Le HCR appelle à la mise en oeuvre immédiate de garanties avant le début des retours dans le cadre de l'accord UE-Turquie

Ceci est un résumé des déclarations du porte-parole du HCR Melissa Fleming – à qui toute citation peut être attribuée – lors de la conférence de presse du 01 avril 2016 au Palais des Nations à Genève.

Le HCR appelle aujourd'hui les parties ayant convenu du récent accord UE-Turquie sur les réfugiés et les migrants à assurer que toutes les garanties soient mises en place avant le début des retours, et ce du fait de lacunes graves et persistantes dans les deux pays, la Grèce et la Turquie.

Le HCR ne remet pas en question les retours de personnes n'ayant pas besoin de protection internationale et n'ayant déposé aucune demande d'asile, à condition que les droits humains soient respectés.

La Grèce est contrainte d'accueillir des personnes en raison de la fermeture des frontières ailleurs en Europe. Dans ce pays, de nombreux aspects des systèmes de réception et de traitement des demandes d'asile déposées par les personnes ayant besoin d'une protection internationale demeurent inopérants ou absents. On compte actuellement environ 51 000 réfugiés et migrants dans le pays, dont 5000 sur les îles et 46 000 sur le continent. Les arrivées se sont récemment accrues en date du 29 mars avec 766 personnes, alors qu'environ 300 arrivées quotidiennes en moyenne avaient été observées les jours précédents.

A Lesbos, les conditions se sont détériorées dans le « hotspot » (centre d'enregistrement) de Moria qui, depuis le 20 mars, est utilisé à des fins de détention des personnes dans l'attente d'une décision d'expulsion. On y compte désormais quelque 2300 personnes. Ce chiffre est supérieur à la capacité initiale d'accueil déclarée de 2000 personnes. Des personnes dorment en plein air et l'approvisionnement alimentaire est insuffisant. L'anxiété et la frustration sont courantes. Pire encore, de nombreuses familles ont été séparées, avec des proches désormais dispersés à travers la Grèce - une cause d'inquiétude supplémentaire en cas de début des retours.

A Samos, dans le « hotspot » de Vathy, les conditions d'accueil ont également empiré. Le système d'assainissement est insuffisant, il y a peu d'aide disponible pour les personnes ayant des besoins spécifiques et les distributions de vivres sont chaotiques. On compte actuellement jusqu'à 1700 personnes séjournant au hotspot de Vial sur l'île de Chios, dont la capacité initiale d'accueil est de 1100 personnes. Nous sommes très préoccupés par cette situation. La nuit dernière, trois personnes ont été blessées à l'arme blanche lors de manifestations.

Conformément à sa politique globale de promotion d'alternatives à la détention, le HCR a dû suspendre les services dans tous les établissements fermés. Le HCR procède toutefois à la surveillance en matière de protection et informe également les personnes sur les procédures d'asile.

Sur le continent, des groupes bloqués attendent une réinstallation

Sur le continent, où se trouvent les personnes arrivées avant le 20 mars, la situation est également difficile. Les réfugiés et les migrants sont répartis dans environ 30 sites et beaucoup attendent de pouvoir être réinstallés. Dans le port du Pirée et à Idomeni près de la frontière avec l'ex-République yougoslave de Macédoine, les conditions sont précaires.

Le risque de panique et de blessures dans ces sites et d'autres est bien réel dans les circonstances actuelles. D'autres incidents, et notamment des bagarres, ont été signalés cette semaine dans les médias locaux.

Sans un soutien supplémentaire assuré d’urgence par l'UE, la capacité limitée des services d'asile grecs pour enregistrer et examiner les demandes d'asile va créer des problèmes. Les heures limitées pour l'enregistrement, les plafonds quotidiens en termes de nombre d'enregistrements, le manque d'accès au système Skype pour l'enregistrement mis en place par les services grecs d'asile, ajoutent encore à l'anxiété.

En Turquie, le HCR a demandé à rencontrer les personnes renvoyées depuis la Grèce, afin qu'elles puissent bénéficier d'une protection internationale efficace et pour prévenir les risques de refoulement. Le HCR espère l'adoption prochaine de la Réglementation sur la protection temporaire requise pour l'octroi ou le rétablissement du statut de protection temporaire pour les Syriens réadmis depuis la Grèce.

Le HCR a récemment établi les garanties qui seraient nécessaires pour une réadmission en toute sécurité depuis la Grèce vers la Turquie, en date du 23 mars : http://www.refworld.org/docid/56f3ee3f4.html.

Nombre des arrivées par la mer : baisse en Grèce, hausse en Italie

Pour les trois premiers mois de l'année 2016, le nombre des arrivées par la mer en Grèce s'élève à plus de 150 700. On observe toutefois une baisse des arrivées en mars : http://data.unhcr.org/mediterranean/country.php?id=83.

Les arrivées par la mer via un autre itinéraire largement emprunté en Méditerranéenne - depuis l'Afrique du Nord vers l'Italie - s'élèvent à 18 784. Ceci représente une hausse de plus de 80 pour cent par rapport à la même période en 2015 (10 165 personnes). Le nombre des arrivants a quadruplé en mars : http://data.unhcr.org/mediterranean/country.php?id=105.

Les arrivants sont principalement des Nigérians, des Gambiens, des Sénégalais, des Maliens et des ressortissants d'autres pays ouest-africains. Jusqu'à présent, le HCR ne voit pas d'augmentation significative concernant les Syriens, les Afghans et les Iraquiens empruntant cet itinéraire. Jeudi, un bateau transportant 22 ressortissants syriens et somaliens a été signalé à Otranto dans le sud-est de l'Italie, après avoir navigué depuis la Grèce.

Pour contacter un porte-parole du HCR

Genève (Siège)

Grèce