police et les agents des douanes ».
Topics: Counter-terrorism, Violence against women, Religious minorities, Asylum-seekers, Torture, Refugees, Rights of detainees, Female Genital Mutilation (FGM), Detention, Religious discrimination, Torture, Violence against women, Death penalty, Freedom of expression, Human rights activists, Military courts,