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Œuvrer pour la protection des enfants vénézuéliens vulnérables

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Œuvrer pour la protection des enfants vénézuéliens vulnérables

Les jeunes Vénézuéliens qui arrivent en Colombie sont exposés au risque d'agression et présentent fréquemment une insuffisance pondérale.
20 Novembre 2018
Un jeune garçon vénézuélien discute avec une bénévole à la garderie Hearts Without Borders de Bogota.

Katrina Gómez*, 14 ans, aurait pu être en sécurité à l'école le jour où elle a été attaquée par deux hommes qui l'ont violée sur une plage publique de cette ville de la côte colombienne. Mais, tout comme ses parents, elle ne savait pas que c'était son droit d'être scolarisée.


Aussi, lorsque ses parents partaient le matin pour vendre dans la rue le riz au lait et les gâteaux faits maison, Katrina devait surveiller son petit frère David* et les quelques possessions de la famille sur le petit coin de plage où ils dormaient depuis huit mois depuis qu'ils avaient quitté leur ville natale proche de Maracaibo, au Venezuela.

En rentrant d'une longue journée de travail en août, sa mère Paola* a trouvé Katrina secouée d'irrépressibles sanglots.

« Elle m'a raconté ce qui s'était passé, mais nous n'avons pas porté plainte de peur d'être expulsés », dit Paola. C'est cette même peur qui l’avait empêchée d'essayer d'inscrire les enfants à l'école du quartier, bien qu'ils en aient légalement le droit.

Environ 3 millions de réfugiés et de migrants ont déjà quitté le Venezuela en raison d'une multitude de problèmes, dont de graves difficultés et pénuries économiques conjuguées à une détérioration des droits fondamentaux et un climat politique complexe.

« La solution la plus durable pour les enfants... serait l'intégration dans leur communauté d'accueil. »

Plus d'un million de Vénézuéliens ont rejoint la Colombie voisine et, à ce jour, plus de 415 000 d'entre eux ont reçu un permis de séjour spécial de la part des autorités locales. Ils sont néanmoins nombreux, comme la famille de Katrina, à vivre sans papiers, ce qui les rend donc particulièrement vulnérables.

Avec l'aide de l'équipe de protection du HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, la famille de Katrina a fini par signaler le viol et l'adolescente a pu voir des médecins et un psychologue. La famille a été temporairement relogée dans un hôtel local appartenant à un réseau d'hôtels qui ont passé un accord avec le HCR pour héberger des personnes extrêmement vulnérables en attendant que des solutions durables leur soient proposées.

« La solution pérenne pour les enfants et leurs parents seraient leur pleine intégration dans les communautés hôtes, ce qui leur permettrait entre autres d'avoir accès à une éducation », a déclaré Jozef Merkx, le représentant du HCR pour la Colombie.

Les enfants subissent de plein fouet le bouleversement que ces déplacements représentent.

Dans une garderie appelée Hearts Without Borders à Bogota, la capitale colombienne, des bénévoles aident les enfants vénézuéliens récemment arrivés à surmonter ce brutal changement d'existence.

« Nous les aidons à comprendre ce qu'ils traversent et à prendre conscience qu'en dépit des circonstances, ils peuvent réaliser énormément de choses », explique Sandra Rodriguez, la directrice de la garderie qui a mis au point un programme de cinq semaines destiné aux enfants de 5 à 13 ans.

L'un des supports clés de ce programme est un manuel gaiement illustré appelé 'Mon voyage, un lieu nouveau' conçu par le HCR pour amener les enfants à décrire en dessins, en collages et en récits comment ils ont quitté leur foyer, les expériences qu'ils ont eues en chemin et leurs conditions de vie actuelles.

Leurs circonstances éprouvantes sont évidentes à la vue des centaines de piqûres d'insectes que porte Anderson Arenas, un jeune de 11 ans, sur le visage, les bras et les mains. « Ça me démange de partout ! » se plaint-il en se grattant furieusement tout en essayant de colorier. « Sa famille a une chambre dans une pension de famille apparemment infestée de puces », dit Sandra Rodriguez après avoir demandé à un bénévole du centre de lui mettre un peu de crème pour soulager les démangeaisons.

« La quasi-totalité d'entre eux pèse quatre à cinq kilos de moins que la norme et sont moins grands que la moyenne. »

Le centre offre également des contrôles médicaux et dentaires gratuits qui permettent de repérer les cas de malnutrition souvent causés par l'absence d'aliments essentiels dans leur foyer. « Les plus jeunes sont nombreux à n'avoir jamais bu de lait ou mangé de la viande », constate Sandra Rodriguez.

« Quand ils arrivent, nous les pesons et nous les mesurons », dit-elle. « La quasi-totalité d'entre eux pèse quatre à cinq kilos de moins que la norme et sont moins grands que la moyenne. Les déjeuners et petits déjeuners équilibrés qu'on leur sert au centre permettent à nombre d'entre eux de prendre un ou deux kilos pendant leur séjour.

Hearts Without Borders vient également en aide aux enfants dont les familles envisagent de s'installer en Colombie afin qu'ils se mettent à jour des programmes d'enseignement. En effet, une récente directive officielle reconnaît à tous les enfants un droit d'accès à l'éducation « quel que soit leur nationalité ou leur statut migratoire. »

Selon Jozef Merkx, l'accès à l'éducation des jeunes Vénézuéliens en Colombie reste un parcours d'obstacles. De nombreuses circonscriptions scolaires exigent que les parents régularisent leur statut dans les trois mois suivant l'inscription de l'enfant ou insistent pour qu'ils fournissent des documents officiels attestant le niveau scolaire de l'enfant, documents qu'il est extrêmement difficile, voire impossible de se procurer.

« Garantir l'accès à l'école est le meilleur moyen de s'assurer que les enfants sont protégés et qu'ils peuvent s'épanouir », affirme Jozef Merkx.

* Les noms des réfugiés ont changé pour des raisons de protection