Les Ivoiriens désertent massivement Abidjan suite à un appel à la guerre civile

Des milliers d'Ivoiriens affluent dans les principales gares routières d'Abidjan. Ils craignent un conflit majeur et espèrent fuir la capitale économique de la Côte d'Ivoire.

Nombreux sont ceux qui rejoignent les deux gares routières d'Abidjan, en espérant quitter au plus vite la ville en proie aux tensions.  © REUTERS/L.Gnago

ABIDJAN, Côte d'Ivoire, 21 mars (HCR) - Des milliers d'Ivoiriens affluent dans les principales gares routières d'Abidjan, en espérant monter à bord du premier autocar disponible qui les emmènera loin de la capitale économique ivoirienne, suite à ce qu'ils perçoivent comme un appel à la guerre civile lancé ce week-end.

Lundi matin et durant le week-end, les contacts du HCR ont vu des milliers de personnes qui tentaient de quitter la ville depuis les gares routières d'Adjamé et Yopougon, les principaux terminaux d'autocars d'Abidjan. De nombreuses familles ont dormi sur place pour être sûres d'obtenir des sièges.

Certaines d'entre elles ont expliqué aux contacts du HCR qu'elles quittaient Abidjan à cause de l'appel lancé aux civils samedi par le jeune leader Charles Blé Goudé pour rejoindre lundi les rangs des forces armées loyales au candidat président Laurent Gbagbo. Des milliers de jeunes Ivoiriens auraient répondu à cet appel, que les personnes fuyant Abidjan perçoivent comme un appel à la guerre civile.

Les gares routières étaient déjà bondées car de nombreuses familles cherchent à quitter la ville suite aux lourds combats survenus la semaine dernière, les pires qu'Abidjan ait connus depuis la crise post-électorale ayant commencé fin novembre. Les deux candidats rivaux à l'élection présidentielle Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ont tous deux proclamé la victoire.

Le coût du transport a augmenté de façon spectaculaire. Il a parfois triplé, selon une organisation humanitaire partenaire dont le personnel a reçu des demandes d'aide de la part de personnes déplacées internes souhaitant quitter Abidjan.

Plus de 300 000 personnes seraient déplacées à Abidjan. Elles ont fui principalement le quartier d'Abobo au nord de la ville, qui est le théâtre de combats violents depuis des semaines.

De nombreux déplacés se dirigent vers le nord et l'est du pays. Certaines familles ayant réussi à rejoindre ces régions ont indiqué au personnel du HCR par téléphone que la situation devenait de plus en plus difficile pour elles et leurs familles d'accueil. Un déplacé hébergé près de Yamoussoukro, la capitale du pays, a expliqué que les familles d'accueil démunies dans le nord ont désespérement besoin d'aide. Elles ne peuvent pas faire face au nombre croissant de déplacés qui continuent à arriver.

La plupart des organisations humanitaires travaillent à Abidjan et dans l'ouest du pays.

Parallèlement, dans l'ouest du pays, le HCR et ses partenaires ont achevé la préparation d'un premier site pour héberger des personnes déplacées dans la ville de Danané. Ce week-end, 778 personnes déplacées ont été transférées vers ce site depuis les locaux d'une école primaire à Dioulabougou. Deux autres sites accueillant des déplacés sont en cours de réhabilitation à Danané, où 5 000 personnes seraient déplacées par les violences depuis le début de cette année.

La crise ivoirienne affecte également quelque 24 000 réfugiés libériens qui vivent à Abidjan depuis près de deux décennies. Certains d'entre eux ont choisi de rentrer au Libéria et le premier vol de rapatriement organisé par le HCR a eu lieu samedi avec 171 rapatriés à son bord.