Fuyant les tensions politiques, des Gambiens cherchent refuge au Sénégal

Plusieurs milliers de Gambiens ont franchi la frontière vers le Sénégal ces dix derniers jours pour échapper aux tensions croissantes liées aux résultats des élections présidentielles du mois dernier.

Des femmes et des enfants gambiens après avoir franchi la frontière vers le Sénégal.   ©  Avec l'aimable autorisation de William Diatta / PAM

DAKAR, Sénégal – Plusieurs milliers de personnes, en majorité des enfants, ont franchi la frontière entre la Gambie et le Sénégal ces dix derniers jours pour échapper aux tensions croissantes liées aux résultats des élections présidentielles du mois dernier.

Tandis que certaines personnes ont décidé de rester en Gambie, beaucoup ont commencé à envoyer leurs enfants au Sénégal par mesure de précaution dans le contexte actuel d’impasse politique et par crainte de troubles éventuels.

« Les équipes du HCR rapportent avoir vu des bus remplis d’enfants, accompagnés par des femmes, franchir la frontière », déclare Liz Ahua, Représentante régionale du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Le Président gambien Yaya Jammeh a perdu de peu l’élection nationale qui s’est tenue le 1er décembre dernier, contre son rival Adama Barrow. Après avoir initialement concédé sa défaite, Yaya Jammeh conteste désormais les résultats.

Le HCR, d’autres organisations humanitaires et les autorités sénégalaises surveillent les frontières depuis l’éclatement de la crise politique, déployant des missions de terrain conjointes la semaine dernière et cette semaine en Casamance, région frontalière de la Gambie située au sud du Sénégal, et dans ses environs.

La majorité des passages quotidiens de la frontière relèvent du trafic habituel mais des conclusions préliminaires suggèrent également que plusieurs milliers de personnes ont franchi la frontière pour trouver refuge au Sénégal, principalement dans les régions de Ziguinchor, Sédhiou, Kaolack et Kolda.

« Les équipes du HCR rapportent avoir vu des bus remplis d’enfants, accompagnés par des femmes, franchir la frontière. »

Les autorités sénégalaises, avec le soutien du HCR, s’emploient à renforcer les systèmes d’enregistrement, ce qui aidera à clarifier les chiffres. La plupart des arrivées au Sénégal sont des Gambiens et des Sénégalais qui travaillaient ou vivaient en Gambie. Parmi les arrivées, les équipes signalent également des Ghanéens, des Guinéens, des Libériens, des Mauritaniens et des Libanais.

« La plupart sont hébergés par des proches ou des familles d’accueil. Certains foyers ont vu leur taille doubler voire tripler, ce qui risque de peser sur leurs ressources, en particulier la nourriture », explique Liz Ahua, du HCR.

Le HCR coopère étroitement avec les autorités sénégalaises et les organisations humanitaires pour mettre au point des dispositifs d’intervention en cas d’afflux futurs. Cela inclut l’identification et la préparation de sites de transit et d’accueil à proximité des installations existantes qui fournissent des services essentiels.

Une équipe du HCR s’est rendue hier (jeudi) dans la région de Zinguichor en Casamance afin d’évaluer les capacités actuelles de protection. Le bureau du HCR et les autorités de Guinée Bissau envoient également une équipe à Cacheu, dans le nord-ouest de ce pays, où près de 400 personnes seraient arrivées de Gambie ces derniers jours.

Outre le HCR et le Comité national du Sénégal pour les réfugiés, les rapatriés et les déplacés, des missions inter-organisations ont également été organisées par l’OCHA, l’UNICEF, le Programme alimentaire mondial, l’OIM et d’autres parties prenantes.

Des efforts diplomatiques menés par divers acteurs internationaux, notamment la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations Unies, sont en cours dans l’objectif de convaincre le Président Yaya Jammeh de se retirer pour permettre à Adama Barrow d’assumer ses nouvelles fonctions le 19 janvier prochain.