Civils déracinés et besoins accrus dans les zones de conflit en Libye

Des employés du HCR se sont rendus des deux côtés des lignes de front, ont discuté avec des déplacés et constaté des pénuries de services et articles essentiels.

A Misrata, la maison de Razan, âgée de cinq ans, a été détruite par un missile. Elle vit désormais dans une école de la ville avec ses parents, sa soeur ainsi que sa grand-mère âgée de 76 ans et souffrant du diabète.   © HCR/H.Caux/1er juin 2011

MISRATA/ZLITAN, Libye, 7 juin (HCR) - Environ 74 000 personnes sont déplacées dans les zones de conflit au sud et à l'est de Tripoli, la capitale libyenne, alors qu'une pénurie de services et d'articles essentiels se profile après des mois de conflit et de sanctions.

Le personnel du HCR a rapporté ces informations après avoir pris part à deux missions interagence la semaine dernière des deux côtés des lignes de front. L'une d'entre elle s'est déroulée à Tripoli et dans les sites accueillant des déplacés dans les zones sous contrôle des troupes gouvernementales à Zlitan, Al Khums et Gharian. L'autre mission s'est effectuée dans la ville de Misrata contrôlée par les forces d'opposition.

Le Gouvernement libyen a coordonné et accompagné l'équipe des Nations Unies pour sa visite à Zlitan, Al Khums et Gharian. Il est de la responsabilité des autorités de venir en aide à environ 49 000 personnes déplacées dans la région de Tripoli et Zlitan.

« Les personnes déplacées que le HCR a rencontrées semblent faire face malgré les circonstances difficiles », a indiqué Adrian Edwards, porte-parole du HCR. Il a ajouté que la plupart sont hébergées dans des hôtels, des dortoirs ou des maisons en bord de mer. Elles reçoivent une aide de l'Etat et d'organisations caritatives privées.

« Cependant, une crise humanitaire se profile », a-t-il prévenu. « Bien que les stocks en denrées alimentaires de première nécessité soient actuellement fournis, il se pourrait que l'effet combiné du conflit prolongé et des sanctions mette en péril la capacité du gouvernement à fournir une aide efficace. La mission interagence considère que, si la situation continue, une aide internationale pourrait être nécessaire d'ici quelques semaines. »

Dans la capitale libyenne, le personnel du HCR a observé des niveaux de stress élevés parmi la population dans le contexte de conflit prolongé et d'une pénurie d'articles essentiels. Il y avait de longues files d'attente aux stations d'essence, y compris l'une qui mesurait 8,2 kilomètres de long.

De l'autre côté des lignes de front, et à Misrata, la mission interagence a rencontré des membres du Conseil national de transition libyen pour Misrata qui a indiqué aux membres du personnel du HCR qu'environ 25 000 personnes déplacées se trouvent dans la ville, ce qui représente quelque 5 000 familles. La plupart sont hébergées chez des familles hôtes ou des proches, alors que d'autres sont accueillies dans des écoles et des bâtiments neufs qui étaient vacants. Dans de nombreux cas, les Libyens hébergent sept ou huit familles déplacées dans leur maison - une situation qui ne peut pas durer à long terme. Les gens ne reçoivent aucun salaire depuis janvier et les banques ne sont pas opérationnelles.

Mohamed, âgé de 47 ans, vivait dans le quartier de Makasbi à Misrata avec sa femme et ses deux filles avant que leur maison n'ait été frappée par un missile à la mi-mars et à nouveau en avril.

« Heureusement, aucun d'entre nous ne se trouvait à la maison à ce moment-là », a-t-il indiqué. « Nous sommes partis avec quelques affaires et un peu de vêtements vers Al Zaroog, un quartier plus sûr. Nous étions hébergés chez des amis, mais il y avait déjà sept autres familles sous leur toit, soit environ 35 personnes. Il n'y avait qu'un wc pour nous tous. C'était vraiment impossible de rester là-bas, les enfants se disputaient tout le temps, il n'y avait juste pas assez d'espace. »

Trois jours après, avec la mère de Mohamed qui souffre du diabète, ils ont rejoint les locaux d'une école qui accueillait des personnes déplacées. « Les agences humanitaires locales nous aident ici, nous recevons des vivres et de l'eau, et des particuliers nous donnent des vêtements », a indiqué Mohamed. « Nous nous sentons en sécurité ici pour le moment. Mais je me demande où nous irons quand les cours recommenceront. »

Plusieurs entités à Misrata, y compris le Libyan Committee for Humanitarian Relief, des entreprises locales et des sociétés d'ingénierie étudient les moyens de fournir rapidement un hébergement pour ces personnes déplacées.

Le HCR continue à livrer régulièrement de l'aide acheminée par bateau depuis Benghazi vers Misrata via des partenaires locaux et se tient également prêt à financer la reconstruction de maisons.

La vie reprend lentement à Misrata, les jeunes nettoient les rues, et les magasins rouvrent. L'électricité est de nouveau fournie dans certains quartiers de la ville. Toutefois selon le Conseil national de transition libyen pour Misrata, la ville est confrontée à des pénuries de vivres et de médicaments.

« Au plus fort du conflit en mars et en avril, nous recevions jusqu'à 130 blessés par jour depuis la ligne de front », a indiqué un médecin travaillant à l'hôpital Al-Hekma de Misrata. « Ici, c'est devenu un hôpital de guerre. Maintenant ça va un peu mieux. Nous recevons toujours environ 60 blessés de guerre par jour et, pour les jours 'calmes', environ 45. »

Comme c'est le cas dans les conflits, les enfants sont souvent les victimes innocentes. « Nous avons récemment soigné une petite fille âgée de six ans. Elle jouait dans sa maison qui a été frappée par un missile, tuant son frère et sa soeur, et blessant gravement sa mère », a indiqué le médecin de Misrata. « Nous avons dû l'amputer de sa jambe droite, elle a aussi de profondes blessures sur son bras et sa main droite. »

Depuis le début de la guerre, 630 personnes défuntes ont été enregistrées dans les cinq hôpitaux de la ville et 6 000 personnes ont été blessées, y compris par des munitions non explosées. Environ 80% du personnel infirmier dans les hôpitaux - qui étaient principalement des étrangers - ont quitté la ville dès le début de la crise. Ils ont été progressivement remplacés par des étudiants en médecine.

Par Sybella Wilkes à Genève,

Avec les informations communiquées par Hélène Caux à Benghazi et Arafat Jamal à Zlitan