L'Australie ne devrait pas contraindre des personnes vulnérables à retourner vers le danger

Déclaration de la Représentation régionale du HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, à Canberra

L'annonce par le Gouvernement australien de la modification du statut juridique des réfugiés et des demandeurs d'asile et de la cessation du soutien qui leur est accordé est une tentative flagrante de contraindre les plus vulnérables d’entre eux à repartir vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Nauru ou leurs pays d'origine. La cessation de l'aide au logement et de l'assistance financière expose ces personnes à un grave risque de destitution sur le territoire australien. En outre, l'interruption de l'accès à des services élémentaires tels que la prise en charge psychologique des personnes traumatisées et torturées ne manquera pas d'exacerber leur situation déjà précaire.

Environ 400 réfugiés et demandeurs d'asile sont toujours en détention dans des centres communautaires vers lesquels ils ont été transférés depuis la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Nauru en raison de graves problèmes médicaux et de craintes pour leur protection. En opérant ces transferts, le Gouvernement australien a implicitement reconnu que les conditions dans ces deux pays sont inacceptables.

Les autorités n'ont pas accordé le droit de travailler à ces réfugiés et demandeurs d'asile. La plupart avaient besoin de soins médicaux lorsqu'ils ont été ramenés en Australie. Il est injuste et déraisonnable de déclarer tout d'un coup que ces mêmes personnes devraient immédiatement se prendre en charge financièrement.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée et Nauru ne sont pas des pays adaptés à la réinstallation des réfugiés et demandeurs d'asile que l'Australie y a expédiés. Le HCR n'a pas cessé de souligner l'impossibilité de l’intégration locale, y compris à titre temporaire, de la grande majorité des réfugiés et demandeurs d'asile, sans compter les craintes pour leur sécurité physique. Des experts médicaux ont déclaré à maintes reprises que ces personnes nécessitaient des soins médicaux et des services psychologiques qui ne sont disponibles ni en Papouasie-Nouvelle-Guinée, ni à Nauru.

Les demandes de protection internationale de la majorité des demandeurs d'asile transférés de ces deux pays vers l'Australie n'ont toujours pas été instruites après plus de quatre ans. En attendant qu'il soit statué sur leurs demandes d'asile, ces personnes ne devraient pas être renvoyées dans leurs pays d'origine. Le rapatriement n'est pas une solution envisageable pour ceux qui craignent des persécutions ou des atteintes graves à leur existence.

En tant que signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, l'Australie demeure responsable de ceux qui ont sollicité sa protection. À ce titre, elle est tenue d'examiner leurs demandes de protection internationale équitablement et efficacement et de garantir aux réfugiés et demandeurs d'asile un niveau de vie minimum, dans des conditions d'humanité et de dignité.

Ceux qui ont le plus gravement souffert des conditions inhumaines en Papouasie-Nouvelle-Guinée et à Nauru doivent être traités avec attention et compassion. Les réfugiés et demandeurs d'asiles qui ont été transférés en Australie, comme tous les réfugiés et demandeurs d'asile, devraient bénéficier d'une assistance suffisante et se voir offrir des perspectives durables et hautement nécessaires hors de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Nauru.

Contexte

Depuis que l'Australie a adopté ses dispositions de « traitement extraterritorial » visant à transférer de force les réfugiés et les demandeurs d'asile à Nauru et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, elle a rapatrié sur son territoire des individus présentant des risques de protection et de graves problèmes médicaux qui ne pouvaient être traités dans ces pays. À l'heure actuelle, environ 400 personnes sont toujours détenues dans des centres communautaires depuis leur retour de Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Nauru. Le 29 août 2017, environ 70 de ces individus hautement vulnérables ont été informés par le Département de l'immigration et de la protection des frontières qu'ils se verraient délivrer un « Visa E de transition avant départ définitif » (Final Departure Bridging Visa E).

Les réfugiés et demandeurs d'asile titulaires de ce visa d'une durée de six mois sont autorisés à travailler. S'ils ont plus de 18 ans, ils ne peuvent étudier ou suivre des cours de formation. En outre, les allocations de 200 AUD qui leur sont versées chaque quinzaine prendront fin dès la date de délivrance du visa et les logements subventionnés dont ils bénéficient leur seront repris trois semaines après. Ils continueront de bénéficier de Medicare, la couverture médicale nationale, mais l'accès à d'autres services, notamment la prise en charge psychologique des personnes traumatisées et torturées, sera interrompu. Dans un premier temps, le visa a été délivré à des réfugiés et demandeurs d'asile adultes, actuellement en détention dans les centres communautaires et non accompagnés par leurs familles. Quatre cents personnes sont potentiellement concernées, dont des familles et plus d'une centaine d'enfants. En majorité, les réfugiés et demandeurs d'asile concernés seraient des Iraniens, des Syriens, des Afghans, des ressortissants de Sri Lanka et des apatrides.

Des solutions à long terme doivent être trouvées pour toutes les personnes que l'Australie a transférées vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Nauru depuis 2013. Les réfugiés qui sollicitent une réinstallation au titre de l'accord bilatéral Australie-États-Unis ne devraient pas se voir imposer un retour vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou Nauru respectivement comme condition préalable à l'examen de leur demande.

Le Bureau national australien d'audit a confirmé que le séjour des réfugiés et demandeurs d'asile dans des installations de traitement offshore coûte environ 15 fois plus que de les héberger dans des centres communautaires de détention en Australie.


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