Des réfugiés de l'enclave angolaise du Cabinda prudents sur leur retour éventuel

La délégation des réfugiés discute des conditions de retour chez soi avec des habitants de la commune de Miconge dans la région angolaise de Cabinda.  © HCR/T.Vargas

LUANDA, Angola, 7 mars 2005 (UNHCR) - Des représentants des réfugiés, ayant fui l'enclave pétrolifère du Cabinda durant le long conflit séparatiste, sont récemment rentrés d'un voyage pour évaluer les conditions d'un retour éventuel. Mais, après une visite de trois jours dans trois municipalités, les représentants ont indiqué leur réticence à rentrer chez eux à moins que les conditions ne s'améliorent. Maintenant, ils sont retournés en RDC pour raconter à leurs semblables ce qu'ils ont vu.

Cette visite « aller et voir » de six représentants réfugiés fin février dernier était la première du genre au Cabinda, une région angolaise riche en pétrole séparée du reste du pays par une bande de territoire congolais et engluée dans un conflit de 27 longues années entre le gouvernement et la rébellion séparatiste.

Depuis la signature des accords de paix en avril 2002, mettant fin à la guerre civile en Angola, plus de 310 000 réfugiés angolais sont rentrés chez eux vers le territoire principal depuis les pays environnants. Mais, en raison d'un conflit séparatiste, seul un nombre limité est rentré au Cabinda, laissant au Congo quelque 1 750 réfugiés angolais de l'enclave et un nombre similaire en RDC. Beaucoup d'entre eux ont vécu hors du Cabinda depuis les années 1970, lorsque les troupes séparatistes ont semé le trouble dans l'enclave.

Après avoir visité les municipalités où un retour était envisageable à Dingo, Buco Zau et Belize avec du personnel de l'Agence des Nations Unies pour les Réfugiés et des représentants de haut niveau des deux gouvernements, les représentants de réfugiés de trois communautés au Congo ont indiqué qu'ils étaient préoccupés par la présence militaire angolaise importante et le manque d'infrastructure. Ils ont également indiqué qu'il y avait bien plus à faire avant d'envisager de rentrer chez eux.

Une femme réfugiée a indiqué que « on a vu surtout des troupes, des troupes et des troupes ! ». Les autorités ont expliqué que ces troupes, originaires de nombreux pays étrangers, étaient là pour établir et assurer la sécurité de tous les citoyens. La même réfugiée a répondu que le groupe de visiteurs avait déjà conclu que la paix n'était pas revenue. « S'il y avait la paix, nous pourrions rentrer demain. Mais pour le moment, nous aurions à errer de village en village, à la recherche de paix, et nous en avons assez ». Un autre réfugié a dit avoir vu que « nous pouvons vivre dans les villes mais nous ne pouvons toujours pas vivre dans des villages ».

Etant donnée la précarité de la sécurité, l'UNHCR n'encourage pas le rapatriement au Cabinda, mais la visite est perçue comme une première étape pour revoir la politique actuelle. Le gouvernement de la province du Cabinda est enclin à voir les réfugiés rentrer en plus grand nombre que précédemment, a informé les réfugiés visiteurs sur les efforts socio-économiques de réhabilitation de l'enclave et a réitéré son appui pour une plus grande opération de rapatriement avec l'assistance de l'UNHCR. Les autorités du Cabinda ont déjà identifié le futur centre d'accueil à quelque 40 km de la ville du Cabinda, la capitale de la province.

En 2002, quelque 7 000 réfugiés sont rentrés au Cabinda, beaucoup avec l'assistance de l'UNHCR. Mais l'Agence des Réfugiés n'organise pas et n'encourage pas à ce stade le rapatriement, et n'a pas une présence permanente au Cabinda. En 2001, l'UNHCR a assisté quelque 800 Angolais au Congo pour un convoi de retour.

La récente visite des représentants de réfugiés du Congo a été organisée suite aux recommandations de la Réunion de la Commission Tripartite, qui inclut les gouvernements angolais et le Congo ainsi que l'UNHCR.

Actuellement, quelque 133 000 Angolais réfugiés sont toujours en exil dans les pays voisins, avec près de la moitié des retours prévus en Angola en 2005, dernière année du programme de rapatriement volontaire de l'UNHCR.