L'intensification des combats en Libye génère des dizaines de milliers de déplacés

Les déplacés internes depuis 29 villes grandes et moyennes ont besoin de nourriture, de soins de santé et d'autres produits de première nécessité ainsi que d'abris pour l'hiver.

Des volutes de fumée se dégagent vers le ciel depuis un réservoir de stockage d'essence touché par une roquette à Tripoli lors de lourds combats entre milices rivales. Cette année, les combats ont généré près de 300 000 déplacés, y compris 100 000 ces trois dernières semaines.   © REUTERS/Ismail Zitouny

TUNIS, Tunisie, 10 octobre (HCR) - Les combats entre des groupes armés rivaux en Libye ont généré le déplacement forcé de près de 290 000 personnes à travers le pays, y compris 100 000 ces seules trois dernières semaines, a déclaré le HCR vendredi.

Les personnes déplacées internes, originaires de 29 villes grandes et moyennes, ont d'urgence besoin de nourriture, de soins de santé et d'autres produits de première nécessité ainsi que d'abris équipés contre les conditions hivernales. « Le HCR et ses partenaires répondent à certains de ces besoins, mais nous sommes confrontés à des contraintes majeures pour accéder aux personnes déracinées », a déclaré le porte-parole Adrian Edwards aux journalistes à Genève.

La principale zone de déplacement récent se situe aux alentours de Warshifana à la périphérie de Tripoli, où les combats ont causé le départ d'environ 100 000 personnes ces trois dernières semaines. C'est l'une des zones les plus touchées ainsi que la zone de Benina près de la ville de Benghazi à l'est du pays. Quelque 15 000 personnes seraient déplacées internes aux alentours de Benghazi.

La plupart des personnes déplacées sont hébergées par les habitants des communautés locales qui, dans certains cas, ont ouvert leurs maisons pour plusieurs familles à la fois afin de répondre au besoin croissant en abris. Les civils libyens qui ne sont pas hébergés chez des proches ou des amis dorment dans des écoles, des parcs ou des bâtiments non résidentiels transformés en abris d'urgence.

« Le nombre croissant de personnes déplacées dépasse les capacités d'accueil des communautés locales, qui craignent de, bientôt, ne plus pouvoir faire face », a déclaré Adrian Edwards.

Un exemple des besoins humanitaires accrus et du rétrécissement de l'espace humanitaire est la situation dans la petite ville d'Ajaylat, à environ 80 kilomètres à l'ouest de Tripoli. La ville d'Ajaylat compte habituellement une population d'environ 100 000 personnes. Elle accueille aujourd'hui quelque 16 000 personnes déplacées internes. Les personnes déplacées internes représentent aujourd'hui plus de 10% de la population locale et les établissements de santé luttent pour faire face.

L'hôpital principal fait état d'une augmentation de 30% des malades et il manque de fournitures médicales et des médicaments essentiels pour les affections chroniques comme l'hypertension et le diabète. D'autres villes de l'ouest de la Libye ainsi que Benghazi sont également mises à rude épreuve.

Les efforts visant à aider les personnes déplacées sont entravés par l'accès limité du personnel des agences d'aide humanitaire dans les villes affectées par les combats entre les groupes armés rivaux. Lorsque la sécurité le permet, des convois d'aide transfrontaliers sont le seul moyen de livrer des articles d'aide pour les personnes dans le besoin. L'accès aux entrepôts à l'intérieur du pays est souvent impossible.

Le HCR et International Medical Corps (IMC) ont envoyé un premier convoi de secours pour 12 000 personnes déplacées dans l'ouest de la Libye en août dernier. En partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM) qui a fourni des vivres, le HCR et IMC ont également distribué une aide non alimentaire supplémentaire pour 6 700 personnes ces dernières semaines. Toutefois, une aide supplémentaire est nécessaire, ce qui dépendra de l'amélioration de l'accès.

La Mission d'appui des Nations Unies en Libye a appelé à un cessez-le-feu immédiat et à un accès pour effectuer des missions d'évaluation et distribuer l'aide humanitaire. L'ONU a lancé un appel de fonds supplémentaire pour la Libye afin de continuer à aider des centaines de milliers de personnes touchées par la crise à travers le pays.

Tout comme l'impact sur la population locale, les combats affecte également les réfugiés, les demandeurs d'asile et les migrants en Libye. Beaucoup d'entre eux sont originaires de plusieurs pays du Moyen-Orient et d'Afrique sub-saharienne. Du fait de la situation d'anarchie et du doublement récent des prix des denrées alimentaires, beaucoup d'entre eux sont désormais désespérés de partir.

La politique de la Libye sur la détention des réfugiés et des migrants a poussé beaucoup d'entre eux à risquer leur vie aux mains de passeurs pour tenter de rejoindre l'Europe. Ils rejoignent des dizaines de milliers de personnes qui, ces derniers mois, ont transité par la Libye et effectué la traversée périlleuse à travers la Méditerranée. Parmi une population comptant plus de 165 000 personnes qui sont déjà arrivées sur les côtes de l'Europe cette année, la majorité d'entre elles étaient parties depuis la Libye, dont 48% sont des Syriens et des Erythréens.

Beaucoup n'ont pas réussi à beaucoup s'éloigner de la côte libyenne. La toute dernière tragédie, au large de la côte près de Tripoli le 2 octobre, a causé la perte de plus de 100 personnes, principalement des ressortissants syriens. Ils sont décédés ou portés disparus. Il faut mettre en oeuvre de nouvelles alternatives légales pour permettre aux réfugiés et aux migrants de rejoindre l'Europe sans recourir aux passeurs sans scrupule.