Un nouveau rôle pour le HCR : protéger les personnes déplacées par la guerre civile en Ouganda

En élargissant son rôle premier de protection des réfugiés, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés lance un projet pilote dans trois pays d'Afrique pour un nouvel engagement en faveur des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. L'Ouganda sera parmi les premiers à en bénéficier. Ce pays compte un million et demi de personnes déplacées à cause des rebelles appartenant à la violente Armée de résistance du Seigneur.

Déplacée interne à cause de la LRA (Armée de résistance du Seigneur), Grace travaille encore dans sa ferme pendant la journée. Le soir, elle retourne néanmoins dormir dans un camp de déplacés. Elle s'y sent davantage en sécurité en cas d'attaques et il y a moins de chance que ses enfants soient kidnappés.  © HCR/R.Russo

LIRA, OUGANDA, 22 mai (UNHCR) - Grace, 52 ans, veuve et mère de 10 enfants, fait partie du million et demi de personnes déplacées ougandaises, chassées de leur maison, dans un des conflits les plus négligés au monde.

Depuis 1987, dans les villages, les camps, les commerces et les rues, la violente Armée de résistance du Seigneur attaque les civils ougandais. Elle tue, harcèle, viole et - signe particulier de ce mouvement - enlève les enfants. La stratégie de riposte du gouvernement ougandais contre la LRA a également fait fuir les habitants des villages vers des camps pour personnes déplacées internes (DI). Ces personnes y vivent sans assistance humanitaire adaptée et ne jouissent que d'une liberté restreinte.

« En 2001, j'ai perdu mon mari et maintenant je dois élever seule mes dix enfants », raconte Grace dans le camp de Lira où elle vit, au nord de l'Ouganda. « Les frais de scolarité sont très élevés et il m'est difficile de les payer. Mais je travaille dur car je veux vraiment que mes enfants fassent des études. Ce sont eux qui changeront les choses en Ouganda, un jour ».

Grace a plus de chance que tant d'autres, car elle possède encore un lopin de terre qu'elle cultive. Chaque jour elle quitte le camp pour aller s'occuper de sa ferme, qui constitue sa seule source de revenu. Le soir, elle rentre dormir au camp de personnes déplacées où elle se sent un peu plus en sécurité quant aux exactions de la LRA qui, la nuit, peut attaquer sa ferme, enlever ses enfants et lui voler ses biens.

En élargissant son rôle traditionnel de protection et aide aux réfugiés (des personnes qui fuient les persécutions et traversent les frontières internationales), l'UNHCR, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, assiste maintenant des personnes déplacées en Ouganda. Par exemple, l'UNHCR travaille avec le gouvernement ougandais pour permettre aux personnes comme Grace de bénéficier d'une plus grande liberté de mouvement et pour aider les personnes déplacées à retourner chez elles.

« Trop souvent, par le passé, les problèmes des personnes déplacées n'ont pas été abordés », a déclaré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, lors de l'annonce à la fin de 2005, du nouvel engagement de l'agence en faveur des personnes déplacées.

« Les déplacés font maintenant partie intégrante des activités globales de l'UNHCR », a-t-il dit. L'Ouganda est l'un des trois pays pilote en Afrique (les deux autres sont la République démocratique du Congo et le Libéria) où l'UNHCR mènera les activités des Nations Unies en faveur des personnes déplacées. L'UNHCR est responsable de la protection et de la gestion des camps au sein de l'équipe des Nations Unies dans le pays. L'agence pour les réfugiés doit développer des stratégies et coordonner le travail des autres agences et des organisations non gouvernementales.

« En Ouganda, l'UNHCR a deux principaux objectifs pour la protection des déplacés internes », indique Cynthia Burns, déléguée de l'UNHCR en Ouganda. « D'une part, l'agence assiste, dans le cadre de l'opération prévue, le retour volontaire et durable pour les personnes déplacées dans leur village d'origine. D'autre part, l'UNHCR va améliorer ses activités de protection et de d'aide dans les camps où les déplacés vivent. »

D'une extrême pauvreté, les camps surchargés de déplacés dans le nord de l'Ouganda abritent quelque 1,5 million de personnes qui ont fui l'une des conflits les plus anciens et les plus violents en Afrique, une guerre civile entamée par la LRA (Armée de résistance du Seigneur), la guérilla menée par le mystérieux Joseph Kony. Ce dernier, un medium spirituel autoproclamé, agit selon une vague stratégie politique et veut créer un Etat selon sa propre interprétation de la Bible.

Le sceau de sa terreur affecte en premier lieu les enfants. Ils sont forcés de tuer leurs propres parents pour n'avoir aucun lieu où revenir. Les organisations internationales pour les droits humains ont estimé que la LRA, qui comprend aujourd'hui probablement 2 000 combattants, a kidnappé 30 000 enfants depuis 1987 pour les utiliser comme enfants soldat ou comme esclaves sexuels. Environ 12 000 personnes sont mortes pendant les combats, ainsi que de maladies et de malnutrition engendrées par cette situation.

Un autre groupe de 30 000 à 40 000 enfants, appelés les « night commuters », marchent de très longues distances chaque soir depuis les camps de déplacés pour dormir dans une relative sécurité dans les rues des villes plus importantes comme Gulu et éviter d'être kidnappés durant la nuit.

Les atrocités commises par la LRA à l'encontre des enfants ont été condamnées par le Conseil de sécurité des Nations Unies en avril 2004. Joseph Kony et les autres chefs de la LRA font l'objet de mandats d'arrêt lancés par le Tribunal criminel international.

Alors que la fin de la rébellion reste la seule garantie d'une vie en paix pour les 1,5 millions de déplacés, l'UNHCR prévoit de travailler avec le gouvernement ougandais pour essayer d'alléger leurs souffrances.

« De nombreux déplacés sont déjà en train de se préparer à rentrer chez eux dans les villages qui semblent en sécurité », a indiqué Cynthia Burns. « L'UNHCR et le PNUD évaluent actuellement les conditions que rencontrent les populations de retour pour définir comment les aider lors des difficultés des quelques premiers mois quand ils rentrent dans leur maison détruite, les champs laissés à l'abandon et avec un faible soutien social. »

« A ce jour », a ajouté Cynthia Burns, « les gens sont enthousiastes quant à leur retour, mais ils ont encore peur des activités futures de la LRA. La plupart des gens veulent rentrer vers leurs terres et nourrir leurs familles, mais leurs craintes restent fortes. »

Par Roberta Russo à Kampala