Plus de deux millions de déplacés internes au Sahel alors que les violences augmentent

Un sinistre jalon a été atteint au Sahel, qui compte parmi les crises de déplacement interne à la croissance la plus rapide au monde, alors que 11 400 personnes fuient les attaques au Burkina Faso.

Aguiratou Diallo (à droite) et sa famille sont photographiés à Ouahigouya, au Burkina Faso.
© HCR/Moussa Bougna

Le soir du 31 décembre, alors que les heures s’écoulaient vers la nouvelle année, Aguiratou, 40 ans, était chez elle avec ses quatre enfants dans leur village près de la ville de Koumbri au nord du Burkina Faso, lorsqu’un groupe d’hommes armés a fait irruption dans la cour.


« Ils ont menacé de nous faire du mal si nous étions encore là quand ils reviendraient le lendemain. Ils ont tiré en l’air pour nous faire peur », a expliqué Aguiratou. Son mari était parti au travail à ce moment-là.    

« J’ai eu tellement peur. Toute la famille – y compris ma grand-mère, ma tante, les frères et les sœurs de mon mari – s’est rassemblée et a quitté le village. Nous sommes partis à pied sans rien emporter. Nous étions environ 40 et nous avons mis 20 heures pour rejoindre Ouahigouya. »

Après avoir été rejointe par son mari, la famille d’Aguiratou a été transférée vers un site accueillant d’autres familles qui ont fui leur foyer, où le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et ses partenaires leur ont fourni des abris, des couvertures, des matelas et d’autres articles de première nécessité.

« Notre principal souci maintenant, c’est l’eau car les puits sont quasiment vides », a expliqué Aguiratou. « Nous souhaitons le retour de la paix pour rentrer chez nous. »

« Notre principal souci maintenant, c’est l’eau car les puits sont quasiment vides. »

Aguiratou et sa famille comptent parmi 11 400 personnes – principalement des femmes et des enfants – qui ont fui leurs foyers durant les premières semaines de janvier, suite aux attaques répétées de groupes armés dans la ville de Koumbri et les villages voisins.

Cette toute dernière vague de déplacement interne dans la région du Sahel en Afrique – qui inclut le Burkina Faso, le Tchad, le Mali et le Niger – a porté le nombre de déplacés internes à plus de deux millions de personnes pour la première fois.

Les pays qui composent la région du Sahel comptent parmi les moins développés au monde et ils sont à l’épicentre de la crise de déplacement interne à la croissance la plus rapide au monde, qui est générée par des années d’attaques violentes commises par des groupes armés et criminels.

Parmi les déplacés internes se trouvent plus d’un million de Burkinabés. Au Burkina Faso, le nombre des personnes forcées à fuir en quête de sécurité vers d’autres régions de leur propre pays a quasiment doublé durant la seule année 2020.

Salamata, 81 ans, a également fui la région de Koumbri début janvier avec ses trois fils et leurs familles. Ils ont quitté la terre qu'ils cultivaient après que des hommes armés aient envahi leur village, tuant plusieurs habitants.

« L'une des victimes était le fils de mon voisin, je l'ai vu grandir », a déclaré Salamata. « Pendant l'attaque, nous avons entendu des coups de feu, on entendait partout le sifflement des balles, elles tombaient même dans notre cour. J'ai eu très peur pour mes enfants, qui étaient encore dehors. »

« On entendait partout le sifflement des balles, elles tombaient même dans notre cour. »

« Le lendemain, même si nous ne voulions pas quitter notre village, nous sommes partis pour sauver notre vie », a-t-elle ajouté.

Comme la plupart des nouveaux arrivants à Ouahigouya et à Barga, un village situé non loin, Salamata et sa famille sont hébergés par des résidents locaux, dans son cas, par un neveu qui accueille désormais 78 personnes.

Micailou, 72 ans, un autre résident d’Ouahigouya qui était arrivé depuis Koumbri il y a 20 ans, a également ouvert les portes de sa cour et ses réserves de riz pour héberger et nourrir près de 400 personnes parmi celles qui ont fui ces derniers jours, avant que des partenaires locaux ne leur trouvent un autre lieu d’hébergement.

« Quand je vivais à Koumbri, j’étais un peu comme un chef local, alors quand ils sont arrivés, je n’ai pas hésité à les accueillir. En tant qu’être humain, c’est un devoir moral », a expliqué Micailou.

« Malheureusement, à cause du manque d'abris, ils ont dû passer trois nuits à dormir à même le sol », a-t-il ajouté. « Mon souhait le plus cher est que l’entente s’installe entre les communautés afin que la paix revienne. Ainsi, chacun pourra rentrer chez soi dans la quiétude. »