Questions/Réponses : les photos peuvent dire bien plus que des mots

Chargée de l'information à l'UNHCR, Hélène Caux a photographié des réfugiés et des personnes déplacées dans les Balkans, en Afrique de l'Ouest, au Tchad et dans la région du Darfour au Soudan. Ses photos ont été exposées à Washington, Berlin, Los Angeles, New York et dans d'autres villes. Voici quelques extraits de l'interview accordée aux rédacteurs des sites Internet de l'UNHCR, Haude Morel et Leo Dobbs.

Des jeunes filles collectent du bois dans le village d'Habile au Tchad, qui a été attaqué et brûlé en décembre 2006.  © HCR/H.Caux

GENEVE, 20 avril (UNHCR) - Chargée de l'information à l'UNHCR, Hélène Caux a photographié des réfugiés et des personnes déplacées dans les Balkans, en Afrique de l'Ouest, au Tchad, dans la région du Darfour au Soudan. Voici quelques extraits de l'interview accordée aux rédacteurs des sites Internet de l'UNHCR, Haude Morel et Leo Dobbs :

Comment trouvez-vous l'équilibre entre les droits des réfugiés et le besoin de témoigner de leur détresse ?

Je ne fais qu'enregistrer ce que je vois. Je ne cache jamais que je suis photographe. Si les gens ne veulent pas que je prenne des photos, ils me le font comprendre aisément. J'ai été rarement confrontée à des refus. Je crois que, dans ces circonstances, les gens sont très liés à vous. Avec sensibilité et respect, vous devenez une partie de leur univers, de leur vie quotidienne et il devient facile de bouger et documenter visuellement leur vie. Les gens savent que vous êtes en train d'enregistrer ce qu'il leur arrive, leurs souffrances, leurs histoires.

Les photos sont-elles importantes pour une organisation comme l'UNHCR ?

Les photos sont essentielles. Les donateurs préfèrent voir des images dans un livre ou une exposition plutôt que de lire des pages de description des activités de l'UNHCR. Nous faisons des choses concrètes : nous transférons des gens depuis les frontières vers les camps par bateau, par avion, par camion, nous acheminons l'aide.... Nous voyons la souffrance, la joie, des gens qui reconstruisent leur vie. Je crois que tout cela doit être documenté visuellement.

Comment avez-vous commencé à faire de la photographie ?

C'est probablement grâce à mon père. J'ai reçu mon premier petit Instamatic lorsque j'avais onze ans. A seize ans, mon père m'a offert un Canon A1, je pouvais changer les objectifs et voir la vie sous des angles différents. J'ai été journaliste à la radio pendant sept ans et, chaque fois que je partais en mission, je prenais aussi des photos. Beaucoup de photographes ne disposent que d'un budget limité et ne peuvent rester que peu de temps sur le terrain. Moi, je voulais prendre du temps pour comprendre, appuyer sur le bouton et écrire. J'ai pu le faire avec l'UNHCR.

Quels sont les photographes qui vous ont influencée ?

Le premier serait Henri Cartier-Bresson. J'étais très impressionnée par sa rigueur dans la composition. Plus tard, je me suis tournée vers des photographes plus « engagés », des gens qui font plus que de la photo. La photo et les droits humains sont très complémentaires. Personnellement, je ne voudrais pas être uniquement photographe, ou uniquement travailleur humanitaire. Pour moi, les deux domaines sont liés.

A quel moment vos photos ont-elles été utilisées pour la première fois ?

Je pense que le moment le plus important pour moi a été au Kosovo, quand j'étais chargée de l'information de masse pour l'UNHCR. J'ai proposé de réunir mes photos et celles d'autres photographes dans un livre, « A Journey Home », sur le défi humanitaire au Kosovo, un projet sur lequel j'ai ensuite travaillé durant un an et demi. En février 2001, une exposition a été organisée à Pristina à l'occasion de la publication du livre. Un autre moment-clé a été une exposition de photos intitulée « Surviving Darfur », qui s'est tenue au National Geographic Museum de Washington en 2005, pour célébrer la Journée mondiale du réfugié.

A mon sens, la photographie, ce n'est pas seulement regrouper des images pour une exposition, faire un livre ou publier des photos. Je suis profondément convaincue qu'une photo ne doit pas seulement être belle, il faut savoir ce qu'on peut faire avec les photos. Pour moi, une cause humanitaire est nécessaire, une cause en faveur des droits de l'homme. Avant j'étais journaliste à la radio, puis la photo est devenue plus importante ; j'ai simplement changé d'outil. Les photos sont extrêmement puissantes et peuvent dire bien plus que les mots.

Vos photos ont été montrées à Berlin, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

A New York, un conservateur a réuni huit photographes internationaux qui ont fait des reportages sur le Darfour et le Tchad pour sensibiliser le grand public et influencer les politiciens. Ce projet faisait partie d'une campagne d'une semaine sur le Darfour, organisée par le Jewish Museum de Berlin en mars dernier. Les photos étaient projetées sur trois écrans géants ; la taille des photos est vraiment impressionnante, cela peut avoir un impact réel sur les gens par rapport à ce qui se passe au Darfour. Cette exposition a déjà eu lieu au Holocaust Memorial Museum de Washington DC, au Hammer Museum de Los Angeles, à la George Eastman House de Rochester, à New York, et bien sûr au Jewish Museum de Berlin. C'est important que cette exposition soit vue en Europe ; j'aimerais qu'elle puisse être organisée en Europe de l'Est et, pourquoi pas, en Afrique et au Moyen Orient.

Y a-t-il eu une situation que vous ayez trouvée émouvante, mais difficile à photographier ?

Il y a deux ans, j'étais dans un camp au Darfour de l'Ouest et je voulais écrire sur ces femmes qui se faisaient attaquer tous les jours, lorsqu'elles allaient chercher de l'eau ou ramasser du bois. L'une d'entre elles se trouvait dans un camp de déplacés ; son village avait été attaqué par des milices janjawid et elle avait subi un viol collectif. Elle a ensuite donné naissance à des jumeaux. Non seulement elle devait vivre avec le traumatisme du viol, mais aussi elle subissait l'exclusion de la part de sa communauté. Je me suis demandée comment j'allais pouvoir prendre des photos de cette femme qui avait eu deux bébés janjawid - c'est ainsi qu'elle les appelait - car bien sûr on veut raconter l'histoire, mais il faut aussi protéger l'identité des personnes. A la fin, j'ai pris plusieurs photos qui ne montraient pas complètement son visage, et les visages de ses jumeaux n'étaient pas reconnaissables non plus. La photographie peut être extrêmement dangereuse pour les gens, mais en même temps il faut témoigner de leurs expériences dramatiques.