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Derrière chaque statistique se joue une tragédie

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Derrière chaque statistique se joue une tragédie

À l'occasion de la Journée mondiale du réfugié, le chef du HCR, Filippo Grandi, vous présente des personnes extraordinaires, qui triomphent devant l'adversité.
21 Juin 2019
Myshara (en rose), une réfugiée Rohingya âgée de 13 ans, et le chef du HCR, Filippo Grandi, sont assis dans une salle d'école du camp de Kutupalong, au Bangladesh.

L’ampleur d’une crise humanitaire est souvent exprimée à l’aide de statistiques, mais il vaut parfois mieux en prendre la mesure au travers de la vie et du destin de gens ordinaires.

De gens comme Darlys, par exemple, originaire du Venezuela et maman d'un garçon âgé de sept ans atteint d'une grave maladie rénale. Ils ont fui les difficultés économiques et l'insécurité dans leur pays afin de trouver de l’aide médicale, et ils ont fini par aboutir dans les rues de la ville colombienne de Maicao.

Ou Betty, qui a fui le Soudan du Sud avec ses quatre enfants et deux de ses nièces, en direction du camp de réfugiés de Bidi Bidi, en Ouganda. En chemin, elle a croisé six enfants non accompagnés, qui étaient cachés dans une voiture carbonisée. Elle les a pris sous son aile. Ces enfants n’avaient personne vers qui se tourner et Betty est devenue leur mère d’accueil.

Ou encore Myshara, une jeune fille rohingya âgée de 13 ans et qui souhaite devenir enseignante, mais dont l’éducation s’est arrêtée brutalement lorsqu’elle a dû fuir les violences au Myanmar, comme des centaines de milliers d’autres personnes. Désormais, alors qu’elle est hébergée dans la plus grande installation de réfugiés au monde, au Bangladesh, Myshara aide à gérer un projet visant à renforcer la santé mentale d’autres enfants qui doivent affronter les terribles pertes qu’ils ont subies.

Darlys Carrasquero, une demandeuse d'asile vénézuélienne, dans un centre d'assistance situé à Maicao, dans l'extrême nord de la Colombie.

Il s’agit de gens dont la vie, les espoirs et les ambitions ont été brisés par les conflits, les persécutions, la pauvreté et l’instabilité. Certains ont réussi à se relever et à reconstruire, ou, du moins, ont démarré ce processus. De nombreuses autres personnes ont encore des difficultés face à des conditions difficiles, à des ressources insuffisantes et à ce qui doit leur paraître comme un monde indifférent et parfois hostile.

Mais les statistiques que contient le rapport annuel Tendances mondiales du HCR, publié aujourd’hui, mettent également en lumière une autre histoire. Le nombre de personnes déplacées de force dans le monde en 2018 a dépassé les 70 millions (c’est-à-dire le double d’il y a vingt ans). Parmi eux figurent 25,9 millions de réfugiés, soit un nombre jamais atteint jusqu’ici. L’histoire qui se cache derrière ces chiffres est celle de l’incapacité à prévenir les conflits, à promouvoir la tolérance et à jeter les bases d’une paix durable – il s’agit d’une crise de leadership politique qui a entraîné une augmentation du nombre de réfugiés, année après année, créant ainsi de nouveaux records.

Kenyi John (en t-shirt blanc), 17 ans, est accompagné de ses frères et soeurs. Betty les héberge désormais avec ses quatre enfants dans le camp de Bidi Bidi, en Ouganda.

Certaines personnes n’ont été chassées de chez elles que très récemment, par exemple, comme les millions de Vénézuéliens ayant pris la direction de nombreux autres pays d’Amérique centrale ou du Sud. D’autres conflits durent depuis des décennies, comme en témoignent les millions d’Afghans déracinés ces 40 dernières années. Et, tandis que la moitié des réfugiés est âgée de moins de 18 ans, l'héritage de cette violence et de la pauvreté se perpétue de génération en génération.

Personne ne peut résoudre ce problème seul. Mais si les ministres et les chefs d’État, les hauts responsables, les entrepreneurs, les influenceurs et d’autres parmi ceux qui se réunissent lors du Forum économique mondial devaient agir de concert – comme beaucoup le font déjà –, nous pourrions trouver les solutions dont nous avons besoin.

Myshara (au centre), âgée de 13 ans, est dans une classe de l'école provisoire du camp de Kutupalong. Elle est l'une des jeunes dirigeantes d'un projet mené par des enfants pour permettre à d'autres camarades d'exprimer leurs inquiétudes.

Les entreprises et les gouvernements pourraient commencer par des investissements à long terme en faveur de l'éducation des réfugiés. L’éducation est non seulement un droit humain fondamental, mais c’est aussi une façon durable et concrète d’accroître l’autonomie et l’indépendance, et elle crée un réservoir plus important de talents et de futurs employés. L'accès à l'éducation signifie énormément : il permet d’avoir davantage d'écoles, des enseignants mieux qualifiés, des bourses d’études, des stages, des programmes d'apprentissage et des formations. Cela permet également de faciliter l’intégration dans les systèmes éducatifs officiels et de garantir des qualifications reconnues et solides.

Une seconde priorité est l’emploi. Permettre l’entrée sur le marché du travail, créer des emplois, stimuler l’activité économique font partie des moyens par lesquels les entreprises et les gouvernements peuvent avoir un effet positif considérable sur le bien-être économique, social et psychologique des réfugiés. Si les réfugiés ont laissé leur travail et leurs sources de revenus derrière eux lorsqu’ils ont fui pour sauver leur vie, ils ont toutefois emporté leurs compétences, leurs connaissances et leur expérience avec eux.

De telles interventions entreraient parfaitement dans le cadre du Pacte mondial sur les réfugiés, un nouveau cadre international qui entend fournir les bases d’un partage plus prévisible, efficace et équitable de la charge des responsabilités. Ces bases seraient considérablement renforcées par davantage de visas de travail ou d’étudiants, par de plus gros efforts en matière de réinstallation et par des voies d’accès plus sûres et fiables permettant aux réfugiés de sortir du danger.

On compte déjà de nombreux exemples admirables de générosité individuelle, de partenariats public-privé et des projets démarrés par les communautés locales dans les domaines de l’emploi et de l’éducation. Le défi actuel, face au nombre croissant de réfugiés, consiste à persuader les gouvernements et les entreprises de mettre en œuvre ces efforts à l'échelle mondiale.

Il va de soi que la meilleure option pour tout réfugié est de rentrer chez lui en toute sécurité, de son plein gré et avec l’appui nécessaire pour reconstruire sa communauté. Cependant, seulement 600 000 réfugiés ont pu le faire en 2018, c’est-à-dire un nombre qui reste très inférieur à celui des dizaines de millions de personnes en exil. Si la communauté internationale ne doit jamais perdre de vue la nécessité de créer les conditions permettant aux réfugiés de rentrer chez eux, elle doit également trouver les moyens de les aider à s’adapter aux nouvelles situations qui leur ont été imposées – et cela, avec l’ambition de redonner de l’espoir, de la dignité et un but. Pour cela, il faut apporter un soutien vital aux communautés qui accueillent des réfugiés, souvent dans des régions où les emplois, les ressources et l’argent sont déjà rares.

L’ampleur des déplacements forcés d’individus est l’un des plus grands défis de notre époque. Nous pouvons y faire face – mais seulement si nous agissons ensemble.

 

Filippo Grandi est le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Suivez-le sur Twitter : @RefugeesChief