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Les « anges gardiens » : une bénédiction pour les réfugiées vulnérables au Soudan du Sud

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Les « anges gardiens » : une bénédiction pour les réfugiées vulnérables au Soudan du Sud

Dans le comté sud-soudanais isolé de Maban, des bénévoles ouvrent leurs foyers pour accueillir des réfugiées victimes de violences sexuelles et sexistes.
7 Mars 2019
Mama Elizabeth, 65 ans, héberge chez elle des femmes réfugiées dans le besoin au camp de réfugiés de Doro, au Soudan du Sud.

Mama Elizabeth chantonne en vaquant à ses occupations et en rangeant la vaisselle dans sa case au toit de chaume. Rien n’est plus trompeur que l'apparence ordinaire de cette case qui est en fait un foyer d'accueil temporaire pour des réfugiées.


Mama Elizabeth, une réfugiée soudanaise de 65 ans, fait partie d'un groupe de 48 bénévoles appelées les « anges gardiens » qui ont ouvert leur porte à des femmes victimes de violences sexuelles et sexistes.

« La dernière fois que j'ai accueilli quelqu'un, c'était il y a deux semaines », dit-elle en évoquant Sarah*, mère de neufs enfants.

Depuis 2016, ces havres de paix, appelés foyers d'accueil communautaires, ont vu le jour dans les quatre camps du comté sud-soudanais de Maban pour héberger des femmes, des enfants et des hommes dans le besoin, dans le cadre d'une initiative conduite par le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et le Conseil danois pour les réfugiés. Plus de 145 000 réfugiés tels que Sarah ont pu bénéficier de cette initiative.

« Les femmes se retrouvent à la traîne. Quand une fille est mariée de bonne heure, elle perd toute chance d'avoir une éducation. »

« J'ai choisi d'aller chez Mama Elizabeth parce que j'avais besoin de tranquillité d'esprit et d'un refuge », dit Sarah qui a été impitoyablement battue par son mari pendant des années. Lorsqu'il l’a abandonné avec les enfants, elle est allée vivre chez son frère qui s'est mis lui aussi à la battre. C'en était vraiment trop et elle a décidé de s'enfuir.

« Mon frère s'en est pris à moi alors que je venais juste d'accoucher : mon bébé n'avait que trois jours », raconte-t-elle.

Voilà plusieurs années que Mama Elizabeth héberge des gens dans le besoin comme Sarah, une décision qu'elle n'a eu aucun mal à prendre.                                                                           

« Quand on m'a demandé d'assumer ce rôle, j'ai accepté parce que je suis toujours heureuse d'aider des femmes », dit-elle dans un sourire. « Je me fais un devoir d'aider les gens en situation douloureuse. »

Le HCR est conscient du rôle capital que jouent ces « anges gardiens. »

« Les ‘anges gardiens’ sont des figures locales qui sont hautement respectées par les réfugiés et dans la communauté hôte », explique Grace Atim, chargée de protection du HCR dans le comté de Maban. « Ils sont volontaires pour assumer ce rôle et ont l’étoffe nécessaire pour tenir tête aux auteurs de violences sexuelles et sexistes. »

Le conflit au Soudan du Sud a déplacé près de 2,3 millions de personnes à travers six pays de la région, sans compter environ deux millions de déplacés internes sud-soudanais. Environ 80 pour cent des déracinés sont des femmes et des enfants exposés à des risques divers, notamment les violences sexuelles et sexistes.

En 2018, le HCR et les agences partenaires ont reçu plus de 1500 signalements de violences de cet ordre, des cas impliquant des violences physiques, émotionnelles, psychologiques et sexuelles infligées à des femmes, à des hommes et à des enfants. Dans tous les cas portés à leur attention, des soins médicaux, une prise en charge psychosociale, une aide juridique et une assistance matérielle ont été fournis aux victimes en fonction de leurs besoins.

Pour limiter les risques de violences sexuelles et sexistes, le HCR travaille en étroite collaboration avec les agences partenaires, les réfugiés et les communautés afin de construire des foyers d'accueil surs, organiser des campagnes de sensibilisation, renforcer les mécanismes d'orientation et sensibiliser les communautés à l'importance de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes.

« Nous nous efforçons également de renforcer les capacités d'anges gardiens tels que Mama Elizabeth pour qu'ils comprennent mieux la nécessité de combattre ces violences et de protéger les personnes qui pourraient y être exposées », ajoute Grace Atim.

« J'ai choisi d'aller chez Mama Elizabeth parce que j'avais besoin de tranquillité d'esprit et d'un refuge. »

Mama Elizabeth reconnaît qu'avant de participer à ces ateliers, elle avait une autre opinion de certaines pratiques culturelles telles que le mariage précoce qu'elle respectait en tant que part intégrale de sa culture.

« Avec les ateliers, j'ai pris conscience que le mariage précoce n'est pas une bonne chose », dit-elle. « Les femmes se retrouvent à la traîne. Quand une fille est mariée de bonne heure, elle perd toute chance d'avoir une éducation. »

Mama Elizabeth ajoute que l'éducation est très importante « parce qu'une personne instruite est mieux à même de comprendre tout un ensemble de choses sur le monde qui nous entoure et elle se donne les moyens de contribuer. »

Réfugiée et déplacée par les conflits à de multiples reprises, Mama Elizabeth vit dans le camp de Doro depuis 2011. En tant que représentante des femmes depuis cinq ans, elle a pu défendre leurs droits et mobiliser les membres de la communauté pour sensibiliser sur diverses questions, dont les violences sexuelles et sexistes.

« C'est à moi que s'adressaient les organisations humanitaires quand elles voulaient faire passer des messages aux femmes de ma communauté », dit-elle.

Aujourd'hui, elle s'occupe d'entretenir le foyer d'accueil et espère continuer d'y héberger des personnes dans le besoin.

*Nom fictif pour des raisons de protection