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Des victimes de violences sexuelles apprennent la mécanique automobile et reconstruisent leur vie

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Des victimes de violences sexuelles apprennent la mécanique automobile et reconstruisent leur vie

Le HCR forme des femmes en RDC à acquérir des compétences utiles qui renforcent leur autonomie tout en défiant les stéréotypes sexistes.
10 Décembre 2021 Egalement disponible ici :

Thérèse* attire une petite foule de curieux lorsqu'elle s'agenouille devant le moteur rouillé et en panne d'un camion garé près de sa maison, dans la périphérie de Kananga, dans la province du Kasaï central, en République démocratique du Congo.


Ses voisins l'écoutent, stupéfaits, évaluer soigneusement l'étendue des dégâts et leur expliquer quelles réparations sont nécessaires.

Si cette femme de 47 ans peut sembler ne pas être à sa place dans le domaine de la mécanique automobile, traditionnellement dominé par les hommes, c'est pourtant bien dans un atelier de mécanique qu'elle a retrouvé l'espoir après avoir survécu à une agression sexuelle brutale.

En 2017, de violents affrontements entre milices armées et forces armées congolaises ont embrasé sa ville natale de Luebo, à quelque 300 kilomètres de Kananga.

« Ce jour-là, c'était la débandade. Des coups de feu retentissaient dans tous les sens et nous avons fui en panique », se souvient-elle.

Un groupe d'hommes armés a tué son mari sous ses yeux avant de mettre le feu à sa maison. Thérèse a réussi à s'enfuir dans la forêt avec ses dix enfants.

« Ce que [les hommes armés] m'ont fait m'a complètement détruite. »

Mais son cauchemar ne faisait que commencer. Dans la forêt, elle a rencontré quatre soldats qui l'ont violée, elle et sa fille de 22 ans, sous la menace d'une arme, en présence de ses autres enfants. Pendant plus de trois semaines, la famille s'est cachée dans la brousse pour échapper à d'autres attaques. Pendant cette période, ses deux plus jeunes enfants sont morts de faim.

Ils sont finalement parvenus à se mettre en sécurité à Kananga, mais les difficultés de Thérèse étaient loin d'être terminées. Le viol l'a traumatisée et l'a rendue incapable de gagner un peu d'argent pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Elle et sa fille ont également dû faire face à la stigmatisation et à la discrimination qui entourent les victimes de violences sexuelles au Kasaï. Elles se sont retrouvées isolées de leur communauté d'accueil.

« Ce que [les hommes armés] m'ont fait m'a complètement détruite », confie-t-elle. « J'ai peur pour ma fille. Je me demande si elle pourra un jour se marier et avoir des enfants, car dans nos coutumes et traditions, les femmes qui ont été abusées sont souvent rejetées. »

L'espoir est finalement revenu sous la forme d'un programme de formation professionnelle, parrainé par le HCR, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, qui donne aux femmes comme Thérèse les outils nécessaires pour être financièrement indépendantes et autonomes.

Les femmes sont formées par l'Institut national de préparation professionnelle (INPP) dans des secteurs traditionnellement dominés par les hommes, tels que la mécanique automobile, l'électronique et l'informatique, afin de disposer des compétences utiles pour subvenir aux besoins de leurs familles. Elles remettent ainsi également en question les stéréotypes sexistes et ouvrent la voie pour que d'autres femmes puissent gagner leur vie dans ces domaines.

Le partenaire du HCR, Femmes Mains dans la Main pour le Développement du Kasaï (FMMDK), une ONG locale dirigée par des femmes et active dans la protection et la promotion des droits des femmes au Kasaï, aide à identifier les femmes pouvant bénéficier du projet.

« Ces projets sont très importants car ils offrent aux victimes de violences sexuelles une chance de reconstruire leur vie. »

En plus de recevoir des soins médicaux et psychosociaux, Thérèse, en compagnie d'autres rescapées de violences sexuelles, a appris la mécanique automobile ainsi que la conduite.

« Ces projets sont très importants car ils offrent aux victimes de violences sexuelles une chance de reconstruire leur vie et de faire à nouveau partie de la communauté. Les communautés, à leur tour, bénéficient énormément de leurs nouvelles compétences et de leur expertise », explique Liz Ahua, représentante du HCR en RDC.

Après près de huit mois de formation, Thérèse est désormais capable de conduire une voiture, et sait comment démonter et réparer les moteurs, les pneus et les freins. Après avoir obtenu son diplôme, elle a reçu son permis de conduire, et va bientôt lancer une entreprise de mécanique automobile avec d'autres femmes.

Depuis 2020, près de 400 victimes et personnes à risque de violences sexuelles et sexistes ont bénéficié de l'aide du HCR et de ses partenaires dans les provinces du Kasaï et du Kasaï central, à travers des formations professionnelles dans différents secteurs.

Cependant, il reste beaucoup à faire pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes dans une région où elles restent inscrites dans un cycle de violences et de conflits récurrents, et où les normes sociales exigent le paiement d’une dot de la part des femmes victimes de violences sexuelles afin de pouvoir être réadmises dans la société. Cette pratique entraîne souvent l'expulsion des femmes de leurs familles, qui ne peuvent pas supporter le coût de ces dots.

Plus de 800 victimes de violences sexuelles et sexistes ont été identifiées par le HCR et ses partenaires dans la région du Kasaï entre janvier et juillet 2021. Elles ont bénéficié d'une prise en charge juridique, médicale et psychosociale.

Le HCR soutient également des organisations locales, comme l'ONG FMMDK, qui s'engagent auprès des communautés pour s'attaquer aux causes profondes de la violence sexuelle et sexiste et pour briser ce cercle vicieux de discrimination et de pauvreté qui expose les victimes à l'exploitation et à d'autres abus. Des fonds supplémentaires sont nécessaires pour mettre en œuvre des projets tels que celui qui a permis à Thérèse de reprendre sa vie en main.

Aujourd'hui, Thérèse a repris confiance en elle et peut à nouveau envisager l'avenir avec espoir. Elle attend de commencer à travailler dans un nouvel atelier de réparation qui sera ouvert dans les prochains mois avec le soutien du HCR.

« J'ai appris un métier que j'aime vraiment. Cela me permettra d'être indépendante et de m'occuper de ma famille », conclut-elle.

*le nom a été modifié pour des raisons de protection