Selon une nouvelle étude, l'insécurité, la crise économique, les abus et l'exploitation en Libye poussent les réfugiés et les migrants à fuir vers l'Europe

Un groupe de migrants et de réfugiés dérive à bord d'un canot pneumatique en mer Méditerranée, en novembre 2016. Ils ont été secourus par le Phoenix, un navire de l'ONG Migrant Offshore Aid Station (MOAS).   © HCR/Giuseppe Carotenuto

D’après une nouvelle étude du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, sur les flux mixtes de réfugiés et de migrants, la moitié environ des personnes qui se rendent en Libye pensent y trouver un emploi, mais finissent par fuir vers l’Europe pour échapper à une insécurité potentiellement mortelle, à l’instabilité, aux difficultés économiques ainsi qu’à l’exploitation et aux abus généralisés.

Les ressortissants étrangers rejoignent la Libye dans le contexte de flux migratoires mixtes où des personnes d’origines et de motivations différentes empruntent les mêmes itinéraires, souvent avec l’aide de passeurs et de gangs criminels sans scrupules. Ce sont à la fois des réfugiés, des demandeurs d’asile, des migrants économiques, des mineurs non accompagnés, des migrants environnementaux, des victimes de la traite d’êtres humains et des migrants bloqués dans le pays, entre autres. 

Les dernières années ont été marquées par une augmentation du nombre de personnes qui rejoignent le sud de l’Europe en traversant la Méditerranée depuis l’Afrique du Nord. Tout indique que cette tendance risque de perdurer. Les réfugiés et les migrants empruntent principalement trois itinéraires pour se rendre en Europe - la Méditerranée occidentale, la Méditerranée centrale ou la Méditerranée orientale - la Libye étant aujourd'hui la plus fréquente et aussi la plus meurtrière.

Selon l’étude réalisée pour le compte du HCR, une évolution du profil et de la nationalité des personnes arrivées en Libye depuis quelques années, en particulier un net recul des personnes originaires d’Afrique de l’Est et une augmentation de celles venant d’Afrique de l’Ouest qui représentent maintenant bien plus de la moitié de l’ensemble des nouveaux arrivants en Europe qui ont traversé la Méditerranée centrale depuis la Libye vers l’Italie (plus de 100 000 arrivants en 2016). 

Selon cette étude, les réfugiés et les migrants en Libye sont majoritairement de jeunes hommes (80 %) de 22 ans en moyenne qui voyagent seuls (72 %). Les femmes font le voyage vers l’Europe sur un temps généralement plus bref et nombre d’entre elles, surtout celles originaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, sont victimes de la traite. Les jeunes non accompagnés, séparés de leurs familles et voyageant seuls sont plus nombreux et représentant aujourd'hui environ 14 % de l’ensemble des nouveaux arrivants en Europe via la Méditerranée centrale. Ils viennent principalement d’Érythrée, de Gambie et du Nigéria.

Les réfugiés et les migrants en Libye sont généralement peu éduqués, 49 % d’entre eux n’ayant pas ou peu d’éducation formelle et seulement 16 % ont suivi une formation professionnelle ou des études supérieures. Bien que d’origines diverses, ils peuvent être regroupés en quatre catégories :

Les ressortissants de pays voisins (Niger, Tchad, Soudan, Égypte et Tunisie). La plupart disent avoir entrepris le voyage vers la Libye pour des raisons économiques et nombre d’entre eux alimentent les flux de migrations saisonnières, circulaires ou répétitives. 

Les ressortissants de pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, principalement Nigéria, Guinée, Côte d’Ivoire, Gambie, Sénégal, Ghana, Mali et Cameroun. Ils se disent surtout motivés par leur situation économique. Certains ont été victimes de la traite, en particuliers les Nigérianes et les Camerounaises, et certaines pourraient avoir besoin d’une protection internationale.

Les ressortissants de pays d’Afrique de l’Est (Érythrée, Somalie, Éthiopie et Soudan). Ils invoquent différentes raisons pour justifier leur départ, notamment les persécutions politiques, les conflits et la pauvreté dans leur pays d’origine. 

Les individus d’autres régions : Syriens, Palestiniens, Iraquiens, Marocains, Bangladais et autres. Certains fuient les conflits et la violence tandis que d’autres sont en quête de moyens d’existence.

L’étude examine les dynamiques changeantes et les défis en matière de protection des personnes qui constituent ces flux migratoires mixtes vers et depuis la Libye ainsi que l’évolution des tendances migratoires, des réseaux de passeurs et des routes de migration. Elle dresse également la cartographie des communautés de réfugiés et de migrants, avec un intérêt particulier pour la situation dans le sud du pays.

Outre l’emplacement stratégique de la Libye, les conflits et l’instabilité au sein du pays contribuent à créer un climat propice à l’essor des réseaux de passeurs et de criminels. Parallèlement, l’effondrement du système juridique et le climat d’impunité régnant dans le pays ont conduit de nombreux groupes armés, des gangs criminels et des malfaiteurs à exploiter les réfugiés et les migrants et à abuser d’eux. 

L’étude a été réalisée à la demande du HCR par Altai Consulting, un bureau d’études spécialisé dans la recherche, le suivi et l’évaluation de la situation des États fragiles, en collaboration avec IMPACT Initiatives, un groupe de réflexion genevois qui apprécie, suit et évalue les programmes d’aide. Les conclusions du rapport sont principalement fondées sur des données qualitatives – dont des entretiens avec des réfugiés et des migrants – recueillies d’octobre à décembre 2016 en Libye, en Algérie, au Tchad, en Italie, au Niger et en Tunisie.

Le HCR compte étendre ses activités en Libye afin de répondre aux besoins croissants d’aide humanitaire et de protection des réfugiés, des demandeurs d’asile et des Libyens victimes du conflit en cours. Il a récemment lancé un appel de fonds de 75,5 millions de dollars pour renforcer la protection, le suivi et les interventions en Libye et financer son action de plaidoyer pour le respect des droits humains, l’accès aux services élémentaires, les procédures d’asile et la liberté de mouvement. Par ailleurs, le HCR multiplie ses interventions en Libye et dans les pays voisins pour proposer des solutions durables et mettre en place des voies légales pour éviter aux réfugiés et aux demandeurs d’asile d’entreprendre de périlleuses traversées vers la Libye et l’Europe via la Méditerranée centrale.


Lien vers le rapport: http://www.altaiconsulting.com/insights/mixed-migration-trends-libya-changing-dynamics-protection-challenges/

 

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