Le HCR, l'OCDE et la DiAir lancent un plan d'action pour promouvoir l'emploi des réfugiés

Le lancement du plan d'action "Coopérer avec les employeurs pour promouvoir l'emploi des réfugiés" au Centre George Pompidou de Paris a réuni des acteurs clés pour développer des solutions durables.

La Fabrique Nomade

Ablaye Mar est un brodeur sénégalais réfugié. Il est arrivé en France en 2014. Grâce à la Fabrique Nomade, il travaille avec Sabatina Leccia, une artiste et créatrice de mode française.  © UNHCR/Benjamin Loyseau

PARIS -- L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Délégation interministérielle chargée de l’accueil et de l’intégration des réfugiés (DiAir) ont publié lundi un plan d'action intitulé "Coopérer avec les employeurs pour promouvoir l'emploi des réfugiés" au Centre George Pompidou.

Développer des procédures simplifiées et des règles administratives claires pour octroyer un permis de travail aux réfugiés ; adapter les compétences des réfugiés aux besoins des employeurs ; coordonner les actions entre les différents acteurs ; combattre les stéréotypes : le document met en avant 10 points d'action pour tirer parti du plein potentiel économique des réfugiés et faciliter leur intégration sur le marché du travail.

"La clé de l'intégration sociale et économique des réfugiés au sein du pays qui les accueille est, incontestablement, le travail," a souligné Paolo Artini, Représentant du HCR en France, lors du lancement.

"La clé de l'intégration sociale et économique des réfugiés au sein du pays qui les accueille est, incontestablement, le travail."

En Turquie, pays qui héberge la plus population la plus importante de réfugiés dans le monde (3,5 millions), le flux de réfugiés a stimulé la croissance et augmenté les salaires dans certains secteurs, a indiqué M. Artini, qui y était en poste jusqu'en septembre. Les réfugiés y dirigent plus de 7,000 entreprises.

Le plan d'action a été élaboré au terme d’un vaste processus consultatif impliquant plus de 150 employeurs dans quatre pays, des syndicats, des organisations civiles, des organismes publics et des réfugiés. Il identifie les défis principaux et met en avant les opportunités.

"Ce plan d'action n'est pas une liste de recommandations mais une invitation à un dialogue entre tous les acteurs pour promouvoir l'emploi des bénéficiaires de la protection internationale," a indiqué Jean-Christophe Dumont, Directeur de la Division des migrations internationales à l'OCDE.

En effet, les initiatives comme le Refugee Food Festival, co-organisé par le HCR et l’association Food Sweet Food, soulignent l'importance de la mobilisation de tous les acteurs, préconisée par le Pacte mondial sur les réfugiés.

 

En présence d'entreprises comme la BNP Paribas, Schneider Electric, les GIEQ - un collectif d’entreprises en France piloté par ses adhérents - ou encore le Mouvement des entreprises de France (MEDEF), le HCR, l'OCDE et la DiAir ont souligné le rôle clé du secteur privé dans l'insertion professionnelle des réfugiés.

La Fondation BNP Paribas, à titre d'exemple, est engagée auprès du HCR depuis trois ans par son soutien à des formations professionnelles pour jeunes réfugiés en Grèce et en Italie. Antoine Sire, Directeur de l’Engagement d’entreprise de la BNP Paribas, a retracé les principales étapes du soutien de la BNP aux réfugiés avec, notamment, une mobilisation des collaborateurs en 2015.

"Pour favoriser l’accueil et la formation des réfugiés, la BNP Paribas a décidé de coordonner ses équipes à travers l’Europe et de monter des coalitions uniques qui font collaborer des associations, des entrepreneurs et des organisations internationales," a-t-il ajouté.

"Pour favoriser l’accueil et la formation des réfugiés, la BNP Paribas a décidé de coordonner ses équipes à travers l’Europe et de monter des coalitions uniques qui font collaborer des associations, des entrepreneurs et des organisations internationales."

"Une des plus grandes difficultés, c'est le réseau. Je suis très heureux d'être ici car je pense qu'en fédérant toutes ces énergies, nous pouvons apporter des solutions," a dit Didier Coulomb, Directeur de l’Innovation Sociale chez Schneider Electric.

Une des solutions discutées est la mise en relation des réfugiés et des employeurs en fonction de leurs besoins - un travail auquel s'emploie l'organisation française Action Emploi Réfugiés depuis 2016.

"Nous montons des programmes et nous cherchons à sensibiliser les acteurs du secteur privé avec lesquels nous faisons de la pédagogie car il y a une méconnaissance profonde du sujet," selon Judith Aquien, Déléguée générale d'Action Emploi Réfugiés.

L'accès au marché du travail en France n'est, en effet, pas toujours facile pour les réfugiés. Ils ont souvent des difficultés à faire reconnaître leurs diplômes et leur parcours professionnel. Aussi, ils ne maîtrisent pas toujours le français.

"La clé de l'intégration sociale et économique des réfugiés au sein du pays qui les accueille est, incontestablement, le travail," a souligné Paolo Artini, le Représentant du HCR en France, lors du lancement du plan d'action du HCR, de l'OCDE et de la DiAir pour promouvoir l'emploi des réfugiés.   © UNHCR/Céline Schmitt

"C'est une question complexe de par la diversité des origines des réfugiés, l'inégale connaissance de la langue française mais aussi la méconnaissance des employeurs de cette question," a expliqué Odile Menneteau, Direction générale des Politiques sociales du MEDEF.

"L'accès à l'emploi pour les personnes réfugiées passe donc aussi par une large sensibilisation des employeurs," a-t-elle ajouté, en recommandant de diffuser largement le plan d'action auprès des employeurs.

Outre l'accès à l'emploi, il s'agit aussi d'intégrer les réfugiés au sein de la société du pays d'accueil.

"Nous n'avons pas le choix, nous devons réussir l'intégration des réfugiés."

"Notre structure accompagne l'accès à l'emploi des réfugiés en répondant aux besoins périphériques : l'accès au logement, l'apprentissage de la langue mais aussi en accompagnant au sein de l'entreprise dans la montée en compétence," a informé François Levy, Secrétaire Général de GEIQ.

Les pouvoirs publics demeurent ainsi un acteur indispensable pour insérer les réfugiés.

A cet égard, le HCR a salué l'annonce du gouvernement français, début octobre, d'une augmentation du budget de l’Etat pour l’intégration des réfugiés. Il atteindra 1,58 milliard d’euros en 2019, soit 200 millions d’euros de plus qu’en 2018. Le nombre d’heures de cours de français a également été doublé, passant ainsi à 400 heures.

De plus, M. Artini a loué les récentes initiatives de la France pour faciliter l'accès des réfugiés à l’emploi et leur l’intégration, telle que la mise en place d’une Délégation interministérielle à l'Accueil et à l'Intégration des Réfugiés.

 

Le programme HOPE (Hébergement Orientation Parcours vers l'Emploi), par exemple, est une initiative positive visant à accompagner et former des personnes réfugiées à des métiers en tension.

La disposition de la récente loi Asile et Immigration, qui facilite l'accès des demandeurs d'asile à l'emploi à partir de six mois après le dépôt de leur demande d'asile, est également une avancée considérable.

"Nous allons changer le regard de la société française face à l'immigration. Il nous appartient de réussir. Si nous échouons, nous alimentons un discours qui rejette l'accueil de l'étranger," a insisté Alain Régnier, Délégué interministériel en charge de l’Accueil et de l’Intégration des réfugiés.

"Nous n'avons pas le choix, nous devons réussir l'intégration des réfugiés."