Le HCR appelle à accéder sans entrave dans l’est de l’Ukraine

Inquiétudes sur des mesures gouvernementales qui aggravent le sort des déplacés et réunissent les conditions d’une crise humanitaire majeure.

GENÈVE, 23 janvier (HCR) – L’agence des Nations Unies pour les réfugiés a exprimé vendredi sa préoccupation sur de nouvelles mesures gouvernementales ukrainiennes limitant la capacité de circulation des agences humanitaires pour venir en aide à des personnes dans le besoin et réunissant les conditions d’une crise humanitaire majeure.

De nouvelles procédures pour les autorisations de sécurité ont été établies et des documents spécifiques sont désormais nécessaires pour passer des points de contrôle à l’est de l’Ukraine. Ces nouvelles procédures s’appliquent aux ressortissants ukrainiens, aux Nations Unies, aux ONG nationales et à d’autres organisations humanitaires internationales.

« Ces restrictions de circulation dans les régions de Donetsk et Louhansk à l’est du pays compliquent encore davantage une situation déjà difficile pour les personnes déplacées et aggravée par l’intensification des combats ces derniers jours », a déclaré Karin de Gruijl, porte-parole du HCR, aux journalistes à Genève.

Elle a ajouté : « Ces pratiques restreignent l’accès aux zones non contrôlées par le gouvernement et limitent l’acheminement de l’aide humanitaire nécessaire dans les zones de conflit. » La résolution adoptée par les autorités ukrainiennes serait entrée en vigueur hier (jeudi 22 janvier) limitant tous les mouvements dans et hors des zones de conflit. Pourtant, avant même l’entrée en vigueur de cette mesure, le HCR avait déjà plusieurs fois fait l’objet de restrictions de circulation en tentant de fournir de l’aide dans l’Est, selon Karin de Gruijl.

La nouvelle décision fait suite à deux résolutions adoptées par le gouvernement en novembre dernier : l’une coupant les financements de toute institution fédérale (résolution 595) et la deuxième étant relative aux services dans « le territoire temporairement incontrôlé » (résolution 637). Ces mesures génèrent des déplacements de populations supplémentaires – forçant des personnes vulnérables à quitter leurs maisons et à se faire enregistrer en tant que personnes déplacées pour recevoir leurs pensions et d’autres paiements de prestations sociales.

« Le HCR est préoccupé par le sort des personnes vivant dans les zones non contrôlées par le gouvernement et s’aggravant de jour en jour. Les conditions sont réunies pour une crise humanitaire majeure », a expliqué Karin de Gruijl.

Le HCR a établi une présence à Donetsk à la fin décembre dans le cadre d’une initiative plus large des Nations Unies pour répondre aux besoins aigus dans la région après avoir reçu des assurances en matière de sécurité de la part des autorités de facto.

Depuis la troisième semaine de décembre, le HCR a réussi à fournir des articles de secours à des personnes dans le besoin à Donetsk, y compris des couvertures chaudes, des manteaux et des bâches en plastique renforcées pour les réparations temporaires rapides de fenêtres et de toits endommagés. Le HCR a déployé un petit nombre d’employés à Donetsk pour y fournir une assistance supplémentaire avant février, l’un des mois les plus froids en Ukraine. Le HCR a prépositionné du matériel d’aide supplémentaire, y compris 3 500 couvertures, 3 500 kits de draps et 7 000 serviettes à Donetsk.

En 2015, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés a déjà pu venir en aide à 2 800 personnes déplacées vulnérables résidant dans cinq centres collectifs à Donetsk. Une aide similaire a été fournie à l’hôpital de la ville de Donetsk qui couvre la majorité de la population touchée.

Les statistiques du gouvernement ukrainien sur le nombre de personnes déplacées internes varient considérablement, entre 659 000 (selon les Services de l’Etat d’urgence) à 921 000 (selon le Ministère de la politique sociale).

Cette complication provient, selon certaines informations reçues par le HCR, du fait que de nombreuses personnes déplacées ont été enregistrées par le Ministère de la politique sociale en tant que personnes déplacées dans le seul but de transférer leur pension puis de rentrer à leur domicile après avoir touché leurs pensions et d’autres prestations sociales. Le HCR travaille avec les autorités en Ukraine pour améliorer les systèmes de collecte de données sur les déplacés internes, y compris notamment des données statistiques plus précises concernant les personnes déplacées par le conflit.

Le HCR appelle toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire, à faciliter le mouvement des civils affectés par le conflit, à assurer une circulation sans entrave des organisations humanitaires et à garantir la sécurité des travailleurs humanitaires.

En plus des personnes déplacées internes, quelque 245 510 citoyens ukrainiens ont demandé la protection internationale en Fédération de Russie selon des informations communiquées par les autorités. Par ailleurs, quelque 244 326 Ukrainiens ont demandé d’autres formes de titre de séjour en Russie (demandes de citoyenneté, permis de séjour temporaire/permanent, programme de réinstallation de compatriotes). Enfin, beaucoup utilisent l’accord sur l’exemption de visa.

Le nombre d’Ukrainiens ayant rejoint des pays voisins en quête de sécurité a également augmenté, mais la majorité d’entre eux demandent des titres de séjour légal plutôt que le statut de réfugié (depuis janvier 2014) : Biélorussie (663 demandeurs d’asile ; 59 637 personnes ayant demandé d’autres formes de titres de séjour), Moldavie (140 demandeurs d’asile ; 5 344 personnes ayant demandé d’autres formes de titres de séjour).

Dans l’UE, quelque 11 187 Ukrainiens ont demandé la protection internationale, avec la plupart des demandes d’asile déposées en Pologne (2 253), en Allemagne (2 205) et en Suède (1 255).