Espoir et opportunités pour les étudiants réfugiés au Botswana

Alors que les universités commencent à offrir des bourses d'études, les étudiants réfugiés espèrent un avenir plus sûr dans le pays où se trouve désormais leur chez-soi.

Linda, 22 ans, réfugiée burundaise, et Xolile, 19 ans, réfugiée zimbabwéenne, sont étudiantes en première année de médecine à l'Université du Botswana à Gaborone, Botswana.
© HCR/Kate Pond

À l'ombre des acacias oscillant dans le vent à l'extérieur de la faculté de médecine de l'Université du Botswana, Linda et Xolile*, étudiantes en première année de médecine, se détendent après leur examen final - et discutent d'un avenir qui, jusqu'à récemment, ne semblait pas possible.


Ces deux jeunes femmes sont les seules réfugiées de leur classe universitaire. Elles bénéficient de bourses d'études récemment créées qui offrent des opportunités aux réfugiés vivant à Gaborone, la capitale du Botswana.

« La vie est plus sûre qu'avant l'université... nous pouvons faire des projets pour l'avenir », a déclaré Linda, qui a quitté le Burundi avec sa mère en 1998, alors qu'elle était bébé, pour l'Afrique du Sud. Dix ans plus tard, elles ont fui au Botswana pour échapper aux troubles touchant les ressortissants étrangers dans leur quartier de Johannesburg.

Le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et son partenaire, Skillshare, ont plaidé en faveur de l'extension des opportunités pour les étudiants réfugiés performants, et s'associent avec des établissements d'enseignement supérieur et le secteur privé au Botswana pour offrir des bourses d'études à un nombre croissant d'étudiants étrangers qui, comme Xolile, 19 ans, et Linda, 22 ans, obtiennent des notes élevées dans le secondaire.

« La vie semble plus sûre... nous pouvons faire des projets pour l'avenir. »

Au Botswana, les réfugiés fréquentent les écoles primaires et secondaires locales aux côtés des enfants botswanais. Beaucoup excellent dans leurs études, mais leurs options après l'école secondaire sont limitées. Le gouvernement offre des bourses d'études supérieures pour couvrir tout ou partie des frais de scolarité des étudiants botswanais dont les notes atteignent le seuil requis, et certaines universités offrent des bourses aux étudiants issus de familles à faibles revenus. Mais les réfugiés ne bénéficiaient traditionnellement pas de ces opportunités. La plupart d'entre eux sont issus de familles qui ne peuvent pas se permettre de suivre un enseignement supérieur. De ce fait, ils finissent par retourner dans le camp de réfugiés de Dukwi, où vit la quasi-totalité des 1010 réfugiés au Botswana et où ils ont peu de possibilités d'emploi.

Haskins, un réfugié zimbabwéen, lit un ouvrage à la bibliothèque de l'université de Botho à Gaborone, au Botswana, où il étudie la gestion des affaires.

Haskins, un réfugié zimbabwéen, lit un ouvrage à la bibliothèque de l'université de Botho à Gaborone, au Botswana, où il étudie la gestion des affaires.   © HCR/Kate Pond

« C'est difficile d'être un enfant dans un camp de réfugiés », a déclaré Xolile, 19 ans, qui avait fui les troubles sociaux au Zimbabwe en 2008 avec sa mère et sa sœur. « Mes amis sont tous partis. Ils ont été réinstallés dans un pays tiers, ou ils sont retournés au Zimbabwe. Notre avenir est ici, en tant que médecins. »

L'année dernière, le nombre de places à l'université proposées aux réfugiés s'est multiplié. En septembre dernier, 15 étudiants réfugiés ont pu s'inscrire grâce à des bourses. C'est un petit nombre, mais il représente un vaste changement dans la façon dont les étudiants réfugiés sont traités dans ce pays de 2,3 millions d'habitants.

Il rappelle également la demande de possibilités d'enseignement supérieur de la part des personnes déracinées à travers le monde, une demande que les secteurs public et privé et les organisations à but non lucratif pourraient contribuer à satisfaire.

Dans les communautés réfugiées à travers le monde entier, la soif d'apprendre est aussi évidente qu'à Dukwi. Les progrès sont en retard sur la demande, et si plus de 77 pour des enfants réfugiés sont scolarisés à l'école primaire, cette proportion tombe à 31 pour cent dans le secondaire et seulement trois pour cent des jeunes réfugiés s'inscrivent dans l'enseignement supérieur.

La pandémie de Covid-19 menace de réduire à néant les petits progrès réalisés. Pour les jeunes filles en particulier, la situation est sombre. Dans le monde entier, de nombreuses familles se sentent contraintes à pousser leurs filles à un mariage précoce ou à travailler afin d'atténuer les difficultés économiques.

Haskins, 25 ans, a fui le Zimbabwe en 2008 et rêve de rendre la pareille au pays qui a donné un abri à sa famille. Il est aujourd'hui le seul étudiant d'origine étrangère de sa classe à l'université Botho de Gaborone, où il étudie la gestion des affaires. Après avoir obtenu son diplôme, il espère s’installer dans la capitale et subvenir aux besoins de sa mère et de son jeune frère.

« Je veux une vie meilleure pour nous tous », a-t-il déclaré.

Haskins est le premier réfugié à recevoir une bourse de l'université de Botho, mais l'école prévoit d'en offrir davantage.

Golekanye Setume, le vice-chancelier adjoint, considère ces bourses comme un investissement dans la communauté et l'avenir du Botswana.

« Je considère l'intégration de Haskins au sein du groupe des étudiants qui est presque exclusivement botswanais comme une première étape réussie. L'année prochaine, avec le soutien du HCR, le nombre d’inscriptions de réfugiés sera multiplié par deux », a-t-il déclaré.

Haskins, Linda et Xolile se sentent désormais investis au Botswana et considèrent leurs études à l'université comme une transition vers un avenir plus sûr, en exerçant leur métier dans la capitale.

« Je me sens comme un Motswana », a déclaré Haskins.

*Seuls les prénoms ont été utilisés pour des raisons de protection.