Déclaration de M. Poul Hartling, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, à la réunion informelle des Représentants permanents à Genève des Etats membres du Comité exécutif du Programme du Haut Commissaire, le 4 juin 1985

Le 4 juin 1985

Monsieur le Président, Distingués membres du Comité exécutif,

Permettez-moi de vous remercier tous d'avoir consacré cette journée, dans une période de réunions particulièrement chargée à Genève, pour nous rencontrer, mes collègues et moi-même, afin que nous fassions le point sur la situation actuelle des réfugiés dans le monde, telle que nous la percevons au HCR. Comme à l'accoutumée lors de ces réunions informelles entre les sessions ordinaires du Comité exécutif, nous nous réunissons sans ordre du jour, sans compte rendu officiel, sans décisions ou documents formels. J'apprécie au plus haut point ces occasions de rencontrer les Représentants permanents des Etats membres du Comité exécutif, de les informer et d'entendre leurs vues sur les activités du Haut Commissariat alors que nous sommes à la mi-parcours d'une année difficile. Comme d'habitude, vos commentaires constructifs nous aideront dans la tâche difficile qui consiste à offrir protection et assistance à des milliers d'êtres humains qui ont en commun le lot de souffrances que leur imposent des événements et des circonstances dont ils ne sont pas responsables.

Lors de notre dernière réunion, il y a quatre mois et demi, Monsieur le Président, je vous ai fait part de mes deux principales préoccupations : la crise en Afrique et la situation financière difficile du HCR. Aujourd'hui encore, ces deux questions interdépendantes restent les plus préoccupantes pour mon Office et, au risque de paraître répétitif, je leur consacrerai la plus grande partie de cette déclaration, sans oublier pour autant d'autres faits nouveaux intervenus concernant les réfugiés et les pays d'asile à travers le monde.

En ce qui concerne la crise actuelle en Afrique, les programmes d'urgence que nous avons lancés dans les cinq pays concernés, les demandes que nous avons formulées auprès de la communauté des donateurs et leurs répercussions sur la mise en oeuvre de nos programmes approuvés, doivent être considérés dans le contexte plus large d'un désastre sans précédent qui a suscité l'attention et la compassion du monde entier au cours des derniers mois, ainsi que la mobilisation d'un volume énorme de secours d'urgence. Il y a lieu de rappeler, à ce propos, que les besoins d'urgence restent considérables.

Dans une crise de cette ampleur, produite par la réunion de nombreux facteurs différents, tels que l'instabilité économique et politique, le sous-développement chronique et les déséquilibres écologiques et démographiques, portée à son paroxysme par une sécheresse et des récoltes désastreuses dans plus de vingt pays, le problème intrinsèque des réfugiés et l'action indispensable de mon Office ne constituent qu'un petit élément du tableau d'ensemble. Cependant, en raison de la complexité même des causes profondes du problème, d'une part, et des situations catastrophiques dans les pays hôtes, d'autre part, le problème des réfugiés dans ce contexte a pris la dimension d'une grande tragédie humaine qui nous a obligés de prendre des mesures exceptionnelles pour sauver des vies humaines. Si notre approche a été, comme toujours, strictement humanitaire, elle a dû également être pragmatique. Comme je l'ai dit à plusieurs reprises, nous n'avons pas eu le choix. Néanmoins le coût en a été énorme, tant au plan financier qu'au plan humain. Les répercussions à long terme de nos efforts pour trouver des solutions durables se feront encore sentir pendant de nombreuses années. Pour reprendre l'expression de l'un de mes collègues au plus fort de la crise au Soudan oriental : « Nous sommes revenus à la case départ ». Bien que ces paroles puissent paraître exagérées, elles sont symptomatiques du sentiment de frustration que l'on ressent en voyant des années d'efforts patients s'envoler dans des zones d'installation existantes sur le point de devenir totalement autosuffisantes, alors que des milliers de personnes en quête d'eau et de nourriture arrivent chaque jour.

En termes concrets, nous avons dû lancer d'immenses opérations d'urgence pour presque un million de personnes relevant de la compétence du HCR réfugiés, personnes déplacées assimilables à des réfugiés, rapatriés - dans cinq pays : Djibouti, Ethiopie, République centrafricaine, Somalie et Soudan. Chaque mois, le Haut Commissariat a fait le point sur ces opérations et a régulièrement communiqué aux gouvernements ces informations mises à jour, les plus récentes ayant été portées à la connaissance des Missions permanentes à Genève le 20 mai. La prochaine mise à jour sera diffusée le 14 juin. Ces rapports révèlent que grâce aux contributions de la communauté internationale, nous avons pu (à grand-peine) répondre aux besoins essentiels en termes de vivres, d'eau, d'abris, de soins de santé et d'appui logistique. En ce qui concerne les besoins en vivres au Soudan, de concert avec le Programme alimentaire mondial et d'autres sources, nous avons réussi à constituer des stocks suffisants en prévision de la saison des pluies qui a déjà commencé dans certaines régions. En Somalie et à Djibouti, cependant, les dons de vivres essentiels font encore cruellement défaut.

L'approvisionnement en eau potable, surtout au Soudan oriental et occidental, a parfois pris des allures de cauchemar. Comme les sources locales près des camps se sont asséchées, des dizaines de milliers de gens dans les camps ont dû compter sur les approvisionnements quotidiens assurés par les camions-citernes, tout en attendant d'être transférés vers de nouveaux sites où les ressources en eau étaient plus importantes. Sur ces nouveaux sites, on a dû installer des pompes qu'il a été très difficile de trouver, d'acheter, d'acheminer par voie aérienne et de mettre en marche à temps. Des puits ont été forés, pas toujours avec succès en raison des difficultés techniques auxquelles se sont heurtées des équipes spécialisées du FISE et d'autres institutions. Il a fallu distribuer à chaque famille réfugiée un récipient destiné à recevoir la maigre ration quotidienne de quelques litres d'eau. Il n'y a aucune garantie absolue que l'eau fournie soit toujours pure, aussi la crainte d'épidémies de maladies intestinales, y compris de choléra, continue de hanter toutes les personnes concernées. Une dramatique épidémie de choléra, qui s'est déclarée parmi les réfugiés en Somalie, a été stoppée grâce à l'action rapide et concertée du HCR, de différentes institutions et de certains pays donateurs. Plusieurs cas de diarrhées ont été relevés, tant parmi les rapatriés en Ethiopie que parmi les réfugiés au Soudan. Nous avons pris des mesures pour stocker des médicaments essentiels et identifier des sources d'approvisionnement rapides en prévision d'épidémies ultérieures dans la région.

La nourriture et l'eau, Monsieur le Président, constituent les plus élémentaires des besoins de l'homme. Si nous n'avions pas fait tout notre possible pour les satisfaire, nous aurions manqué à notre devoir d'organe humanitaire des Nations Unies. Les réactions que nos appels ont suscitées ont montré à l'évidence que cette considération primordiale a été comprise par la communauté internationale. Toutefois, la situation d'urgence actuelle a soulevé un certain nombre de questions sur lesquelles nous pourrions, à juste titre, réfléchir pendant cette réunion et les mois à venir. Lorsqu'une foule d'êtres humains affamés et dans le plus grand dénuement franchissent une frontière pour se rendre dans une région qui accueille déjà une population de réfugiés importante, comme cela a été le cas au Soudan, on agit d'abord, on pose des questions ensuite. On a qualifié ces gens de « personnes relevant de la compétence du HCR » et nous conserverons cette appellation. Mais le fait est que, selon nos informations, des milliers de gens auraient commencé à revenir chez eux dès le début des pluies. En outre, nous avons été contraints d'accorder une certaine forme d'assistance aux ressortissants soudanais qui se sont précipités vers les camps de réfugiés en quête de vivres. A l'époque, le HCR et notre partenaire opérationnel, le Commissaire soudanais pour les réfugiés, constituaient les seules instances susceptibles de venir en aide à ces ressortissants du pays hôte frappés par la sécheresse. Nous l'avons fait. Cependant, je me sens obligé d'appeler l'attention de Monsieur Bradford Morse, Directeur du Bureau des Nations Unies pour les opérations d'urgence en Afrique, sur cette situation anormale. Il convient en effet d'éviter que, dans une zone sinistrée, les réfugiés puissent être considérés comme favorisés par rapport aux nationaux. Je suis heureux de rapporter que des opérations de distribution de vivres ont maintenant commencé au profit de ces ressortissants qui ont, à ce que je sache, commencé à retourner chez eux. Ce sont des facteurs qui compliquent sérieusement notre tâche au moment de publier des statistiques ou d'établir des chiffres de planification concernant les besoins prévus, comme nous avons dû le faire au Soudan.

Comme je l'ai mentionné plus tôt, nous lançons des appels pour des dons alimentaires supplémentaires, notamment pour la Somalie où l'on compte 150 000 nouveaux arrivants et où l'afflux se poursuit. Ces nouveaux arrivants constituent un groupe distinct de celui des réfugiés qui résident en Somalie depuis quelques années et qui reçoivent une assistance au titre de notre Programme général. Notre appel en faveur de ces nouveaux arrivants a cependant posé, une fois de plus, la question du nombre des réfugiés en Somalie. Nous essayons, comme je l'ai dit auparavant, d'aider les autorités somalies à faire une nouvelle évaluation scientifique du nombre de réfugiés dans le pays. Il serait néanmoins des plus regrettables que ces facteurs empêchent les donateurs d'envoyer des vivres de première nécessité au titre de notre programme d'urgence.

En Ethiopie, notre programme d'urgence à l'intention des rapatriés enregistrés se poursuit et, grâce aux efforts des Nations Unies coordonnés par Monsieur Kurt Jansson, Représentant spécial du Secrétaire général, les denrées alimentaires de base continuent d'arriver. Indépendamment de ce programme d'urgence, Monsieur le Président, nous avons également lancé un Programme spécial pour la réadaptation des rapatriés dans l'espoir qu'il contribuera à stabiliser la population et à minimiser l'éventualité d'un nouvel exode dans cette région. Permettez-moi d'appeler votre attention sur cet effort distinct, mais complémentaire.

A Djibouti, sur une plus petite échelle, bien sûr, nous avons dû envoyer des secours d'urgence à quelque 10 000 nouveaux arrivants. Il est à cet égard très triste de penser que l'année dernière nous avions mené à bonne fin une importante opération de rapatriement librement consenti de Djibouti vers l'Ethiopie et que nous parlons, en ce moment même, d'un nouvel afflux massif dans ce minuscule pays qui a tant de difficultés à surmonter.

Les réfugiés et les victimes de la sécheresse du Tchad constituent également une source de préoccupations de plus en plus pressantes, surtout au Soudan occidental où ces personnes se fondent avec les ressortissants soudanais d'origine ethnique similaire et également frappés par la sécheresse. Alors que les vivres et d'autres denrées de première nécessité sont fournies tant au titre de notre programme d'urgence qu'au titre d'une importante assistance bilatérale d'un grand donateur, et bien que plusieurs autres mesures soient prises pour assurer la survie de ces Tchadiens, les difficultés restent considérables, surtout compte tenu des distances énormes qu'il faut parcourir pour acheminer des secours dans cette région isolée.

En République centrafricaine, je crois que nous pouvons dire, sans grand risque de nous tromper, que le pire est derrière nous en ce qui concerne les besoins d'urgence et que le programme est entré dans une phase de stabilisation. Il est cependant encore trop tôt pour se prononcer sur un type quelconque de solution durable si ce n'est celle qui consisterait à transférer ce groupe, soit 40 000 personnes, vers des zones d'installation plus sûres loin de la région frontalière.

Telles sont certaines des caractéristiques essentielles de nos programmes d'urgence en Afrique orientale et centrale, Monsieur le Président. Comme je l'ai dit, nous avons dû prendre des mesures exceptionnelles pour sauver des vies humaines, organiser des ponts aériens de secours d'urgence, y compris des denrées alimentaires de première nécessité et d'appoint, au plus fort de la crise au Soudan oriental. Vers le Soudan à lui seul, nous avons organisé ou affrété un total de 50 vols, transportant un total de 2 070 tonnes (un volume de 15 000 mètres cubes), qui n'auraient pu être acheminées en temps voulu, ni par voie maritime, ni par voie terrestre. Il convient d'observer à cet égard que si les coûts d'acheminement par voie aérienne sont élevés, ils sont souvent moins onéreux que tout autre moyen de transport si l'on prend en considération le volume et la valeur des denrées en question. Notre Groupe des activités d'urgence s'est montré très actif et nous avons appris un certain nombre de leçons très profitables en matière de planification, de formation du personnel et de techniques de gestion. Au Soudan, par exemple, nous avons désormais un plan complet et détaillé d'opérations, qui a été élaboré en consultation étroite avec le Commissaire pour les réfugiés et qui se révèle un outil indispensable dans une action très complexe, mettant en jeu différents éléments humains, le personnel du HCR, le personnel gouvernemental et les travailleurs des agences bénévoles. A ce propos, Monsieur le Président, j'aimerais rendre un hommage vibrant au dévouement sans bornes de toutes ces personnes, et surtout les travailleurs des agences bénévoles dans les cinq pays concernés, sans lesquels il aurait indubitablement fallu déplorer davantage de morts.

Cela me ramène au contexte plus large de la situation d'urgence en Afrique et à notre coopération avec d'autres institutions. Nous avons eu la grande chance d'avoir à nos côtés le Programme alimentaire mondial comme premier partenaire du système des Nations Unies. Sachant à quel point cette organisation est sollicitée, et pas seulement en Afrique, au titre de l'aide alimentaire d'urgence, c'est une grande satisfaction pour moi de voir combien nous avons pu nous reposer sur le PAN lors de cette crise dramatique. J'en ai fait part à Monsieur James Ingram, Directeur exécutif du PAN, lorsque J'ai eu le plaisir de le recevoir, ici à Genève, le 24 avril pour une journée entière de consultations. Il m'a confirmé que le PAN avait adopté une politique consistant à accorder la priorité absolue à l'assistance aux réfugiés. Je lui en suis très reconnaissant et j'aimerais que cela soit cité comme un exemple de coopération entre les institutions du système des Nations Unies. J'ai également mentionné notre coopération avec le FISE dans les domaines qui relèvent spécifiquement de sa compétence. C'est donc tout naturellement que nous avons promis notre coopération entière lorsqu'on nous a demandé de devenir des partenaires de plein droit dans le « Dispositif d'intervention d'urgence en Afrique », présidé par Messieurs Bradford Morse et Maurice Strong à New York. Notre appel a été étroitement coordonné avec celui du Bureau de Monsieur Morse, avec lequel nous partageons chaque jour toutes les informations pertinentes. En dépit des pressions intenses qui s'exercent sur nos ressources humaines, je n'ai pas hésité un seul instant à prêter un membre de notre personnel expérimenté au Bureau de Monsieur Morse à New York et nous avons estimé que ce geste avait contribué à renforcer encore nos liens.

Cela m'amène, Monsieur le Président, à un douloureux problème concernant l'un des pays frappés par cette catastrophe, la Somalie, problème qui a touché tout le système des Nations Unies.

En janvier 1985, le taux de change officiel du shilling somali a été porté de 26 shillings somalis par dollar des Etats-Unis à environ 36 shillings somalis et un nouveau taux de change sur le marché s'est établi à environ 75 shillings somalis par dollar, ces deux taux de change étant des taux de change légaux, autorisés par la Banque centrale de Somalie.

La circulaire de la Banque centrale de Somalie prévoit que le taux de change officiel d'environ 36 shillings somalis par dollar des Etats-Unis s'appliquera aux transactions des ambassades et des organisations internationales.

Aux termes de l'Article X.l.e) de l'Accord type relatif à une assistance de base signé en 1977 par le Gouvernement somali et le PNUD, qui dispose que le Gouvernement accordera au PNUD et à ses agences d'exécution le droit de profiter du taux de change légal le plus favorable, le PNUD a fixé le taux de change officiel des Nations Unies à 75 shillings somalis par dollar E.U. le 11 février 1985. Ce taux s'établit maintenant à 81,16 shillings somalis par dollar E.U.

En demandant aux organisations des Nations Unies d'appliquer le taux de change officiel d'environ 36 shillings somalis par dollar E.U, au lieu du taux de change légal sur le marché, soit environ 81 shillings somalis par dollar E.U, on impose en fait aux organisations des Nations Unies une taxe supérieure à cent pour cent.

L'application d'un taux de change différent de celui du taux de change officiel des Nations Unies en ce qui concerne les fonds du HCR représente une perte potentielle d'environ 4,9 millions de dollars E.U. sur les dépenses effectuées sur place et libellées en shillings au cours de 1985. Aucun crédit n'a été demandé dans le budget révisé du HCR pour cette perte au change.

Le HCR éprouve quelques difficultés à comprendre que des fonds, accordés à des fins humanitaires de façon librement consentie par la communauté internationale, ne fassent pas l'objet d'un traitement préférentiel normal par un pays qui reçoit des sommes considérables pour venir en aide aux réfugiés. Le HCR doit donner suite à ses programmes. Il faut aider les réfugiés, ne serait-ce que pour assurer leur survie. Dans la mesure où les autorités somalies ont maintenu leur position, à savoir que tous les dollars que nous importons doivent être échangés au taux de 36 et non de 81 shillings pour un dollar E.U, nous devons escompter une perte de 4,9 millions de dollars pour l'année 1985. J'ai jugé bon d'en informer les membres du Comité exécutif.

Il me faut maintenant aborder ce qui est peut-être, cette année, notre problème le plus délicat, c'est-à-dire, celui du financement des Programmes généraux de 1985. Ce problème est en effet plus aigu que les années précédentes. Les sources de revenus du HCR restent inférieures aux besoins et, selon les indications actuelles, il n'est absolument pas certain que nous recevrons les contributions nécessaires au financement des programmes.

Certains facteurs évidents et bien connus concourent à expliquer ces difficultés : la fermeté du dollar des Etats-Unis, les coupes sombres effectuées dans les budgets nationaux des donateurs et, d'autre part, des besoins de plus en plus importants, surtout à cause de la situation d'urgence en Afrique.

A la session du Comité exécutif en octobre dernier, nous vous avions avertis des grandes difficultés que nous prévoyions pour 1985. Le tableau s'est encore assombri avec la situation d'urgence qui s'est produite en Afrique depuis la réunion du Comité exécutif. En octobre 1984, nous vous avions promis qu'en 1985 nous ferions tout notre possible pour faire des économies et renforcer l'aspect coût-efficacité de nos programmes. Je peux vous assurer que nous avons fait de notre mieux pour tenir notre promesse. Lors de l'étude rigoureuse de nos programmes que nous venons de mener à bien, nous avons diminué les besoins au titre des Programmes généraux de 1985 de quelque 70 millions de dollars E.U, somme très considérable, soit près de 20 pour cent de l'objectif de 384 millions de dollars E.U. approuvé par le Comité exécutif en octobre 1984. Il serait très difficile, voire impossible, de procéder à de nouvelles réductions sans porter atteinte au niveau de l'assistance élémentaire dont les réfugiés ont besoin. Ces réductions ont été très douloureuses et couvrent tout l'éventail de nos opérations : dépenses d'administration, activités au Siège, communications, frais de transport, information, réévaluation du coût des programmes selon les taux de change actuels, reformulation des programmes de l'année sur la base de ce qu'on peut raisonnablement espérer mettre en oeuvre avant décembre 1985, ainsi que des ajustements en fonction des changements intervenus dans chaque situation de réfugiés.

Toutefois, même si l'on prend en considération les réductions qui ont été possibles, nous avons encore besoin de 140 millions de dollars E.U. pour financer les Programmes généraux de 1985.

Je sais que, outre les contributions aux Programmes généraux, les donateurs ont été sollicités au titre de plusieurs Programmes spéciaux. Cette année, la situation d'urgence en Afrique a beaucoup mis à contribution les donateurs et le HCR. Nous sommes très reconnaissants des efforts qui ont été déployés et nous sommes fiers d'avoir ainsi pu atténuer les effets désastreux de cette situation d'urgence. Mais la tâche n'est pas terminée et il faut encore de toute urgence des contributions supplémentaires pour répondre aux besoins déjà recensés qui s'élèvent à quelque 104 millions de dollars E.U. Nous avons reçu 62 millions de dollars E.U, en espèces et en nature, mais pour couvrir les besoins à Djibouti, en Ethiopie, en République centrafricaine, en Somalie et au Soudan, il faut encore 42,6 millions de dollars E.U, tant au titre de l'aide alimentaire que de l'aide non alimentaire. Comme vous le savez, la situation a encore la dimension d'une catastrophe et je lance donc un appel aux gouvernements pour qu'ils mettent très prochainement à disposition les contributions supplémentaires requises.

Outre les programmes que j'ai déjà mentionnés, le HCR met en oeuvre d'autres Programmes spéciaux, tels que le Programme d'organisation méthodique des départs, les Dispositions prises pour la lutte contre la piraterie, le Compte d'éducation des réfugiés et l'assistance aux Mozambicains se trouvant au Zimbabwe ainsi qu'aux rapatriés dans la province du Nil occidental en Ouganda et au Sud-est de l'Ethiopie. Etant donné les réductions et les ajustements effectués, le HCR aura besoin d'un total de 500 millions de dollars E.U. en 1985 pour mettre en oeuvre les programmes qui ont été jugés nécessaires, soit quelque 185 millions de dollars E.U. au titre des Programmes spéciaux et quelque 315 millions de dollars E.U. au titre des Programmes généraux (montant révisé par rapport à l'objectif initial approuvé de 384 millions de dollars E.U.). Nous ne disposons aujourd'hui que de quelque 263 millions de dollars E.U, y compris les annonces de contributions non payées. Ces fonds ont déjà été dépensés ou sont actuellement engagés. Le déficit s'élève à presque la moitié des besoins. Un tel déficit à mi-chemin de l'année-programme est des plus préoccupants et entrave, évidemment, la mise en oeuvre. C'est surtout le déficit de 140 millions de dollars E.U. au titre des Programmes généraux, soit plus de 40 pour cent de l'objectif révisé, qui me cause les plus vives préoccupations.

Le HCR n'a d'autre source de revenus que les contributions volontaires qu'il reçoit. Nous avons, je le crois, fait tout notre possible pour réaliser des économies et renforcer l'élément coût-efficacité. Je prie donc instamment vos gouvernements de me donner les ressources et les moyens de mener à bien la tâche que vous attendez de nous. Si nous ne recevons pas les contributions supplémentaires requises, nous ne serons pas en mesure d'accorder l'assistance aux réfugiés que nous avions prévue au titre des Programmes généraux approuvés par vous lors du Comité exécutif.

Monsieur le Président, je voudrais maintenant aborder trois points concernant l'administration et la gestion. Tout d'abord, je voudrais porter à la connaissance du Comité que, en envisageant les réductions possibles de l'objectif prévu au titre des Programmes généraux de 1985, nous avons bien sûr gardé présent à l'esprit la nécessité de réaliser des économies en matière d'appui au programme et d'administration. Bien que cela présente toutes sortes de difficultés, nous avons examiné de près des rubriques telles que frais de voyage, communications et assistance temporaire ainsi qu'un certain nombre de dépenses de fonctionnement. Nous espérons aboutir ainsi à quelques économies. Nous déployons également beaucoup d'efforts pour couvrir tous nouveaux besoins en personnel grâce au redéploiement. Nous achevons actuellement une opération visant à redéployer dix postes du Siège pour satisfaire les besoins d'effectifs supplémentaires qui n'ont pas pu être approuvés au Comité exécutif l'année dernière, et qui ont fait jusqu'à présent l'objet de dispositions temporaires.

Le deuxième point que je voulais mentionner a trait à l'opération de classement des emplois. Comme vous le savez, le Comité exécutif a approuvé les résultats de cette opération en ce qui concerne les postes imputés sur les Fonds constitués au moyen de contributions volontaires ; en même temps, le Comité a recommandé la mise en oeuvre des résultats dès l'approbation des recommandations relatives aux postes imputés sur le Budget ordinaire. Sur ce point, une étude est en cours auprès des différents organes concernés à New York et, tout d'abord, le Comité de la planification et de la budgétisation des programmes. Ce dernier a désormais achevé son étude. Sauf sur un point important, je suis heureux d'annoncer que les résultats, entièrement approuvés par la Section du classement du Bureau des services du personnel à New York, sont soumis pour approbation pour la période biennale 1986-1987. Cependant, pour des raisons qui n'ont rien à faire avec le bien-fondé des cas présentés, le Comité a exclu trois reclassements de D.1 à D.2 en raison de leurs répercussions sur le reste du Budget ordinaire des Nations Unies dont le HCR n'est qu'un élément. Les trois postes en jeu sont tous des postes sur le terrain, c'est-à-dire, les Délégués en Thaïlande, en Ethiopie et au Soudan (Deux autres postes dans une situation similaire, c'est-à-dire, les Délégués au Pakistan et en Somalie sont imputés sur les Fonds constitués au moyen de contributions volontaires et ont été approuvés par le Comité exécutif.). Vous pouvez facilement imaginer notre déception, surtout dans la mesure où ces trois postes sont des postes sur le terrain, tous les trois confirmés au niveau D.2 par le Bureau des services du personnel à New York. Nous faisons tout notre possible pour redresser cette situation, mais nous n'avons que peu d'espoir, car les critères employés par le Comité ont trait au Budget ordinaire des Nations Unies dans son ensemble et non spécifiquement au HCR. Il vous est facile d'imaginer, Monsieur le Président, les problèmes internes que cette différence de traitement crée entre des postes similaires imputés sur ces deux budgets.

J'aimerais également appeler l'attention des membres distingués du Comité sur un autre problème important relatif au financement des dépenses d'administration du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. La plupart des membres de ce Comité connaissent bien l'Accord conclu en 1982 entre le Secrétaire général et le Haut Commissaire concernant le transfert de postes des Fonde constitués au moyen de contributions volontaires vers le Budget ordinaire et vice versa, ce qui implique un transfert net de 20 postes additionnels sur le Budget ordinaire au cours des trois périodes biennales allant de 1984 à 1989. C'est un chiffre net bien que la situation réelle soit plus complexe et, afin de mettre en oeuvre la partie de l'Accord qui a trait à la période biennale 1986-1987, il a été proposé de transférer 23 postes de la catégorie des administrateurs et des fonctionnaires de rang supérieur et onze postes de la catégorie des Services généraux sur le Budget ordinaire, compensé par le transfert de 24 postes au niveau local du Budget ordinaire sur les Fonds constitués au moyen de contributions volontaires. Tandis que le transfert sur les Fonds volontaires a été mis en oeuvre immédiatement, l'autre partie de l'Accord n'a pas été retenue eu égard à l'augmentation importante des ressources que cela impliquerait pour le Budget ordinaire. Hormis quelques échanges de postes, l'Accord n'a donc pas été mis en oeuvre par l'Office des Nations Unies à New York pour la prochaine période biennale. Il est vrai qu'une réserve a été émise : le Secrétaire général (et non le HCR) trancherait en dernier ressort sur l'étendue de la mise en oeuvre de l'Accord, à la lumière de sa politique d'ensemble en matière de budget-programmes.

Monsieur le Président, je ne veux pas entrer dans les détails techniques mais simplement appeler l'attention du Comité sur ces déceptions et difficultés. Par le biais du Budget ordinaire des Nations Unies, le HCR est soumis à des contraintes d'ordre général dont il ne peut absolument pas s'affranchir. J'ai estimé que le Comité exécutif devait en être informé et je serais heureux d'entendre vos conseils à ce sujet.

Monsieur le Président, j'ai promis de vous donner des informations mises à jour sur les faits intervenus dans d'autres régions du monde. J'essaierai d'être aussi bref que possible. En Amérique centrale et au Mexique, il y a des aspects positifs et négatifs. Pour aborder en premier lieu les nouvelles les plus encourageantes, je suis heureux de rapporter que nos efforts conjugués avec les autorités mexicaines afin de créer de nouvelles zones d'installation dans la Péninsule de Yucatan, à l'intention des réfugiés du Guatemala, se poursuivent sans heurts et que les réfugiés continuent de quitter de leur plein gré les régions frontalières parfois dangereuses de la Province de Chiapas vers les Provinces de Campeche et de Quintana Roo ; dans ces deux régions, des zones d'installation rurale sont aménagées dans la brousse et le défrichage est effectué par les autorités nationales et provinciales, le HCR ainsi que par les réfugiés eux-mêmes. J'ai eu le privilège de visiter ces zones d'installation en février et je dois dire que J'ai été très impressionné de voir comment ces gens ont bâti de nouvelles maisons, toutes entourées de jardins, avec des poules picorant aux alentours (Don des ambassades nordiques à Mexico); j'ai pu voir également des enfants joyeux se rendre à l'école et la population s'employer activement au défrichage. Les réfugiés nous ont présenté un spectacle de chansons et de danses traditionnelles, des costumes aux couleurs vives, et J'ai été très heureux de voir comment les autorités mexicaines respectaient leur identité culturelle. L'enseignement est dispensé tant en espagnol que dans les dialectes maya de leurs ancêtres. Je me suis également rendu au Pérou où j'ai eu le plaisir de voir que le problème difficile des réfugiés à Lima avait largement été résolu par leur transfert vers une nouvelle zone d'habitation près de la capitale, où les migrants péruviens s'étaient également installés.

En Amérique centrale, la situation des réfugiés reste préoccupante. Elle est si étroitement liée aux événements politiques dans cette région que je n'ai pas l'intention de m'y appesantir. Nous continuons de fournir protection et assistance aux dizaines de milliers de réfugiés d'El Salvador et du Nicaragua au Honduras, tout en cherchant à faciliter le rapatriement librement consenti lorsque les réfugiés eux-mêmes le désirent. On a enregistré une recrudescence de l'arrivée de personnes en quête d'asile en provenance du Nicaragua au Costa Rica, et une fois de plus, nous fournissons toute l'assistance nécessaire et cherchons activement avec les autorités des solutions de rechange pour que les réfugiés ne restent pas dans des centres d'accueil surpeuplés.

En Asie du Sud-Est, la situation reste relativement stable. Le nombre de nouveaux arrivants a progressivement diminué, de pair toutefois avec les offres de réinstallation, et peu de progrès ont été accomplis concernant la mise en oeuvre d'autres types de solutions durables. J'ai précisé mes vues sur cette situation dans une récente lettre adressée aux gouvernements les plus directement concernés. J'espère sincèrement que des efforts supplémentaires pourront être faits en matière de réinstallation, surtout pour ceux que des liens familiaux rattachent aux réfugiés déjà à l'étranger et pour ceux que je considère handicapés, non pas physiquement mais en raison de l'effet débilitant et dégradant que peut avoir un long séjour dans un camp pour un être humain. Certains ont passé un, deux, trois, quatre, cinq ans dans un camp, voire plus longtemps. Je m'en suis rendu compte moi-même, il y a moins de trois semaines, alors que j'étais à Hong Kong mais cela est vrai dans d'autres pays de premier asile dans la région. Demain je vais à Londres pour discuter avec les autorités britanniques de la situation de Hong Kong et du sort des personnes qui accomplissent de longs séjours dans les camps. J'espère qu'une nouvelle initiative, proposée par la Commission des affaires intérieures de la Chambre des Communes pourra constituer un exemple que d'autres pays de réinstallation, qui ont déjà accueilli un nombre considérable de réfugiés de Hong Kong, pourraient suivre afin de réduire progressivement la longueur du séjour des réfugiés tant dans les camps ouverts que dans les camps fermés de cette région. Nous avons également lancé un nouveau programme pour essayer de surmonter certains des handicaps de ces personnes qui séjournent longtemps dans des camps dans d'autres pays d'Asie du Sud-est en leur offrant des cours de langues et d'autres cours de formation professionnelle qui les rendent plus aptes à la réinstallation. Je suis heureux de rapporter que les premiers diplômés de ces cours en Malaisie sont maintenant présentés aux pays de réinstallation pour reconsidération de leur cas.

En ce qui concerne le Programme de lutte contre la piraterie, je suis également heureux de dire que nous avons reçu suffisamment de contributions pour poursuivre cet effort crucial pendant une année supplémentaire. J'espère sincèrement que de nouvelles contributions seront annoncées pour que nous puissions atteindre l'objectif fixé. Je suis également très satisfait de voir que nos efforts pour mettre sur pied le Plan RASRO, qui contribuera indubitablement à sauver des réfugiés en détresse en mer, ont été couronnés de succès. Comme vous le savez, le thème du sauvetage en mer a figuré à l'ordre du jour de notre Sous-comité plénier sur la protection internationale depuis quelques années. C'est en fait parce que le Sous-comité s'intéresse directement et constamment à cette question que les deux Plans de sauvetage en mer ont été mis en oeuvre, le Plan DISERO à la fin de 1979 et le Plan RASRO le 1er mai 1985. J'aimerais exprimer ma gratitude à toutes les parties concernées.

Avant de me rendre à Hong Kong, j'ai passé presque une semaine en Chine, pays qui a accordé l'asile à 280 000 réfugiés du Viet Nam. A l'invitation du Gouvernement de la République populaire de Chine, j'ai eu des entretiens avec des hauts fonctionnaires à Pékin, puis J'ai visité l'île de Hainan et d'autres contrées de la Province de Guandong où un grand nombre de réfugiés se sont installés sur des fermes d'Etat. Ces derniers y vivent de façon paisible et productive et, si je peux me permettre d'ajouter, profitent pleinement des nouvelles politiques économiques de la Chine. Il est à regretter que davantage de pays dans cette région du monde n'aient pas été à même de suivre cette voie (déjà empruntée d'ailleurs dans plusieurs pays d'Afrique).

Le HCR a pu faire une contribution modeste à ces gros efforts du Gouvernement et du peuple chinois, en apportant son appui à des projets variés : écoles de formation professionnelle et projets d'approvisionnement en eau (pour ne mentionner que deux des exemples que J'ai pu voir lors de mon voyage) dont bénéficient les réfugiés ainsi que leurs hôtes chinois ; tous ces projets ont été mis en oeuvre avec une précision exemplaire. Nous prévoyons aujourd'hui de diminuer progressivement cette forme d'assistance de façon méthodique jusqu'à ce qu'un plan de 12 millions de dollars E.U. soit mis en oeuvre au cours des trois prochaines années. J'ai été très heureux de pouvoir signer à Beijing une lettre d'intention avec le Ministère des affaires intérieures, notre partenaire opérationnel à cet effet, sous réserve de l'approbation du Comité exécutif et de la disponibilité de fonds dans les années à venir. Cependant, je suis convaincu que le Comité me rejoindra pour estimer qu'une planification de ce type pourrait fort bien être reprise ailleurs.

Dans un sens, notre expérience en Chine est un bon exemple du lien entre l'assistance aux réfugiés et l'aide au développement. A cet égard, il convient de citer la mise en oeuvre couronnée de succès du projet conjoint de la Banque mondiale et du HCR au Pakistan qui, si je peux m'exprimer ainsi, ne porte seulement ses fruits, mais encore essaime ailleurs. Nous avons eu des entretiens approfondis à Washington, la semaine dernière, avec le vif encouragement de hauts fonctionnaires de la Banque sur la possibilité de lancer des projets similaires ailleurs, notamment en Afrique. Je ne peux que m'en féliciter et je ne manquerai pas de tenir le Comité exécutif informé des progrès accomplis dans ce domaine.

Je voudrais également rappeler qu'il y a seulement une année nous nous réunissions ici, au Palais des Nations, pour la CIARA II. J'espère vivement que le départ des plus prometteurs pris lors de cette Conférence, et les progrès accomplis depuis lors en matière de solutions à long terme pour les pays hôtes africains, ne sera pas remis en question en dépit de la situation d'urgence qui prévaut actuellement en Afrique. Le concept de la CIARA II reste d'une importance vitale pour la mise en oeuvre de solutions durables futures à l'intention des réfugiés sur ce continent, et ne doit donc pas être perdu de vue même s'il s'est révélé plus urgent ces derniers temps de sauver des vies humaines.

Enfin, Monsieur le Président, J'aimerais dire quelques mots au sujet de deux manifestations importantes organisées récemment à Genève, c'est-à-dire, la Table ronde sur les femmes réfugiées et les Consultations sur l'arrivée de personnes en quête d'asile et de réfugiés en Europe. La Table ronde a été, je le crois, très enrichissante tant par le niveau et la qualité de la participation que par la profondeur et le sérieux avec lesquels les problèmes spécifiques des femmes réfugiées ont été discutés. Je suis convaincu que cette Table ronde aura contribué à une prise de conscience plus aiguë du problème et aura conduit à une meilleure compréhension de cette question dans bien des milieux, tant au niveau gouvernemental qu'au niveau de l'opinion publique, et qu'elle suscitera une action concertée afin de protéger et d'aider les femmes réfugiées. C'est un prélude opportun à la prochaine conférence de Nairobi qui met un terme à la Décennie des femmes, Conférence où, je le sais, le thème des femmes réfugiées figure à l'ordre du jour. Le dernier numéro de notre magazine « Réfugiés » présente un rapport complet sur cette Table ronde.

En ce qui concerne les Consultations sur l'arrivée de personnes en quête d'asile et de réfugiés en Europe, permettez-moi, Monsieur le Président, de résumer brièvement ce que J'ai dit vendredi dernier dans mon intervention de clôture et permettez-moi d'en faire également la conclusion de mes remarques aujourd'hui.

Nous savions, dès le départ que ces Consultations ne constitueraient pas une panacée. On savait bien que, dans la situation complexe à laquelle nous sommes confrontés, il n'y a pas de remède miracle et pas de baguette magique. Mais nous savions aussi que dans cette situation, comme dans toutes les situations de réfugiés, il nous fallait oeuvrer ensemble. Le HCR a un rôle important à jouer et se tient prêt à l'assumer en tant que coordonnateur international des activités en faveur des réfugiés. Cependant, aucune solution pleinement satisfaisante ne pourra être trouvée si elle ne peut s'appuyer sur une volonté et une détermination de la part des gouvernements tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Europe. L'action du HCR ne peut se substituer à cette volonté. Je suis convaincu que cette résolution existe, ce qu'ont d'ailleurs confirmé les Consultations. Il a été encourageant de noter, par exemple, la ferme résolution des gouvernements européens de respecter les normes humanitaires définies dans les instruments internationaux relatifs aux réfugiés. Des difficultés ont cependant surgi en raison du nombre croissant de personnes arrivant en Europe qui ne répondent pas à ces définitions, mais qui quittent leur pays d'origine afin de fuir des troubles intérieurs graves ou des conflits armés. Il a été unanimement reconnu que ces personnes devaient être traitées de façon humaine et, en particulier, qu'elles ne devaient pas être renvoyées dans des régions où elles encourraient des risques.

Le fardeau spécial que les pays de premier asile doivent assumer en raison de l'arrivée d'un grand nombre de personnes en quête d'asile a été pleinement reconnu tout comme la nécessité constante d'une solidarité internationale et du partage des charges. On a également reconnu l'importance de se pencher sur les causes profondes des problèmes de réfugiés dans les enceintes appropriées des Nations Unies, soit dans l'action individuelle des Etats, soit sur une base multilatérale ou bilatérale.

Il a généralement été reconnu que les procédures d'asile devaient être accélérées dans toute la mesure du possible tout en maintenant des garanties essentielles conformes aux traditions d'asile bien établies des pays européens. Il a été admis que le problème consistant à identifier le pays responsable de l'examen d'une demande d'asile continue de soulever des difficultés pour les pays européens et aussi pour les réfugiés qui peuvent se trouver en orbite. On a estimé que l'initiative prise pour trouver une solution à ce problème au sein du Conseil de l'Europe devait être davantage explorée.

Enfin, on a une fois de plus souligné l'importance d'appeler l'attention du public sur la situation spécifique dans laquelle se trouvent les réfugiés et les personnes en quête d'asile par rapport à l'étranger ordinaire.

Je suis très heureux des discussions qui ont eu lieu lors de ces Consultations et je me réjouis des délibérations qui auront lieu sur le problème des mouvements irréguliers de personnes en quête d'asile lors du Sous-comité plénier sur la protection internationale qui se réunira à Genève en octobre prochain. Le problème des personnes en quête d'asile dont les pays européens ont débattu la semaine dernière touche également d'autres pays du monde et n'est qu'un élément du problème global des réfugiés.

Telles sont certaines des expériences et des préoccupations que je voulais partager avec vous aujourd'hui. Est-il encore besoin de rappeler que l'action du HCR ne saurait aboutir sans la compréhension et le soutien des membres du Comité exécutif.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.