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« Cher journal, est-ce vraiment trop demander ? »

Articles et reportages

« Cher journal, est-ce vraiment trop demander ? »

A l'occasion de la Journée mondiale de l'aide humanitaire, nous avons demandé à nos collègues au Yémen de raconter une journée dans leur environnement que l'ONU qualifie de « pire crise humanitaire du monde ».
19 Août 2021
Un participant à un workshop au Yémen prend des notes sur son cahier.

Souvent, l’expression la plus désinhibée de nos espoirs, défis et craintes quotidiens commencent par les mots « Cher journal ». À l'occasion de la Journée mondiale de l'aide humanitaire, nous vous présentons des extraits de journaux intimes écrits par sept de nos collègues du HCR et d'autres agences des Nations Unies au Yémen, où la guerre fait rage depuis sept ans. Bien qu'écrits à destination du grand public, nos collègues et amis ont partagé leurs sentiments profonds sur leur travail, leurs inquiétudes et leurs souhaits comme ils le feraient dans un journal personnel.

Depuis le début de la violence incessante au Yémen, au moins quatre millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays, c'est-à-dire qu'elles ont été forcées de fuir leur foyer, tout en restant dans le pays. Environ 233 000 personnes ont trouvé la mort depuis le début du conflit en raison de la violence ou de causes connexes telles que la faim et la pénurie de services de santé.

Les collègues dont nous partageons le vécu ci-dessous sont tous originaires du Yémen, qu'ils y soient nés ou, comme Naïma, qu'ils aient fui la Somalie en quête de sécurité il y a plusieurs années. Leurs écrits ont été édités pour des questions de clarté.


Alawia Saïd, de double-nationalité somalienne et yéménite, qui gère le centre d’appel du HCR pour l'assistance au sud du Yémen.

Alawia lors d'une visite de routine auprès des communautés de réfugiés somaliens dans le quartier d'Al-Basateen de la ville d'Aden au Yémen. Malgré le conflit en cours, le Yémen abrite quelque 140 000 réfugiés, principalement originaires de Somalie et d'Ethiopie.

Ce matin, Abdoul Qader, un responsable de la communauté des réfugiés, m'a appelée à l'aube. Il avait besoin d'aide pour Ibrahim, un réfugié gravement malade qui nécessitait une assistance médicale urgente. Ibrahim s'était vu refuser l'admission à l'hôpital, ce qui n'est pas inhabituel de nos jours. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, il est de plus en plus difficile pour les gens d'obtenir une assistance médicale car les hôpitaux n'admettent pas de nouveaux patients de peur qu'ils ne soient infectés par le virus. J'ai passé toute la journée au téléphone pour tenter de lui obtenir de l'aide.

Mes efforts ont porté leurs fruits et Ibrahim a pu consulter un médecin et obtenir des médicaments, mais je suis de tout cœur avec les milliers d'autres personnes qui se trouvent dans une situation similaire, mais qui n'ont pas la même chance. Depuis que la guerre a ravagé mon pays bien-aimé, la vie est devenue très difficile. Chaque jour apporte son lot de souffrances.

Elle me regarde et sourit. Elle a le plus beau des sourires.

Parfois, j'aimerais avoir une baguette magique pour pouvoir l'agiter et faire disparaître tous les problèmes. Chaque fois que mon téléphone sonne, je sais qu'il y a quelqu'un à l'autre bout du fil avec une histoire déchirante. Les besoins sont énormes ici : nourriture, eau, médicaments - des besoins fondamentaux auxquels nous avons du mal à répondre du fait de la guerre. J'espère toujours que le Yémen se rétablira bientôt. En attendant, je continuerai à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour aider les personnes qui nous joignent sur notre centre d’appel pour l'assistance.

Je souhaite... attends, cher journal, est-ce vraiment trop demander ? Eh bien, il n'y a pas de mal à souhaiter l'amélioration de l'humanité. Mon souhait est que la pandémie de Covid-19 s’arrête bientôt. Travailler à la maison avec un petit enfant et répondre aux appels de la hotline a été extrêmement difficile. Les coupures de courant quotidiennes et la mauvaise connexion Internet et téléphonique n'aident pas non plus. Je m'inquiète aussi pour ma famille, en particulier pour Baba, qui a plus de soixante ans et souffre de problèmes cardiaques.

Mais j'ai la chance d'avoir une jolie petite fille, mon ange. Elle a été ma lumière pendant ces moments difficiles. Elle vient m'embrasser quand je travaille. Elle me regarde et sourit. Elle a le plus beau des sourires.


Ali Jawwad, médecin de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans la ville de Mukalla.

L'effondrement du système de santé yéménite a été long et effroyable, entraînant ce que l'ONU a qualifié de niveaux de besoins « sans précédent ».

La résilience de mon peuple ne cesse de m'étonner. Ce matin, la une des journaux était tout aussi sombre que les autres jours mais, ce qui m'a le plus inquiété, c'est un avertissement de mon organisation selon lequel notre système de santé est proche de l'effondrement. J'ai pensé à un malade du rein que j'ai rencontré il y a trois mois.

La guerre l’avait rendu encore plus âgé que son âge réel. Son visage était pâle comme le sable sec d'un désert. Sa famille l'avait amené pour une dialyse. Il était visiblement malade, mais l'électricité a été coupée et les générateurs ne fonctionnaient pas à cause du manque de carburant. Il n'y avait rien d'autre à faire que d'attendre que l'électricité revienne. Malgré tout cela, cet homme étonnant semblait très optimiste. Il m'a dit que la simple ouverture du centre, que les services soient disponibles ou non, lui donnait l'espoir qu'il était encore possible pour lui de vivre un autre jour.

Les travailleurs de santé au Yémen méritent des médailles. Ils se battent sur de multiples fronts à la fois.

Son optimisme m'a appris l'humilité, l'empathie et le pouvoir de la foi. Je veux croire que les bons jours reviendront. Pourtant, parfois, je sens la pression à fleur de peau. La liste des obstacles est longue : guerre, déplacements, économie défaillante, pénurie de carburant, choléra, inondations et maintenant, pandémie de Covid-19. Parfois, j'aimerais que tout cela ne soit qu'un mauvais rêve.

Je suis heureux que nous ayons pu aider le Bureau général de la santé à mettre en place des centres de traitement contre le Covid-19 l'année dernière et qu'ils soient prêts à recevoir les cas suspects. Je ressens encore la pression dans mes épaules. Pour ce centre, j'ai travaillé 24 heures sur 24. Le processus a effectivement demandé une énergie et un travail considérables, mais ce qui valait la peine, c'était de voir le travail accompli et de constater que les personnes ayant besoin d'aide reçoivent désormais une assistance médicale appropriée.

Je suis heureux de voir toutes les récompenses mondiales décernées aux travailleurs de santé. Ceux du Yémen méritent tout particulièrement des médailles. Ils se battent sur de multiples fronts à la fois.


Naima Tahir, ancienne réfugiée somalienne au Yémen, travaille comme responsable des abris et des articles non alimentaires pour l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans la ville de Marib

Naima Tahir à Ibb, dans le sud-ouest du Yémen, sur un site accueillant des Yéménites déplacés par le conflit, janvier 2020.

Je commence ma journée par une tasse de café, que je prends près de la fenêtre de ma chambre. La fenêtre apporte un peu de lumière naturelle et un petit sentiment de normalité en ces jours de restriction de mouvements. Je vis à Marib, où nous ne sommes pas autorisés à sortir, sauf pour nous rendre dans des endroits spécifiques à des heures précises [en raison de la violence et des restrictions dues à la pandémie de Covid-19]. Je regarde le grand ciel bleu en sirotant mon café et mes yeux balayent le paysage allant du ciel à une maison partiellement construite dans le voisinage. Je ne sais pas si c'est mon travail de gestionnaire de refuge ou la solitude qui attire mon attention sur les petits détails de la maison que je peux voir de ma fenêtre. Cela fait désormais partie de ma routine matinale.

Le Yémen est très cher à mon cœur. Je n'avais que trois ans lorsque ma famille a fui la Somalie en 1987 pour échapper à la guerre qui s'annonçait. Le Yémen est devenu ma maison pendant de nombreuses années. J'y ai passé mon enfance. La générosité et l'hospitalité des Yéménites ne se retrouvent nulle part ailleurs dans le monde. La guerre a tellement pris aux gens d'ici mais, à ce jour, leur hospitalité reste inchangée.

Le coût humain de ce conflit est trop élevé.

Des gens qui menaient autrefois une vie digne se morfondent aujourd’hui dans des camps.

En 2015, lorsque j'ai quitté le Yémen, je ne savais pas que je reviendrais en tant que travailleur humanitaire en 2019, où je travaille jusqu'à ce jour. Ici, je gère une équipe de sept personnes qui passent le plus clair de leur temps sur le terrain, à aider les distributions de matériaux pour les abris - des bâches en plastique, des clous et quelques poteaux. Les besoins et la souffrance des gens sont bien plus importants que la capacité de réponse de mon équipe.

Imaginez que vous vivez avec votre famille sous une bâche de plastique de 4 mètres par 5, soutenue par quelques poteaux pour vous protéger du soleil et de la pluie. Le coût humain de ce conflit est trop élevé. Des gens qui menaient autrefois une vie digne se morfondent aujourd’hui dans des camps.

Lorsque mon équipe et moi revenons chaque jour du terrain, nous partageons généralement des histoires de météo rude ou d'enfants jouant pieds nus, complètement inconscients de leur environnement. Je n'oublierai jamais un enfant que j'ai rencontré dans un camp de personnes déplacées internes. Il avait neuf ou dix ans. Il nous a tous fait pleurer en nous disant qu'il ne pouvait pas dormir dans la tente, qui était déchirée et rapiécée à différents endroits. Il voulait retourner chez lui et à son école. Il a dit que les murs de sa chambre lui manquaient. Il a dit qu'il avait peur des insectes et que quelqu'un vienne l'empêcher de dormir la nuit.

Cette nuit-là, j'ai remarqué les murs de ma chambre pour la première fois.


Nouf-Al-Hashimi, employée du HCR en charge de la protection au Yémen

Une mère et son enfant au Yémen, décembre 2020. Cette famille était déplacée interne et a reçu une allocation d'aide en espèces de la part du HCR lorsqu'elle a fui sa maison. Plus tard, ils ont dû survivre avec les revenus que le père gagnait en réparant des chaussures.

Ce matin, un post Facebook a attiré mon attention. On pouvait y lire : « Pour les personnes déplacées au Yémen, les centres communautaires sont comme une deuxième maison ». Je me suis mise à penser à leur première maison, à notre première maison. Je me suis rappelée de ce souvenir amer d’un matin d'avril 2015. J'étais au téléphone avec ma collègue Safa, discutant de l'opportunité d'aller travailler ou non car les bombardements ont continué toute la nuit. Tout à coup, la terre s'est mise à trembler. J'étais chez ma tante ; nous y étions depuis début avril en raison des frappes aériennes continues dans la zone où se trouve ma maison. J'ai reparlé à Safa à 18 heures pour vérifier qu'ils étaient tous en vie ! Cinq ans se sont écoulés depuis, mais les souvenirs sont encore vifs.

Il n'y avait plus aucune raison de rester dans ce quartier. Emballer ma vie, mes souvenirs, mes affaires et mes documents d’identité dans une seule valise a été l'une des décisions les plus difficiles que j'ai eu à prendre.  Nous n'avons pas eu le temps de tout emballer, alors je n'ai emporté que nos documents d'identité, nos certificats, nos albums de famille, nos photos et quelques vêtements. Notre belle maison, que mon père avait construite avec amour et affection, a été touchée par des tirs de mortier deux fois après notre départ.

C'est à ce moment-là que j'ai compris ce que c’était d'être un réfugié ou un déplacé interne. Nous avons eu de la chance. Nous avons simplement déménagé à l'intérieur de la ville - du quartier attaqué à une zone relativement calme de Sanaa. Mais beaucoup d'autres n'ont pas eu ce choix.

Si je devais m'adresser au monde depuis une estrade, je dirais : « Chère communauté internationale, trop c'est trop ».

Chaque fois que j'entends une explosion, je me précipite pour appeler ma famille. La pause entre l'explosion et la réponse de ma famille ressemble à la période la plus longue et la plus difficile, avec des dizaines de scénarios qui défilent dans ma tête.

Je trouve du réconfort dans mon travail. L'autre jour, mes collègues et moi avons reçu un certificat d'appréciation de la part des responsables de la communauté des réfugiés. Il n'y a rien de plus gratifiant que de voir une personne méritante obtenir le soutien dont elle a besoin. Je pense parfois à une famille somalienne qui avait été victime d'intimidation et de harcèlement. Finalement, nous avons pu les réinstaller en Suède. Le meilleur sentiment d’accomplissement jamais ressenti.

OK, c'est l'heure du dîner. Avant que l'électricité ne s'éteigne, je ferais mieux d'aller servir le dîner. Chaque nuit, je prie pour que cette guerre se termine bientôt. Chaque nuit, nous allons nous coucher, nous ne sommes pas sûrs de ce que demain nous apportera. Chaque fois que je vais au marché, je vois la pauvreté danser dans les rues. Si je devais m'adresser au monde depuis une estrade, je dirais : « Chère communauté internationale, trop c'est trop ».


Saïd Saïf, coordinateur sous-national de la protection des femmes à Hodeidah pour le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA)

Aujourd'hui, je lisais un rapport sur l'augmentation du nombre de cas de violence domestique pendant le lockdown. Cela me préoccupe. Les femmes et les jeunes filles souffraient de problèmes de pauvreté liée au genre et de violations des droits fondamentaux même avant le conflit ; aujourd'hui, elles sont confrontées à encore davantage de risques et de vulnérabilités. Le conflit et maintenant la pandémie ont encore réduit notre capacité à venir en aide aux femmes dans le besoin. Je ne peux plus sortir aussi souvent que je le souhaiterais, pour rencontrer nos partenaires et les femmes qui viendraient demander de l'aide.

J'essaie de rester fort, mais les témoignages sont parfois douloureux au point que même une pierre fondrait en larmes.

Une réfugiée somalienne au Yémen, décembre 2020. Le Yémen accueille plus de 250 000 réfugiés somaliens qui, depuis les années 1980, ont fui la guerre civile, les persécutions et d'autres violations des droits humains.

Je fais tout mon possible pour que les femmes et les jeunes filles bénéficient des services dont elles ont besoin, quels que soient les défis qui se présentent à moi.

J'essaie de rester fort, mais les témoignages sont parfois douloureux au point que même une pierre fondrait en larmes. Je ne pourrai jamais oublier le visage de ces mères affamées qui n'ont pas mangé depuis des jours. Je suis confronté à ces témoignages tous les jours. Ces mères nous approchent et demandent de la nourriture et une assistance médicale pour leurs enfants. Elles sont fatiguées de la guerre et des défis qu'elles doivent relever en tant que femmes. Ce n'est pas l'histoire d'une ou deux femmes mais, malheureusement, des milliers de femmes et de filles sans aucun soutien masculin vivent cette épreuve quotidiennement.

Mon parcours en tant que défenseur des droits des femmes a commencé après que j'ai vécu l'expérience difficile d'un mariage raté. Il s'agissait d'un mariage arrangé par nos parents sans notre consentement. J'ai résisté, mais en vain. Mon père pensait qu'un mariage heureux n'était pas basé sur l'amour mais plutôt sur le fait de produire autant d'enfants que possible. Il m'avait prédit que j'aurais une vie de couple heureuse, mais ce ne fut pas le cas.

J'écris ces choses pour la première fois de ma vie. En tant qu'homme, s'ouvrir sur sa vie privée ne se fait généralement pas. Mais quelqu'un doit briser la glace, pourquoi pas moi ?

Les débuts ont été difficiles. Il n'y avait pratiquement aucune ressemblance entre ma femme et moi. Je quittais souvent la maison pendant des mois, la laissant derrière moi pour s'occuper des tâches quotidiennes. Comme les autres hommes de mon entourage, je ne me rendais pas compte du déséquilibre des pouvoirs en termes d'accès à l'égalité des chances pour les hommes et les femmes. Elle faisait tout pour me plaire mais, au contraire, j'étais toujours trop prompt à m'en prendre à elle, la critiquant pour tout - la nourriture, la façon dont nos enfants étaient habillés, la maison.

Nous luttions pour sauver notre mariage, mais les bases de notre relation conjugale se sont tout simplement rompues. Ma femme a obtenu la garde de notre fils de quatre ans et de notre fille de deux ans. Je continue à les soutenir financièrement pour que leur éducation ne soit pas interrompue. Je n'ai pas honte d'admettre que mon expérience personnelle, y compris ma position privilégiée d'homme dans une société patriarcale, m'a ouvert les yeux sur la réalité : les femmes aussi ont des droits et il est de notre responsabilité de les protéger.


Sahar Al Hakimi, médecin et responsable de la nutrition au Yémen pour le Programme alimentaire mondial (PAM)

Un enfant somalien dans une clinique, décembre 2020. Le PAM et d'autres partenaires proposent des programmes alimentaires et nutritionnels au Yémen, notamment un soutien pour prévenir la malnutrition aiguë chez les enfants de moins de deux ans.

Il est difficile d'oublier les visages des enfants que je rencontre lors de mes visites de routine dans les hôpitaux - des petits enfants qui sont à peine capables d'ouvrir les yeux. On peut les voir lutter pour respirer, allongés sur les genoux de leur mère, et se battre pour survivre.

Aujourd'hui, je pense à Warda, que j'ai rencontrée dans l'un des hôpitaux que nous soutenons lorsque j'ai rejoint le PAM. Elle avait à peine cinq mois et ne pesait que 2 kg (4,4 livres). Elle était dans un état critique car elle souffrait de malnutrition. À ce très jeune âge, elle se battait pour survivre. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'il était injuste qu'elle ait un début de vie aussi difficile, simplement parce qu'elle est née dans une famille qui vivait dans un village isolé et ne pouvait pas accéder à la nourriture ou aux services de santé. J'essaie d'être optimiste car je dois continuer à soutenir tous les enfants. Mais parfois, je me sens frustrée.

J'attends le jour où les Yéménites auront la possibilité de s'épanouir et pas seulement de survivre.

Le travail que je fais est difficile en raison des défis constants auxquels nous sommes confrontés. Gérer des programmes humanitaires à distance n'est pas une tâche facile. Ce matin, j'ai reçu un appel d'un de nos partenaires nutritionnels travaillant dans le gouvernorat de Dhamar, où les activités de nutrition ciblent des villages isolés dans des endroits difficiles à atteindre. Alors qu'il transportait des produits nutritionnels pour les enfants et les femmes dans l'un des villages montagneux où la route est très accidentée, le camion a eu un accident. Deux personnes sont mortes et trois autres ont été gravement blessées. C'était déchirant d'entendre de telles nouvelles.

Vivre au Yémen est un défi. Je suis maintenant habituée à vivre avec l'anxiété. Mon cerveau est toujours préoccupé par la sécurité de ma famille. La menace d'un bombardement plane toujours. Je me bats pour trouver un hôpital lorsque ma mère tombe malade.

Malgré la guerre et les défis, je vis avec une attitude positive, en comptant les bénédictions et en appréciant le bonheur dans les petites choses. Je dois rester optimiste et croire que la paix reviendra un jour. J'attends le jour où tous les Yéménites auront accès aux produits de première nécessité et où personne ne mourra de faim ou de malnutrition. J'attends ce jour où les Yéménites auront la possibilité de s'épanouir, et pas seulement de survivre. Je suis convaincu que le meilleur reste à venir.


Esam Alduaïs, employé de terrain au HCR Yémen

J'ai passé la journée au téléphone, à envoyer des e-mails pour essayer d'obtenir des stocks de tentes, de matelas et de couvertures pour les familles déplacées par les récents combats. C'est une saga sans fin. Chaque semaine est une nouvelle bataille. Il y a quelques semaines à peine, nous envoyions de l'aide aux familles touchées par les pluies et les inondations. Maintenant, la ligne de front à Abyan et Marib oblige des milliers de personnes à reprendre la route.

Une jeune Yéménite de 13 ans, en avril 2021, qui est déplacée interne ainsi que sa famille. Elle a pu retourner à l'école après que le HCR l'a aidée à obtenir un certificat de naissance.

Tout semble parfois apocalyptique.

Je gère la coordination, après que le poste de notre coordinateur à Tesfay ait été supprimé l'année dernière, lorsque l'opération a manqué d'argent. Ce n'est pas toujours facile, surtout quand vous devez travailler depuis chez vous.

Seul un père de cinq enfants peut comprendre ma situation. Je ne me plains pas, mais il n'est pas facile de maintenir un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Lorsque mes enfants me voient, ils veulent que je joue avec eux. Ils ne comprennent pas le concept de « travail à domicile ». On ne peut pas les blâmer non plus ; les écoles sont fermées et il n'y a pas grand-chose pour les divertir.

Nous avons un proverbe en arabe qui dit : « Pour chaque regard que nous jetons en arrière, il nous faut regarder deux fois vers l'avenir ». Le Yémen se relèvera un jour, Inchallah.

Aujourd'hui, mon plus jeune fils, Moukhtar, s'est invité à notre réunion virtuelle hebdomadaire. Dieu merci, ma caméra était éteinte. Sinon, ma vidéo serait devenue virale, elle aussi, comme les nombreuses autres que nous voyons ces jours-ci. Nous avons tous nos expériences amusantes de travail à domicile. Josiah, qui présidait la réunion, a entendu Moukhtar me parler et l'a accueilli comme un « nouveau participant ». Ce type de petits incidents sont maintenant la nouvelle normalité de nos vies. C'est la beauté de la vie et la joie que vos enfants apportent dans votre vie.

En ces temps difficiles, je pense souvent à toutes les personnes que j'ai rencontrées dans les camps de déplacés... Une rafale de vent un peu forte emporterait facilement leurs abris. Des années de guerre ont brisé notre système de santé, le rendant dans l’incapacité de faire face à une pandémie. Nous n'avons pas de services de distribution d'eau ni d’installations d'assainissement. Les gens ont perdu leur emploi ou ont épuisé leurs économies. Comment pouvez-vous dire à un homme assoiffé de se laver d'abord les mains et de le faire avec du savon alors qu'il n'a pas d'eau à boire ? Que Dieu nous protège tous.

L'isolement social, la perturbation du travail, la routine familiale, l'instabilité économique, l'insécurité de l'emploi et l'ambiguïté quant à l'avenir ne font qu'ajouter l'insulte à la blessure. Parfois, je me sens tellement impuissant. Je n'arrive pas à accepter que je ne puisse pas prédire comment les choses vont évoluer dans les semaines et les mois à venir.

 

Cet article a été publié en anglais pour la Journée mondiale de l’aide humanitaire, le 19 août 2021 : https://medium.com/@UNHCR/dear-diary-am-i-wishing-for-too-much-today-94b197b94b94