Malgré la guerre, des réfugiés syriens rentrent en Syrie depuis l'Iraq

Usés par des années de difficultés en exil, près de 25 000 réfugiés syriens ont quitté la région du Kurdistan iraquien en 2015 pour rentrer dans leur pays ravagé par la guerre.

Des réfugiés syriens dans la région du Kurdistan iraquien chargent leurs bagages à bord d'un bateau sur le Tigre pour rentrer chez eux dans leur pays déchiré par la guerre. HCR / R. Hussein Rasheed  © HCR/ R. Hussein Rasheed

PESHKABOUR, Iraq, 8 février (HCR) - Sous un pâle soleil hivernal, Nazo Osi Ali, 65 ans, et ses deux filles retirent leurs valises volumineuses du coffre d'une voiture break bleue dans cette ville du nord-ouest de l'Iraq située au bord du Tigre en face de la Syrie.

Il y a dix mois, Nazo Osi Ali avait fui vers l'Iraq pour échapper aux combats en Syrie. Toutefois elle a maintenant besoin de retourner chez elle dans son pays ravagé par la guerre pour raisons médicales. « Je souffre d'hypertension artérielle et j'ai une mauvaise dent. Je veux voir mon médecin et mon dentiste », dit-elle. « Les traitements sont trop chers ici en Iraq. »

Elle fait partie du nombre croissant de réfugiés syriens usés par le long exil qui ont pris la décision de retourner à leurs risques et périls en Syrie, où cinq années de conflit ont causé la mort de près de 250 000 personnes.

Nazo Osi Ali et ses filles vivaient également avec son fils, ouvrier agricole journalier à Erbil, dans le Kurdistan iraquien. A Erbil, le coût de la vie est élevé, en particulier pour les réfugiés qui vivent en milieu urbain. Nazo Osi Ali a déclaré qu'il lui en coûterait 2000 dollars US pour le traitement dont elle a besoin à Erbil, par rapport à 400 dollars US pour une consultation chez son dentiste dans sa ville natale d'Amouda.

Le gendre de Nazo Osi Ali, qui vit à Dohouk et qui est également un réfugié, a conduit les femmes à la frontière pour les aider à charger leurs bagages à bord du bateau pour les transportera de l'autre côté du Tigre en Syrie. Il est mécontent de la décision de Nazo Osi Ali de rentrer. « Nous sommes inquiets pour sa sécurité », dit-il. « Même si ses filles voyagent avec elle, il n'y a personne à la maison pour prendre soin d'elles. Mais elle ne veut pas nous écouter », ajoute-t-il.

La décision de retourner en Syrie a un prix. Nazo et ses filles ont dû rencontrer le personnel du HCR, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, afin de remplir des formulaires de départ, de résidence et d'enregistrement pour leur retour en Syrie avant de pouvoir partir. Elles ont ainsi dû renoncer à leurs documents de demandeurs d'asile en Iraq et pourraient faire face à des problèmes pour être réadmises si jamais elles avaient besoin de revenir.

Malgré les risques évidents, près de 25 000 réfugiés syriens ont quitté la région du Kurdistan iraquien l'année dernière. La plupart sont rentrés chez eux ou ont poursuivi leur voyage vers l'Europe en quête d'une vie meilleure - après avoir vécu de nombreuses difficultés en exil.

« En décembre 2015, 86 pour cent des réfugiés qui sont retournés en Syrie étaient des personnes qui vivaient hors des camps, en milieu urbain. Le loyer est élevé, il est difficile de trouver du travail et les gens n'ont plus d'argent », a déclaré Mustafa El Hegagi, employé du HCR en charge du rapatriement qui travaille à la frontière avec l'Iraq.

Selon des responsables des Nations Unies, encore davantage de réfugiés syriens quitteront l'Iraq pour la Syrie ou d'autres pays en 2016. Toutefois, en raison de la situation sécuritaire de l'autre côté de la frontière, le HCR maintient une politique de non-retour en Syrie.

« Nous savons que des réfugiés pourraient quitter l'Iraq en raison d'un manque d'assistance », explique Ana Scattone Ferreira, employée du HCR en charge de la protection. « Le HCR, les donateurs et la communauté humanitaire font leur possible pour combler les manques de financement. Toutefois, la situation économique qui se dégrade au Kurdistan iraquien est un facteur important pour les retours en Syrie. De ce fait, il est de notre devoir de veiller à ce que les réfugiés retournent volontairement et qu'ils soient bien informés et conscients des risques et des conséquences. »

Nazo sait que la situation n'est pas sûre, mais elle est heureuse de rentrer à Amouda. Son visage s'illumine d'un large sourire en disant : « Je suis impatiente. Il n'y a rien de plus précieux que votre propre maison. »

Par Catherine Robinson à Peshkabour, Iraq