« Ne confondez pas les réfugiés avec les terroristes », en appelle le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres appelle à la communauté internationale à faire une distinction claire entre les réfugiés et les terroristes, tout en insistant sur l'engagement de l'UNHCR pour la protection des réfugiés ainsi que des personnes déplacées à l'intérieur de leur pays.

Le Haut Commissaire António Guterres, lors de sa première conférence de presse au Palais des Nations à Genève.  © HCR/H.Caux

GENEVE, 22 juillet (UNHCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres appelle à la communauté internationale à faire une distinction claire entre les réfugiés et les terroristes, tout en insistant sur l'engagement de l'UNHCR pour la protection des réfugiés ainsi que des personnes déplacées à l'intérieur de leur pays.

António Guterres a fait ces remarques jeudi lors de sa première conférence de presse au Palais des Nations, le siège européen des Nations Unies à Genève, cinq semaines après avoir débuté ses fonctions en tant que Haut Commissaire pour les réfugiés.

M. Guterres a présenté aux journalistes ses trois préoccupations principales. Notant la difficulté de préserver l'asile et de protéger les réfugiés dans un environnement d'extrémismes et où l'intolérance augmente, il en appelle aux Etats, aux parlements, à la société civile, aux organisations non gouvernementales, aux institutions internationales, aux leaders d'opinion et aux médias pour qu'ils s'engagent dans un effort permanent de sensibilisation en faveur de la tolérance et contre toutes les formes d'extrémisme. Il a noté qu'une approche populiste grandissante a créé une grande confusion dans l'opinion publique, qui a mélangé les inquiétudes légitimes concernant la sécurité et le besoin de combattre la terreur avec l'émigration, l'asile ou les réfugiés.

« Nous devons tous être conscients que le terrorisme constitue une menace majeure dans la société mondiale d'aujourd'hui », a dit le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, aux journalistes hier à Genève. « Nous devons le combattre sans aucun doute. Rien ne peut justifier le terrorisme. Mais nous serons seulement capables de défier la terreur si nous nous attachons à nos valeurs, c'est-à-dire la démocratie et la promotion des droits de l'homme. L'institution de l'asile est une part essentielle de la démocratie et de la protection des droits de l'homme. Les réfugiés ne sont pas des terroristes. Les réfugiés sont très souvent les premières victimes de la terreur. »

Il a expliqué : « Si quelqu'un veut être un terroriste et frapper n'importe où dans le monde, la façon la plus stupide d'essayer de faire cela est d'entrer dans ce pays en demandant l'asile. Il sera, le plus souvent, probablement envoyé en prison et subira un examen minutieux et intense. Et si vous voulez être efficace en tant que terroriste, vous devez agir de façon anonyme. Donc cette confusion qui existe souvent dans l'opinion publique entre les inquiétudes liées à la sécurité et les problèmes d'asile n'a aucun sens. »

M. Guterres déclare qu'il est certainement nécessaire de reconnaître le droit des gouvernements d'avoir une gestion responsable des flux migratoires à leurs frontières. Cela ne pourrait pas être fait sans garantir que les réfugiés ont la possibilité d'accéder aux procédures d'asile et que la détermination du statut de réfugié est effectuée de façon équitable, ceci accompagné de mesures contre la fraude et les abus. La promotion de la tolérance et la valorisation de la démocratie sont des outils essentiels pour le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, dans le cadre de son mandat. L'UNHCR ne serait pas efficace en tant qu'agence de protection des réfugiés et de promotion de l'asile si ces valeurs n'étaient pas entretenues par les sociétés.

Le second sujet de préoccupation du Haut Commissaire concerne la mission de l'UNHCR. « Nous devons plus encore nous regarder nous-mêmes et être vus par le monde extérieur comme une agence de protection. La protection est l'essence même de notre travail », a-t-il insisté.

Ce concept doit s'ajuster aux réalités des temps présents, a-t-il ajouté, notant que le problème des réfugiés n'est pas seulement un problème propre au monde développé. Les flux les plus importants de réfugiés viennent des pays en développement et vont vers d'autres pays en développement. Au-delà d'une approche strictement juridique, la protection est un concept large qui nécessite des conditions parfaites pour qu'un espace soit ouvert, pour que les droits soient respectés, pour que la dignité humaine soit préservée et pour que les conditions pour le rapatriement dans un pays sûr soit possible.

M. Guterres a exprimé sa troisième préoccupation, concernant les actions de l'UNHCR sur les déplacements internes. Le mandat de l'UNHCR était de s'occuper des réfugiés, et selon la Convention sur les réfugiés, une personne devient un réfugié quand il ou elle franchit une frontière internationale. Si une personne a fui des persécutions mais n'a pas franchi la frontière, il ou elle n'est pas juridiquement considéré comme réfugié mais comme une personne déplacée. Mais les problèmes sont très similaires et la personne a droit au même type de protection.

« Je veux exprimer ici mon engagement personnel pour que l'UNHCR soit totalement impliqué dans le problème des personnes déplacées », a dit le Haut Commissaire. « Totalement engagé dans une approche collaborative avec le système des Nations Unies, mais aussi coopérant avec la société civile, les organisations non gouvernementales et avec toutes les autres agences qui s'investissent. Sous la conduite du Coordinateur des secours d'urgence, offrir nos compétences dans les régions où elles sont les plus pertinentes, à savoir la protection et les rapatriements, mais aussi la gestion de camps et les abris d'urgence. »

Cette approche veut dire être capable de coopérer avec toutes les autres agences dans les régions où leur mandat principal est plus adapté que le notre, par exemple l'UNICEF pour le secteur de l'éducation des enfants ou le PAM pour celui de l'alimentation.

Interrogé sur la région de l'ouest du Darfour, António Guterres a considéré la situation comme toujours très instable. Il est à espérer aujourd'hui que des négociations de paix pourront aboutir dans un futur proche, mais la situation en termes de sécurité est loin d'être satisfaisante et les opérations de l'UNHCR y sont très difficiles, particulièrement à l'ouest du Darfour où l'UNHCR s'est véritablement engagé à fournir une protection et à assumer la responsabilité de gérer les camps. L'UNHCR tente d'étendre ses activités, ce qui implique une augmentation du budget. Toutes les opérations des agences internationales en Afrique, et en particulier au Soudan, manquent actuellement de ressources financières. Mais ce n'est pas une excuse.

Répondant à une autre question, M.Guterres a dit qu'il arrivait juste de Bruxelles où l'UNHCR s'est fermement engagé avec la Commission européenne pour la mise en place des prochaines étapes de l'élaboration d'une politique d'asile européenne, non pas pour revoir à la baisse les normes d'asile mais pour les revoir à la hausse.

« Nous avons besoin de combattre une tendance qui risque d'émerger, à savoir d'adopter le plus petit dénominateur commun en terme de politiques d'asile, mais au contraire, de promouvoir aussi généreusement que possible, aussi positivement que possible, des politiques d'asile au sein de l'Europe », a dit M. Guterres. « Ce que j'ai dit à propos de l'Europe est aussi vrai pour les autres pays développés. »

Reconnaissant que la grande majorité des réfugiés vit maintenant dans des pays en développement, il a ajouté qu'il est important d'aider ces pays à augmenter leurs capacités à garantir l'asile et à protéger les citoyens qui cherchent refuge dans ces pays. C'est un autre véritable, et non moins important, sujet de préoccupation de l'UNHCR.

António Guterres est devenu le 10e Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés en juin cette année, il dirige 6 540 employés répartis dans 116 pays, dans le cadre d'un mandat de protection pour 19,2 millions de personnes relevant de sa compétence dans le monde.

Par William Spindler