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Une lauréate de la distinction Nansen se penche sur l'impact de son travail

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Une lauréate de la distinction Nansen se penche sur l'impact de son travail

Six ans après avoir été lauréate de la distinction Nansen du HCR pour les réfugiés, Sœur Angélique revient sur la manière dont elle lui a changé la vie et celle des personnes qu'elle continue de soutenir.
1 Octobre 2019
Soeur Angélique Namaika se rend à l'église avec des orphelins dont elle s'occupe à Dungu, en République démocratique du Congo.

Tous les habitants de la ville de Dungu, située au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), appellent Sœur Angélique « mère ». La religieuse congolaise a pris en charge des milliers de personnes vulnérables dans cette région instable qui a enduré des décennies de violence et de conflit.


Cette femme de 52 ans a consacré des années à aider des femmes à surmonter les effets du conflit. La plupart ont été victimes des violences brutales et des souffrances infligées par des groupes armés comme l’Armée de résistance du Seigneur (LRA).

En 2013, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, a rendu hommage à son courage inlassable et à son dévouement exceptionnel auprès des victimes en lui attribuant la prestigieuse distinction Nansen pour les réfugiés.

À la suite de cette reconnaissance internationale, elle a mis à profit la dotation financière de la distinction Nansen et de la renommée qu’elle lui a apportée pour développer et améliorer plusieurs activités menées dans son Centre pour la réinsertion et le développement qui a déjà permis de changer la vie de plus de 22 500 femmes et jeunes filles.

« Je prends soin des femmes car les fondements de l’humanité sont entre leurs mains. »

« Je prends soin des femmes car les fondements de l’humanité sont entre leurs mains », explique-t-elle. « Nous considérons qu’instruire une femme, c’est éduquer toute une nation. »

Sœur Angélique a commencé à aider les femmes vulnérables affectées par la guerre en RDC en 2008. La plupart du temps, leurs familles avaient été tuées ou avaient disparu et leurs enfants avaient été kidnappés pour devenir enfants-soldats. Les femmes étaient souvent victimes d’enlèvements, de mauvais traitements, de brutalités et de viols.

« Je souhaitais les écouter, partager un repas avec elles et leur faire comprendre qu’elles n’étaient pas seules », raconte-t-elle.

Elle prenait aussi soin des orphelins, dans des conditions extrêmement difficiles et avec des ressources très limitées.

« Certaines femmes me demandaient de m’occuper de leurs enfants car elles étaient incapables de le faire », explique-t-elle. Malgré leurs cris de faim, elle les réconfortait, même quand elle n’avait aucun moyen de les nourrir.

« Je pleurais et je priais pour trouver un moyen d’aider ces femmes et ces enfants », poursuit Sœur Angélique. « Une voix intérieure me disait que même si le monde entier nous abandonnait, elle ne nous abandonnerait jamais. »

La lauréate de la distinction Nansen ajoute que lorsque le HCR l’a contactée pour parler de ses activités et l’a informée de la distinction et de la dotation financière de 100 000 dollars, elle a su que tout allait changer.

« Mes prières ont été exaucées », dit-elle. « Ce prix m’a permis de voyager en Europe et j’ai même rencontré le Pape au Vatican. »

Grâce à la dotation financière reçue, son premier investissement a été la création d’une boulangerie semi-industrielle, équipée d’un four d’une nouvelle capacité de 25 kg. Elle voulait qu’un maximum de femmes puissent y travailler et tirer un revenu de la fabrication et de la vente de pain. Aujourd’hui, plus de 50 femmes travaillent dans cette boulangerie.

Elle a également créé une école primaire en janvier 2015 et inscrit 133 enfants dont les parents ne pouvaient pas payer les frais de scolarité. Aujourd’hui, le centre s’est agrandi pour accueillir un jardin d’enfants, une école primaire et secondaire permettant de scolariser plus de 1500 enfants. Depuis sa création, plus de 4000 élèves ont eu la chance d’y étudier.

« L’éducation a toujours été l’une de mes grandes préoccupations », confie Sœur Angélique. « Je craignais que ces enfants passent à côté d’une vie meilleure s’ils n’avaient pas l’opportunité d’étudier. »

Grâce à la distinction Nansen du HCR pour les réfugiés, les activités de Sœur Angélique ont beaucoup gagné en termes de visibilité et ont attiré de nouveaux donateurs, sympathisants et bienfaiteurs. Elle a pu faire construire un centre pédiatrique dans lequel plus de 14 000 patients ont été soignés depuis son ouverture en octobre 2014.

Elle a aussi mis en place des cours où les femmes peuvent apprendre à lire et à écrire, accéder à des formations et devenir plus autonomes.

« La réinsertion socio-économique des femmes dans la société les a aidées à surmonter les traumatismes qu’elles ont vécus », explique Sœur Angélique.

« Sœur Angélique a pris soin de nous. »

Clémentine, une victime des attaques de la LRA, fait partie de celles qui ont surmonté l’adversité grâce à l’aide de Sœur Angélique. Elle a fui son foyer en 2008 après l’enlèvement de son frère par un groupe armé.

« Sœur Angélique a pris soin de nous », raconte Clémentine. « J’ai pu participer à un atelier de couture et maintenant je travaille comme formatrice et j’enseigne la couture à d’autres femmes. »

Les effets dévastateurs des conflits et de la guerre ont conduit Sœur Angélique à aider les autres, ce qui l’amène à regarder son expérience avec gratitude.

« Mère, mère », s’exclament les enfants avec enthousiasme lorsqu’ils l’aperçoivent à l’entrée du centre. Ils courent à sa rencontre et l’enserrent affectueusement.

« C’est la raison pour laquelle je peux dire aujourd’hui que je ne pleure plus », dit-elle en souriant.