En Bretagne, Charles aide les plus démunis à affronter la pandémie de Covid-19

Charles Badibi, réfugié congolais, a trouvé une seconde famille en s'engageant auprès des restos du Cœur de Brest.

Charles Badibi, réfugié congolais, a trouvé une seconde famille en s'engageant auprès des restos du Coeur de Brest.  © UNHCR/Josselin Brémaud

Il est 13h30, les locaux des Restos du Cœur de Brest viennent tout juste d’ouvrir leurs portes. Une longue file de personnes s’est déjà formée devant l’association, débordant sur le parking adjacent. La campagne hivernale bat son plein.

Fondés par l’artiste Coluche en 1985, Les Restos du cœur ont pour but d'aider et d'apporter une assistance bénévole aux personnes démunies, notamment dans le domaine alimentaire par l'accès à des repas gratuits, et par la participation à leur insertion sociale et économique. Après leur inscription, les membres peuvent venir récupérer des biens de première nécessité et socialiser avec les bénévoles présents.

Nous retrouvons Charles à quelques pas des lieux. Plutôt timide de prime abord, son visage semble s’éclairer à mesure que l’on approche. Sur le chemin, il salue plusieurs personnes par leur prénom. Congolais d’origine, l’homme de 36 ans a récemment obtenu le statut de réfugié en France. C’est par son engagement associatif qu’il se sent aujourd’hui pleinement intégré à sa ville d’adoption.

Avant d’atterrir en 2018 dans cette ville du bout du monde, il a passé de longs mois dans le département des Côtes d’Armor, « une période difficile », qui le voir dormir dans des centres d’accueil de nuit. Quand son dossier est finalement transféré dans le Finistère, il doit de nouveau faire ses bagages et partir vers l’inconnu.

"Lorsque je suis venu, l'accueil a été chaleureux." Charles

« Je ne savais pas où aller, raconte-t-il, en déambulant dans les allées du magasin solidaire. Je me suis renseigné et on m’a indiqué où se trouvaient les Restos du Cœur de Brest. À mon arrivée ici, c’était pour venir faire mon colis, comme les autres, en tant que bénéficiaire. Et lorsque je suis venu, l’accueil a été chaleureux pour moi. »

Il raconte avec douceur ces premiers moments de convivialité et de réconfort, dans une période marquée par l’incertitude. Les sourires des gens, les discussions lors des pauses, autour d’un café. C’est ce qui l’a motivé à s’engager, et à devenir bénévole des Restos du Cœur, afin de « donner un coup de pouce ».

Charles Badibi lors de la distribution du pain, aux Restos du coeur de Brest. Il entend s'engager davantage une fois ses études terminées.   © UNHCR/Josselin Brémaud

Tri des denrées, « ramasse », cafétéria, mission dans plusieurs villes du département... Charles Badibi est un vrai touche-à-tout.  © UNHCR/Josselin Brémaud

Françoise Guénan, la responsable locale, est affairée aux quatre coins du magasin, attentive aux besoins de tous. « Pour la campagne d’hiver, le nombre de personnes a très vite augmenté », explique-t-elle. Les caisses d’aide s’amoncèlent tout autour de son bureau, sous le regard tutélaire du grand humoriste français. « On voulait que Charles s’en sorte, et je pense que c’est ce qu’il a fait, poursuit-t-elle. On aidait quelqu’un à se réinsérer, à ce qu’il reprenne « son envol ». Il voit aussi que certaines personnes ont vraiment besoin d’aide, comme lui. »

Charles acquiesce : « Des personnes vulnérables viennent ici, ils sont dans le besoin comme je l’ai été. Pourquoi ne pas les aider ? C’est ça qui m’a attiré en tant qu’humain. Pendant ces périodes de confinement, de crise sanitaire, c’est dur ! »

"Charles, ça a toujours été mon fils d'adoption." Nathalie

Oreilles de Minnie ajustées sur la tête pour accrocher quelques sourires, conseils envoyés à droite à gauche, Nathalie aussi s’active en coulisse. Figure de l’association, elle était présente quand Charles a débuté son aventure bénévole. C’est en partie grâce à sa générosité et sa bienveillance qu’il s’est tout de suite senti ici chez lui. « Je l’ai pris sous mon aile, on a tout fait ensemble, les colis, les fêtes de Noël avec ma famille. Ah oui Charles ça a toujours été mon fils d’adoption », sourit la bénévole. Debout aux côtés du grand sapin de Noël érigé pour les fêtes, Charles acquiesce silencieusement, avant de souffler, visiblement ému : « Pour moi qui suis seul, c’est la famille. »

Charles Badibi et Nathalie, une autre bénévole aux Restos du coeur de Brest.  © UNHCR/Josselin Brémaud

Les sourires des gens, les discussions lors des pauses. C'est ce qui a motivé Charles à s'engager.  © UNHCR/Josselin Brémaud

Le jeune homme est un vrai touche-à-tout. Il a commencé au tri des denrées, fait un peu de « ramasse », géré la cafétéria pour servir aux gens un petit déjeuner chaud, est parti en mission dans plusieurs villes du département pour des distributions, a donné de son temps à la boulangerie et est régulièrement venu apporter un coup de main aux inscriptions.

« Il parle plusieurs langues, il sait traduire, continue Nathalie. Quand on avait besoin d’un traducteur, c’est lui qu’on appelait. Après les gens allaient vers lui directement pour savoir comment faire. »  Charles précise : « Il faut de l’amour. Tu peux connaître plusieurs langues, sans jamais pouvoir aider les gens. C’est mon cœur qui m’a poussé à faire ça. »

En sortant, l’air est devenu plus piquant. L’hiver à Brest peut vite devenir rigoureux. Joël, lui aussi bénévole de longue date, est occupé à l’extérieur par les livraisons. Il a travaillé à de nombreuses occasions avec Charles pour acheminer des colis alimentaires dans plusieurs villes voisines. Entre deux blagues déclamées de sa voix profonde, les yeux rieurs et la moustache au diapason, il explique sur un ton plus sérieux : « On a toujours besoin de bras pour organiser l’association. Charles est un bon élément, il est très dynamique avec les adhérents. »

"C'est important d'aider les gens. Il m'a beaucoup aidé." Moctar

Derrière le comptoir de la boulangerie, ou délégué à la distribution des œufs, Charles semble en effet apprécié. Le dialogue s’engage avec les bénéficiaires. Les plis au coin des yeux ne trompent pas : des sourires se cachent derrière tous ces masques. Charles interpelle Moctar, un ami et voisin. Tous deux habitent la même rue et se connaissent depuis longtemps. Lors de l’échange, il n’est pas avare de compliments : « Charles est une personne très courageuse, gentille. Il est très rigolo avec les gens. C’est très important d’aider les gens. Il m’a beaucoup aidé. »

Charles, qui souhaite un jour devenir enseignant, sait que son futur s'écrira toujours sur fond rose, la couleur des Restos.  © UNHCR/Josselin Brémaud

Charles Badibi, réfugié congolais, a trouvé une seconde famille en s'engageant auprès des restos du Coeur de Brest.  © UNHCR/Josselin Brémaud

Actuellement étudiant à l’AFPA de Brest en section hôtellerie, celui qui souhaite un jour devenir enseignant sait que son futur s’écrira toujours sur fond rose, la couleur des Restos. Il n’oublie pas ce qu’il doit à la structure, pour laquelle il souhaite s'investir sur la durée. « Je dois m’engager pour dire que je continuerai toujours d’être bénévole des restos du Cœur. Quand j’aurai un peu plus de temps. C’est ma maison ! »

Avant de repartir étudier, il souhaite glisser un conseil aux autres réfugiés, qui, comme lui, cherchent à s’engager ou à trouver du sens dans leur nouvelle vie : « Dès que vous arrivez dans un pays où vous ne connaissez personne, la première chose à faire est d’aller chercher où se trouvent les associations. Pour s’intégrer, mieux comprendre. Ça apportera toujours quelque chose de bien. »