Tribune : "Ne laissons pas la pandémie éloigner les jeunes filles de l'école"

En 2019 dans le monde, seule la moitié des enfants réfugiés étaient scolarisés. Une situation que le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) craint de voir se détériorer dans le cadre de la crise sanitaire mondiale, dans cette tribune dans Ouest-France signée par son ambassadrice, Barbara Hendricks, sa porte-parole en France, Céline Schmitt ainsi que dix-sept autres femmes engagées.

Sur les 1,34 millions de réfugiés afghans vivant au Pakistan, près de la moitié d'entre eux sont des enfants. L'accès à l'éducation est essentiel pour permettre le rapatriement, la réinstallation ou l'intégration locale.   © HCR / Sara Farid

« En 2019 dans le monde, seule la moitié des enfants réfugiés étaient scolarisés. Un écart qui pourrait se creuser avec la pandémie de la Covid-19, et encore davantage pour les filles réfugiées. En 2019, seules 27 % d’entre elles étaient inscrites dans le secondaire, contre 36 % pour les garçons.

Si des progrès ont été accomplis au cours des dernières années, les conséquences de la pandémie menacent aujourd’hui d’inverser la tendance. Au-delà de la fermeture des écoles, le coût de la scolarité est désormais encore plus difficile à assumer pour les familles.

En s’appuyant sur les données de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds Malala (1) estime que la crise de la Covid-19 pourrait empêcher la moitié des filles réfugiées inscrites dans le secondaire de retourner à l’école cette année. Dans les pays où le taux de scolarisation des filles était inférieur à 10 %, ce sont même toutes les filles réfugiées qui risquent de devoir abandonner leurs études définitivement. Une prédiction inacceptable.

L’impact décisif de la scolarisation sur les générations futures

La déscolarisation des filles est un frein au développement et a un impact direct sur le niveau de vie des générations futures. En 2013, l’Unesco constatait que dans les pays où garçons et filles ont le même niveau d’éducation, le revenu par habitant est supérieur de 23 %. En 2018, la Banque mondiale observait que les femmes avec une éducation secondaire gagnaient en moyenne deux fois plus que celles n’ayant aucune éducation.

Permettre aux filles réfugiées d’étudier est un droit fondamental, c’est aussi une protection. Dans les situations de déplacements forcés, les filles réfugiées déscolarisées sont exposées à des risques accrus d’exploitation, de violences sexuelles et sexistes, de grossesse et mariage précoces. Selon l’Unesco, si toutes les filles terminaient le cycle élémentaire, les mariages d’enfants diminueraient de 14 %. Si celles-ci finissaient l’école secondaire, ce chiffre chuterait de 64 %.

Rozma Ghafouri est afghane et réfugiée en Iran. Elle a co-fondé l’initiative Youth Initiative Fund afin de sortir les enfants de la rue et les scolariser. Françoise Sabuni Chikunda, enseignante congolaise réfugiée en Ouganda, préside le Centre des femmes qui aide les victimes de violences sexuelles et sexistes. À l’image de ces lauréates de la distinction Nansen du HCR 2020, les filles et femmes réfugiées, par leur persévérance et résilience, peuvent avoir un rôle déterminant dans la construction de la paix et de solutions pour leurs pays d’origine et d’adoption.

Des solutions existent, chacun peut agir

Il existe des solutions pour que les filles et les garçons aient un accès égal à une éducation de qualité. Chacun peut agir. Les États et les villes peuvent assurer une éducation inclusive et encourager la scolarisation des filles réfugiées. Les entreprises peuvent investir dans des initiatives pour l’éducation et soutenir des projets innovants pour l’accès aux études, notamment dans le domaine du numérique. Les écoles peuvent dispenser les formations nécessaires aux enseignants, fournir aux personnes réfugiées des cours de langues de leur pays d’accueil et faire obstacle à la discrimination. Les parents d’élèves peuvent nouer des liens avec les familles exilées, et créer un environnement d’apprentissage basé sur l’enrichissement mutuel.

Le potentiel de ces millions de jeunes filles doit être reconnu ; leurs multiples talents encouragés. Filles comme garçons, les élèves d’aujourd’hui sont les décideurs de demain. »

(1) Fonds de l’Unesco pour le droit des filles à l’éducation : unesco.org.

*Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) : https://www.unhcr.org/fr-fr/

Tribune publiée initialement dans le journal Ouest-France le 1er octobre 2020.

Les signataires : Barbara Hendricks, chanteuse et Ambassadrice de bonne volonté du HCR à vie ; Céline Schmitt, porte-Parole et Responsable des Relations Extérieures du HCR en France ; Cécilia Brassier-Rodrigues, Maître de conférences, Université Clermont Auvergne ; Marine Van Schoonbeek, présidente et co-fondatrice de Thanks for Nothing ; Blanche de Lestrange, directrice artistique de la Fondation Art Explora/ co-fondatrice de Thanks for Nothing ; Jean Guo, directrice Générale et Fondatrice de Konexio ; Héloïse Nio, directrice de l’école Thot (2016-2020) ; Véronique Gapaillard, professeure de musique de l’Education nationale ; Souzan Adlo, enseignante intervenante à l’Université de Clermont Auvergne et Formatrice au SAMA (Service Accompagnement Migrants Auvergne) et OEPRE (Ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants) ; Leen Youssef, Co-présidente de l’association Ekota ; Thelma Chikwanha, journaliste ; Nina Gheddar, rédactrice en chef de Guiti News ; Céline Bardet, fondatrice et Directrice Générale de WWoW ; Lorraine Chevallier-Béquin, enseignante de Français en collège ; Hanae El Bakkali, psychothérapeute ; Graziella Noël, principale de collège ; Annick Suzor-Weiner, professeur émérite à l’Université Paris-Saclay ; Rabab Khder, enseignante intervenante à l’Université de Clermont-Auvergne ; Muy Cheng Peich, Directrice de l'Education pour l’association Bibliothèques Sans Frontières.