Une décennie après le génocide, les Rwandais retournent chez eux pour la réconciliation et la reconstruction nationales

Des rapatriés de l'Ouganda dans un centre de transit à Buymba, au Nord du Rwanda.  © HCR/A.Ngarambe

BYUMBA, Rwanda, 7 avril 2004 (UNHCR) - Jusqu'à présent cette année, des milliers de réfugiés sont retournés au Rwanda pour se réconcilier sur le passé et reconstruire leur maison, et ceci une décennie après le génocide et la guerre civile qui ont tué environ 800 000 de leurs compatriotes et ont forcé des millions d'autres à fuir le Rwanda.

Mercredi, partout dans le monde, le personnel des Nations unies a observé une minute de silence pour marquer la Journée internationale de réflexion sur le génocide de 1994 au Rwanda.

Les cent jours de violence contre les Tutsis et les opposants hutus se sont déclenchés après le crash de l'avion qui transportait le Président rwandais Juvénal Habyarimana et le Président burundais le 6 avril 1994.

Pendant les dix années qui ont suivi, des centaines de milliers de réfugiés rwandais sont retournés chez eux ; nombre d'entre eux ont bénéficié de l'aide de l'UNHCR. L'Agence pour les réfugiés a organisé plus de 22 700 retours en 2003 et projette d'assister 40 000 des 60 000 réfugiés rwandais vivant toujours dans les pays voisins à revenir cette année dans leur pays.

Cela inclut notamment 18 000 personnes vivant actuellement en Ouganda. La semaine dernière, trois convois transportant 974 personnes depuis les campements de réfugiés de Navikale, Oruchinga et Kyaka en Ouganda ont gagné le centre d'accueil de l'UNHCR à Byumba au Nord du Rwanda.

Ces convois suivent les mouvements de rapatriement volontaire qui se sont déroulés en janvier, lorsque l'UNHCR a rapatrié 1 100 personnes depuis l'Ouganda. Un autre groupe de 1 000 personnes a également fait la demande de rapatriement.

Chacun des rapatriés est enregistré à son arrivée à Byumba et transporté ensuite vers sa région d'origine.

Parmi les réfugiés qui projettent de quitter le campement de réfugiés d'Oruchinga en Ouganda, se trouve Zakilina Batamuriza, âgée de 16 ans au moment du génocide. Elle a construit une maison à Oruchinga, elle a aussi épousé un Rwandais avec lequel elle a désormais un bébé.

Batamuriza, une Hutu, n'a aucune nouvelle de sa famille ; une famille qu'elle a quittée lorsque son village a sombré dans la violence il y a dix ans. Elle désire cependant retourner chez elle désormais. « J'irai vivre n'importe où au Rwanda, tant que le pays est en paix », raconte-t-elle.

Un autre exilé, qui est déjà passé par le camp de transit de Byumba, est Jean Bosco Bigirimana, âgé de 10 ans seulement au moment du génocide. Quinze membres de sa famille proche ont disparu ou ont été tués durant le génocide.

Quand il est récemment retourné dans son village, il a trouvé deux autres familles qui vivaient sur ses terres. Le gouvernement local a ordonné à ces deux familles de redonner à Jean et aux siens un tiers de leur ancienne propriété. Il est allé en Ouganda pour annoncer l'heureuse nouvelle, sa famille a alors choisi de retourner chez elle et de cultiver cette terre.

Dans toute la région, d'autres réfugiés rwandais quittent les campements et retournent au pays ; certains même sortent de la forêt et viennent voir l'UNHCR afin que l'Agence les aide à retourner dans leur patrie qu'ils n'ont pas vue depuis une décennie.

Plus de 2 200 personnes sont sorties des forêts denses de la République Démocratique du Congo (RDC) dans les premières six semaines de cette année. Ils se sont déjà fait enregistrer à l'un des 17 points de ramassage ; ils ont reçu un traitement médical et une aide alimentaire avant d'être transférés à Goma ou Bukavu. De là, ils sont ensuite partis vers les centres d'accueil dans les villes voisines de Gisenyi et Cyangugu, à partir desquelles ils sont renvoyés chez eux.

« Des convois avec les rapatriés arrivent au centre de transit de Nkamira », rapporte Janvier Nijiruyukinga, un officier-assistant à Giyseni. « Là, nous enregistrons les civils, leur distribuons de la nourriture, des bâches plastiques, des nécessaires de cuisine, des couvertures et des jerrycans. A partir de là, les rapatriés sont transférés vers leur lieu d'origine sous les 48 heures ».

Tous les réfugiés rwandais présents dans la région ne souhaitent pas rentrer dans l'immédiat. Après être parti de Tanzanie, Gideon Matabaro est arrivé en Ouganda en 1996. Il est encore amer vis-à-vis des hommes encore au Rwanda dont il raconte qu'ils ont tué sa famille et volé les terres de son père. Il est persuadé qu'il ne sera pas en sécurité au Rwanda.

Impatient de voir revenir les exilés, le gouvernement rwandais a signé l'an dernier des accords de rapatriement avec le Malawi, le Mozambique, la Namibie, la République Démocratique du Congo, l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe, en plus des accords déjà conclus avec le Burundi, la République Centrafricaine et la Tanzanie.