Le monde doit craindre une crise majeure du fait des déplacements de populations

Selon le chef du HCR, les organisations humanitaires ne peuvent plus gérer seules l'aide à 59,5 millions de personnes déracinées.

Une Syrienne porte ses deux bébés dans les bras, après avoir rejoint la province de Sanliurfa au sud de la Turquie cette semaine, via le point de passage frontière d'Akcakale.  © AgenceAnadolu/F.Yurdakul

ISTANBUL, Turquie, 18 juin (HCR) - Le monde est confronté à une crise majeure du fait des déplacements de populations record - 59,5 millions à la fin 2014, a prévenu le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres jeudi.

« Pour les personnes qui pensent que cela n'a pas d'importance car les organisations humanitaires seront là et capables de gérer le problème, je pense qu'il est important d'annoncer que nous ne sommes plus en mesure de le faire », a-t-il déclaré aux journalistes à Istanbul.

« Nous - les agences de l'ONU, les ONG, la Croix-Rouge - n'avons plus les capacités ni les ressources nécessaires pour répondre à cette hausse spectaculaire des besoins humanitaires. »

António Guterres a émis ce sévère avertissement quelques heures après que le HCR ait publié son rapport annuel sur les Tendances mondiales « Global Trends Report: World at War », (disponible en version anglaise ici : http://unhcr.org/556725e69.html) faisant état des déplacements de populations à travers le monde ayant atteint le plus haut niveau jamais enregistré.

Selon le rapport, le nombre de personnes déracinées à la fin 2014 à la suite des guerres, des conflits et de la persécution avait atteint le niveau record de 59,5 millions, en comparaison de 51,2 millions un an plus tôt et de 37,5 millions il y a une décennie.

En 2014, la Turquie est devenue le pays accueillant la population réfugiée la plus importante au monde, avec plus de 1,77 million de Syriens ayant fui le violent conflit dans leur pays. La Turquie accueille aujourd'hui plus de deux millions de réfugiés au total et a déjà dépensé plus de six milliards de dollars pour la seule aide aux réfugiés syriens.

Les événements de ces derniers jours à la frontière entre la Syrie et la Turquie ne font que confirmer le sombre constat émis par António Guterres. Plus de 23 000 personnes ont surgi au point de passage frontière d'Akçakale pour échapper à une escalade des combats aux environs de Tel Abyad en Syrie.

Ils n'ont pratiquement pas emporté grand-chose d'autre que seulement les vêtements portés ce jour-là. Maintenant ils sont assis et attendent dans des tentes de fortune faites de couvertures et de plastique. Avec une accalmie des combats, certains sont rentrés chez eux mais la plupart restent en Turquie, transis de peur.

Hatice est arrivée avec sa famille comptant 10 personnes, il y a trois jours. Les hommes sont partis chercher du travail et des matelas. Elle attend avec les enfants.

« Du fait de la guerre, nous avons fui jusqu'ici, avec mes proches. Je viens d'apprendre que la frontière est ouverte pour les retours. Mais nous avons peur, très peur de la poursuite des combats. »

La Turquie maintient ses frontières ouvertes et héberge les réfugiés dans 23 camps.

« C'est très important dans un monde où tant de frontières sont fermées ou d'accès restreint », a déclaré António Guterres. « Et où la construction de nouveaux murs est annoncée. »

Par Don Murray à Istanbul, Turquie