Réinstaller les réfugiés évacués de Libye : une urgence selon Vincent Cochetel

Vincent Cochetel, Envoyé spécial du HCR pour la situation en Méditerranée centrale, souligne l'importance de réinstaller les réfugiés vulnérables pour les aider à construire une nouvelle vie.

Les retrouvailles d'Ahmed, 14 ans, et de Mohamed, 15 ans, avec leur mère Amina* à Niamey, Niger.  © HCR/Louise Donovan

C’est avec soulagement qu’ils posent le pied sur le sol nigérien. Depuis septembre 2017, 1 500 réfugiés, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été évacués de Libye vers le Niger en avion par le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Ils font partie des réfugiés les plus vulnérables, détenus dans des camps de détention libyens. Beaucoup y ont fait l'expérience de la torture.

Pour certains, ils attendent d’être réinstallés dans un pays tiers. Ils sont, pour l’heure, hébergés dans des centres dans la capitale Niamey, où ils ont, entre autres, accès à des soins médicaux. Selon les psychologues, 30% à 40% des jeunes femmes et des mineurs non accompagnés dans ces centres souffrent de stress post-traumatique. Certains ont fait des tentatives de suicide, selon les experts.

« En Libye, la situation reste très compliquée en termes d'accès aux centres de détention. Comme on ne peut pas apporter [aux demandeurs d'asile] de protection dans les centres de détention, on les amène vers la protection au Niger, » souligne Vincent Cochetel, Envoyé spécial du HCR pour la situation en Méditerranée centrale, lors d’une mission au Niger en avril 2018.

Dans cette vidéo, il revient sur la situation compliquée dans les centres de détention en Libye et l’importance de réinstaller les réfugiés vulnérables pour les aider à construire une nouvelle vie.

Vincent Cochetel sur l'importance de la réinstallation

« Les personnes que nous évacuons sont des réfugiés. Ce sont des gens qui viennent de pays qui sont en guerre où il y a des violations massives des droits de l'Homme, » ajoute-t-il. Elles ont passé, en moyenne, six mois à deux ans dans des centres de détention aux mains des autorités, des groupes armés ou des milices.

Kibrom, un réfugié érythréen de 23 ans, a été témoin de violences innommables lorsqu'il était détenu par des passeurs en Libye. « Un jour, un passeur pensait que nous avions volé ses cigarettes. Il nous a alignés. Il a commencé à tirer, un par un. Deux de mes amis ont été grièvement blessés. L'un a été emmené ailleurs, l'autre a été enfermé seul dans une pièce sombre et abandonné. Je ne sais toujours pas ce qu’il est advenu de lui, » se souvient-il. Le HCR, l’OIM, l’Agence des Nations Unies pour les migrations, et les autorités nigériennes l’ont évacué de la Libye au Niger. Il a ensuite été réinstallé en France le 24 juillet.

Grâce à la réinstallation, des réfugiés, comme Kibrom, ont droit à une deuxième chance.  

« La réinstallation n’est pas seulement une essentielle bouée de sauvetage pour certains des individus les plus vulnérables de la planète, c’est aussi un moyen concret pour les gouvernements et les communautés de mieux partager la responsabilité de la crise mondiale des déplacements, » a déclaré Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Le HCR a demandé 40 000 places de réinstallation supplémentaires pour les réfugiés les plus vulnérables présents dans 15 pays prioritaires le long de la route de la Méditerranée centrale, en septembre 2017. Ces Etats incluent l’Algérie, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, Djibouti, l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya, la Libye, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, le Niger, le Soudan et la Tunisie. Les Etats se sont engagés sur plus de la moitié.

« Ce qui me préoccupe, c’est qu’il y a bon nombre d’offres de réinstallation, » dit-il. « Mais au-delà des offres, tout avance trop lentement. Pour ces personnes, il faut que les choses accélèrent, » a souligné Filippo Grandi.

Malgré l’appel pour des places de réinstallation supplémentaires, la réponse est insuffisante et l’écart se creuse entre les besoins et les offres. 1,4 million de réfugiés attendent d’être réinstallés dans un pays d’asile, selon le rapport 2019 du HCR sur les besoins prévus de réinstallation dans le monde. En outre, moins de 1% des réfugiés ont été réinstallés.

« S'il vous plaît, rappelez-vous de ceux qui sont en Libye » plaide Berek, un réfugié érythréen évacué de la Libye au Niger puis réinstallé en France le 24 juillet. « Beaucoup d'amis et membres de la famille y souffrent toujours. Je ne peux pas les oublier !»