Insécurité, sécheresse et manque de moyens d'existence : 100 000 nouveaux déplacés en Somalie

La majorité d'entre elles, environ 80%, sont déplacées internes en Somalie, y compris 80 000 personnes ayant fui les activités militaires.

Expulsions à Mogadiscio : des déplacés vivent dans la rue de la capitale, après avoir été forcés de quitter, sans préavis, leurs abris.   © HCR

Note : Cet article a été mis à jour le 17 septembre.

GENEVE, 16 septembre (HCR) - Le HCR a déclaré mardi que le déplacement forcé en Somalie et au-delà de ses frontières ne montre aucun signe de ralentissement, du fait des expulsions forcées, de la sécheresse, du conflit et du manque de moyens d'existence ayant forcé plus de 100 000 personnes à quitter leurs maisons depuis début 2014.

« La vaste majorité d'entre elles, soit 80%, sont des déplacés internes en Somalie. Par ailleurs, des réfugiés somaliens nouvellement arrivés ont été enregistrés au Yémen, au Kenya et en Ethiopie durant les huit premiers mois de 2014 », a indiqué Babar Baloch, porte-parole du HCR, aux journalistes à Genève. « L'insécurité a été la principale cause du déplacement interne avec environ 80 000 personnes ayant fui leurs maisons à cause du conflit militaire », a-t-il ajouté.

Ce déplacement de population a été généré par l'offensive militaire en cours actuellement et menée par le Gouvernement somalien ainsi que les troupes de l'Union africaine pour le maintien de la paix dans le centre-sud de la Somalie contre des militants du groupe Al Shabaab. Ce déplacement de population pourrait être seulement temporaire, avec des personnes de retour chez elles quand la situation de sécurité se sera améliorée. Les efforts d'aide aux déplacés sont toutefois entravés par l'accès limité aux villes affectées par les activités militaires. Des ponts aériens sont souvent le seul moyen d'acheminer du matériel de secours aux personnes dans le besoin.

Babar Baloch a déclaré que les expulsions forcées de déplacés depuis des terrains ou des bâtiments qu'ils soient privés ou publics auraient déjà déraciné près de 23 000 personnes. Les zones les plus touchées par le déplacement de population sont la ville portuaire de Kismayo et la capitale, Mogadiscio.

« Le HCR a engagé des discussions avec les fonctionnaires somaliens en charge des déplacés pour plaider en faveur de politiques et de mesures visant à faire cesser ces évictions qui s'effectuent en violation des droits humains fondamentaux. Le HCR a distribué des articles de secours essentiels à 3 000 familles déplacées à Kismayo ces dernières semaines, mais des distributions supplémentaires sont nécessaires », a indiqué le porte-parole du HCR.

Il a ajouté que de nombreux déplacés vivent au sein de sites dépourvus de services essentiels. Ils dorment dans des abris de fortune faits de bâtons, d'herbes et de morceaux de cartons. Babar Baloch a déclaré que des incidents avaient été signalés concernant des violences à l'encontre des femmes et des jeunes filles, y compris des viols, par des miliciens opérant hors de ces installations.

La migration dans la région continue vers les pays voisins, l'Ethiopie et le Kenya, ainsi que le Yémen qui a reçu de nouveaux arrivants par bateaux ayant traversé le golfe d'Aden ou la mer Rouge. La plupart des nouveaux arrivants sont originaires de six régions du centre-sud de la Somalie qui sont les plus affectées par la sécheresse, l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Le total des réfugiés somaliens dans la région s'élève à 957 000.

Ce déplacement de populations continu intervient à une période où les déplacés font les frais de l'insécurité alimentaire actuelle dans le pays. Les déplacés dépensent davantage - jusqu'à 75% de leur salaire - pour acheter de la nourriture, en comparaison des Somaliens vivant dans les communautés urbaines et rurales.

Selon la récente évaluation menée par l'Unité de la FAO pour la sécurité alimentaire et l'analyse de la nutrition (FSNAU), les déplacés sont affectés par les plus forts taux de malnutrition aigüe sévère. Par ailleurs, des taux de malnutrition critiques sont enregistrés dans sept des 13 sites de déplacés analysés. Le taux de mortalité pour les enfants de moins de cinq ans parmi les déplacés à Mogadiscio est six fois plus élevé que la moyenne.

« Le HCR et d'autres agences intensifient leur réponse. L'opération du HCR pour aider les déracinés somaliens nécessite plus de 40 millions de dollars et demeure sous-financée à hauteur de 38% », a noté Babar Baloch.