Pakistan : la situation s'enlise

Les inondations – ayant déjà déplacé des millions de personnes - bloquent également la livraison de matériel d'aide humanitaire aux plus nécessiteux.

Des Pakistanais progressent dans des conditions difficiles sur une route inondée de Risalpur, district de Nowshera, Province frontière du Nord-Ouest.  © Reuters/Adrees Latif

ISLAMABAD, Pakistan, 10 août (HCR) – Les inondations au Pakistan mettent à rude épreuve la capacité du pays pour la réponse aux situations d'urgence ainsi que celle du HCR, d'autres organisations des Nations Unies et agences humanitaires internationales.

« La situation est l'une des plus difficiles auxquelles nous ayons jamais été confrontés », a expliqué Mengesha Kebede, le délégué du HCR au Pakistan. « Nous sommes en pleine catastrophe, les personnes nécessitant une aide d'urgence sont partout, des routes sont bloquées, et même lorsque nous livrons des tentes, certaines personnes n'ont pas de terrain sec où les monter. »

Des milliers de villes et villages localisés dans des plaines d'inondation n'ont jamais vu une crue de cette ampleur depuis des générations. Selon la Commission fédérale des inondations, le nombre de maisons détruites ou endommagées à travers le pays s'élève à plus de 300 000, plus de 14 000 têtes de bétail ont été perdues et 2,6 millions d'acres (soit un million d'hectares) de terres cultivables sont sous l'eau. A ce jour, le nombre de personnes ayant trouvé la mort s'élève à 1 600. Des millions de Pakistanais et de réfugiés afghans ont été affectés par les inondations.

Le principal travail du HCR pour l'aide humanitaire s'effectue dans le nord du pays où les inondations sont les plus sévères. Normalement notre travail sur place concerne les réfugiés afghans et les déplacés pakistanais du fait du conflit, mais, dans ce cas particulier, nous travaillons indifféremment au bénéfice de toutes les communautés affectées, qu'elles soient pakistanaises ou afghanes.

Les routes principales sont bloquées et, dans plusieurs localités, nous sommes onfrontés à des conditions sécuritaires dégradées, ce qui rend difficile pour le personnel de se déplacer librement. Les 29 ponts de la vallée de Swat ont été emportés par exemple. Le mauvais temps persistant a cloué au sol les hélicoptères affrétés pour les ponts aériens dans la région. Une quantité limitée de biens de secours a été distribuée à dos d'âne ou à pied. Lorsque nous livrons des tentes, il y a très peu de terrain sec situé au-dessus de la plaine d'inondation où nous pouvons les monter.

Même si notre présence au Pakistan – établie il y a plus de 32 ans dans les provinces de Khyber Pashtunkhwa et du Baloutchistan – présente des avantages, répondre aux exigences de cette crise est un défi énorme.

Dans la province du Baloutchistan, par exemple, nos stocks sont pratiquement épuisés. Des rotations de camions depuis Peshawar, Karachi et Lahore transportant des chargements supplémentaires de tentes et d'autres biens de secours ont été annulées, pour certaines depuis plus d'une semaine, à cause des routes inondées impraticables.

Dans certaines zones de la vallée de Swat dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, la région montagneuse située au nord du Pakistan, des glissements de terrain et des ponts détruits ont complètement isolé des milliers de personnes dans le besoin.

« Parmi les personnes prises dans les inondations, on compte de nombreux fermiers et également des réfugiés afghans vivant dans les plaines d'inondation », a indiqué Mengesha Kebede. « Nombre de ces personnes sont désormais sans abri et elles ont perdu leur nourriture, leur bétail et toutes leurs possessions. »

Le HCR a déjà fourni plus de 41 000 bâches de toile goudronnée, 14 500 tentes familiales, 70 000 couvertures, 40 000 matelas, 14 800 batteries de cuisine, 26 600 jerrycans, 18 600 seaux en plastique, 17 700 moustiquaires et 13,3 tonnes de savon. Lundi, nous avons envoyé 1 000 tentes vers la province de Sindh dans le sud du pays car les inondations y sont à leur pic. Aujourd'hui, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, nous procédons à la distribution de 300 tentes et kits familiaux à Utmanzai, 500 tentes et 1 000 kits familiaux à Upper Dir, 193 tentes, kits familiaux et bâches de toile goudronnée à Khazana, 300 tentes, kits familiaux et bâches de toile goudronnée à Azakahel et 75 de chaque à Khurzan.

Le HCR appelle à davantage de soutien de la part des donateurs pour aider les plus nécessiteux. L'agence va bientôt publier un appel d'urgence pour des fonds supplémentaires pour assister jusqu'à 560 000 personnes affectées par la crise. En plus de fournir des tentes, des bâches de toile goudronnée, des abris transitionnels pour les familles dirigées par des femmes ainsi que d'autres biens de secours, le HCR prévoit de réhabiliter des infrastructures communales qui ont été détruites par les inondations, comme des points de distribution d'eau, des installations d'assainissement, des cliniques, des écoles et des routes d'accès.

Par Peter Kessler à Islamabad

  • Un jeune garçon marche dans la boue et parmi les débris. Il transporte les affaires qu'il a réussies à sauver des décombres de la maison familiale, Pir Pai.
    Un jeune garçon marche dans la boue et parmi les débris. Il transporte les affaires qu'il a réussies à sauver des décombres de la maison familiale, Pir Pai.  © UNHCR/A.Fazzina
  • Un jeune gardien de chèvres ramasse du bois flotté sur les rives de la rivière Swat près de Chakdara.
    Un jeune gardien de chèvres ramasse du bois flotté sur les rives de la rivière Swat près de Chakdara.  © HCR/A.Fazzina
  • Une famille afghane transporte les affaires qu'elle a pu sauver des décombres de sa maison vers son abri temporaire à l'aide d'une charrette tirée par un âne, Pir Pai.
    Une famille afghane transporte les affaires qu'elle a pu sauver des décombres de sa maison vers son abri temporaire à l'aide d'une charrette tirée par un âne, Pir Pai. © HCR/A.Fazzina
  • Des réfugiés afghans tentent de sauver leurs possessions englouties dans la boue.
    Des réfugiés afghans tentent de sauver leurs possessions englouties dans la boue. © HCR/A.Fazzina
  • Un homme a placé autour de lui les affaires qu'il a pu sauver des décombres de sa maison. Il se repose dans un camp spontané de sinistrés qui s'est improvisé sur le terre-plein central de la route nationale, près de Nowshera.
    Un homme a placé autour de lui les affaires qu'il a pu sauver des décombres de sa maison. Il se repose dans un camp spontané de sinistrés qui s'est improvisé sur le terre-plein central de la route nationale, près de Nowshera.  © HCR/A.Fazzina
  • Une Maman fait la toilette de sa petite fille dans l'eau boueuse, alors que les voitures roulent à grande allure auprès du camp spontané où elles ont trouvé abri.
    Une Maman fait la toilette de sa petite fille dans l'eau boueuse, alors que les voitures roulent à grande allure auprès du camp spontané où elles ont trouvé abri. © HCR/A.Fazzina
  • Un camp de fortune s'est établi le long de la route nationale. Les personnes n'ayant pas les moyens de louer un logement ont été forcées de s'abriter sur ce terrain plus élevé aux abords de la plaine d'inondation.
    Un camp de fortune s'est établi le long de la route nationale. Les personnes n'ayant pas les moyens de louer un logement ont été forcées de s'abriter sur ce terrain plus élevé aux abords de la plaine d'inondation.  © HCR/A.Fazzina
  • Naida, âgée de 10 ans, prie au milieu de la salle de séjour endommagée par la crue dans la maison familiale au village de Nishath Mill. Deux jours avant, la maison était encore engloutie sous un mètre d'eau. Naida, avec ses six frères et soeurs, étaient alors obligés de dormir sur le toit.
    Naida, âgée de 10 ans, prie au milieu de la salle de séjour endommagée par la crue dans la maison familiale au village de Nishath Mill. Deux jours avant, la maison était encore engloutie sous un mètre d'eau. Naida, avec ses six frères et soeurs, étaient alors obligés de dormir sur le toit.  © HCR/A.Fazzina
  • Une bagarre éclate pour un sac de riz. Avec plus de trois millions de personnes affectées par les inondations, les réserves de vivres s'épuisent dangereusement.
    Une bagarre éclate pour un sac de riz. Avec plus de trois millions de personnes affectées par les inondations, les réserves de vivres s'épuisent dangereusement.  © HCR/A.Fazzina
  • Une jeune réfugiée afghane, couverte de boue et de poussière, se tient dans la maison familiale endommagée par la crue dans le village de Nishath Mill. Prise au piège par le torrent d'eau boueuse, sa famille n'a ni eau potable ni vivres. Leur village isolé n'a reçu aucune aide à ce jour.
    Une jeune réfugiée afghane, couverte de boue et de poussière, se tient dans la maison familiale endommagée par la crue dans le village de Nishath Mill. Prise au piège par le torrent d'eau boueuse, sa famille n'a ni eau potable ni vivres. Leur village isolé n'a reçu aucune aide à ce jour.  © HCR/A.Fazzina
  • Vue aérienne du village inondé de Tali dans le district de Sibi, au Balouchistan
    Vue aérienne du village inondé de Tali dans le district de Sibi, au Balouchistan © HCR/N.James
  • Des habitants empruntent une route partiellement emportée par un glissement de terrain près du village de Tali au Balouchistan
    Des habitants empruntent une route partiellement emportée par un glissement de terrain près du village de Tali au Balouchistan © HCR/N.James
  • Un habitant de la région du Balouchistan fouille les décombres de sa maison détruite par un torrent d'eau boueuse pour essayer d'y retrouver des possessions
    Un habitant de la région du Balouchistan fouille les décombres de sa maison détruite par un torrent d'eau boueuse pour essayer d'y retrouver des possessions © HCR/N.James
  • Un jeune garçon s'aide d'un bâton pour traverser l'eau boueuse stagnant après la crue.
    Un jeune garçon s'aide d'un bâton pour traverser l'eau boueuse stagnant après la crue. © HCR/N.James
  • Les ruines de maisons détruites par la pire inondation qui ait jamais frappé le Pakistan depuis des décennies, dans le village de Tali au Balouchistan.
    Les ruines de maisons détruites par la pire inondation qui ait jamais frappé le Pakistan depuis des décennies, dans le village de Tali au Balouchistan. © HCR/N.James
  • Dans l'entrepôt du HCR à Quetta, des tentes, des jerrycans, des seaux, des batteries de cuisine et des bâches en plastique sont chargés à bord de camions pour les distribuer aux survivants des inondations.
    Dans l'entrepôt du HCR à Quetta, des tentes, des jerrycans, des seaux, des batteries de cuisine et des bâches en plastique sont chargés à bord de camions pour les distribuer aux survivants des inondations.  © HCR/D.A Khan
  • Un convoi de camions du HCR chargés de matériel humanitaire pour les survivants des inondations dans le district de Charsada au nord-ouest du Pakistan.
    Un convoi de camions du HCR chargés de matériel humanitaire pour les survivants des inondations dans le district de Charsada au nord-ouest du Pakistan.  © HCR/D.A Khan
  • Le transport de biens de secours dans les régions affectées par les inondations se fait difficilement, car un grand nombre de ponts et de routes ont été emportés par les crues soudaines et des torrents d'eau boueuse.
    Le transport de biens de secours dans les régions affectées par les inondations se fait difficilement, car un grand nombre de ponts et de routes ont été emportés par les crues soudaines et des torrents d'eau boueuse. © HCR/D.A Khan