Situation humanitaire des réfugiés et des demandeurs d'asile sur l'île de Manus - actualisation

Ce texte est une transcription des commentaires de Rico Salcedo, chargé de protection régional senior du HCR à Canberra - à qui toute citation peut être attribuée - lors du point de presse du 13 février 2018 au Palais des Nations à Genève.

Le centre régional d'examen des demandes d'asile sur l'île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo d'archives, novembre 2014.

Le centre régional d'examen des demandes d'asile sur l'île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo d'archives, novembre 2014.   © HCR/Vlad Sokhin

Je vous remercie de me donner l’opportunité de vous faire part des toutes dernières observations du HCR qui font suite à notre récente mission sur l’île de Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée).

Ce qui est ressorti de cette mission est un sentiment général de désespoir de plus en plus grave parmi les réfugiés et les demandeurs d’asile. J’ai constaté - et les personnes en ont témoigné - que beaucoup restaient à l’intérieur, ne sortaient pas, ne rencontraient personne et ne parlaient pas entre eux.

Ceux que vous voyez marcher ou échanger sont généralement abattus. Lors de nos discussions avec différentes personnes, nous percevons un sentiment de désolation.  Les personnes se raccrochent à l’espoir. Elles posent beaucoup de questions que nous, au HCR, avions déjà entendues et soulevées à maintes reprises : que va-t-il leur arriver ; quand cela va-t-il se terminer ; combien de temps devront-elles rester dans cette situation ? Ces questions sont particulièrement préoccupantes dans le contexte actuel où les services et les solutions futures hors de Papouasie-Nouvelle-Guinée demeurent insuffisants.

Alors que le transfert de réfugiés vers les Etats-Unis est en cours – ce dont nous nous félicitons - le fait de savoir que beaucoup d’autres restent sans aucune solution durable est pesant pour tous.

Plus de 3 000 réfugiés et demandeurs d’asile ont été transférés de force par l’Australie vers les installations « extraterritoriales de traitement des demandes d’asile » depuis 2013. Plus de 500 réfugiés et demandeurs d’asile vivent actuellement dans trois sites à Wards 1 et 2 sur l’île de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Il est apparu de nouveau évident lors de cette toute dernière visite, menée plus de 100 jours après la fermeture du soi-disant « Centre extraterritorial de traitement des demandes d’asile » de l’Australie, que le besoin de soutien en matière d’aide psychologique, de soins médicaux d’urgence et de conseils spécialisés pour les victimes de torture et de traumatisme demeurait critique et non satisfait. 

J’ai échangé avec un réfugié qui m’a fait part de son combat quotidien et des épreuves qu’il endurait. Il m’a dit à quel point il était inquiet à propos de certains de ses amis qui souffraient de dépression, qui songeaient à s’automutiler et de quelle manière il tentait de les soutenir. Il m’a aussi raconté à quel point il se sentait impuissant pour leur assurer un soutien certains jours car il ne parvenait pas lui-même à obtenir l’aide dont il avait besoin.

Les services fournis sur le site sont principalement assurés par des sous-traitants australiens. Le gouvernement australien n’assume plus aucun rôle de coordination sur l’île de Manus, ce qui diffère des dispositifs antérieurs dans l’ancien centre extraterritorial de traitement.

Le personnel du HCR a constaté un manque constant et continu de clarté concernant les rôles attribués aux sous-traitants pour les services spécifiques. Du fait de cette confusion permanente, il est difficile pour les réfugiés et demandeurs d’asile d’obtenir les services nécessaires et de comprendre si ces services sont même fournis. Cela souligne le manque de services d’accompagnement des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. C’est particulièrement important à ce stade car les plus vulnérables ne peuvent pas chercher une aide en dehors des lieux d’hébergement.

Comme nous l’avons déjà relevé, le centre de santé local, en particulier l’hôpital de Lorengal, dispose d’une capacité et de ressources très limitées pour aider les réfugiés et les demandeurs d’asile souffrant de problèmes graves de santé mentale.

Autre observation, la sécurité des réfugiés dans la communauté demeure une préoccupation majeure - selon des entretiens avec des réfugiés et des chefs des communautés.

Dans la communauté locale, alors qu’aucun couvre-feu n’est instauré, la police a conseillé à tous les réfugiés et demandeurs d’asile de rejoindre leurs hébergements à 18h chaque soir, afin de limiter les risques pour la sécurité, et de se déplacer en groupes et non seuls.

Nous ne saurions trop souligner que des solutions doivent être trouvées de toute urgence pour tous, hors de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Dans la mesure où l’Australie est l’Etat sollicité par ces réfugiés et demandeurs d’asile pour obtenir une protection internationale, ce pays reste en fin de compte responsable d’assurer leur bien-être et leur installation à long terme hors de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Le gouvernement australien doit assumer un rôle de coordination clair vis-à-vis des sous-traitants qu’il a choisis, et contrôler et fournir des services appropriés en réponse aux besoins qui augmentent et évoluent.

De toute évidence, il reste encore beaucoup à faire pour que la situation des réfugiés et des demandeurs d’asile sur l’île de Manus respecte les normes minimales applicables. Ces mesures essentielles ne représenteront toutefois qu’un palliatif jusqu’à ce que des solutions durables soient trouvées et leur soient proposées hors de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Merci.